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ABONNER, verbe trans.
Étymol. − Corresp. rom. : prov. mod. abouna; esp. abonar (< fr.); cat. abonar (< cast. abonar < fr.); ital. abbonare (< fr.); sarde abbonai (< esp.); roum. abona (< fr.). I.− Notion de limite (sens propre et sens fig.). − 1. 1268 « fixer une limite » (emploi fig.) (Brunetto Latini, Li livres dou tresor, éd. Chabaille, 149 ds T.-L. : toutes choses sont abonees dedanz lor terme); sens propre, terme jur., xives. (?) (Reg. de S. Martin des Champs, p. 280 ds Gdf. : ont aboiné les chemins); 1569 réfl. « être borné, limité (d'une terre) » terme jur. (Cout. Metz, XII, 1 ds Nouveau Coutumier général, II, 406 : Les pasturages s'abornent et limitent par les bans et finages des villages); 2. a) 1306 « convertir en une somme déterminée les droits, sujets à variation, dus au seigneur pour une terre, une rente, une redevance », terme jur. (Fontev., Anc. tit., Arch. M. et Loire, ds Gdf. : la quelle rente... abonne audit...); mil. xves. « id. » id. (Guill. de Saint-André, Le livre du bon Jehan, 31 921, ibid. : a un fief donné... et abonné), d'où b) abonner de 1322 « libérer (d'une obligation) » id. (Arch. nat., JJ 61, fol. 49 ro, ibid. : a affranchiz et aboonnez... touz ses hommes... de toutes tailles) et c) 1559, trans. « fixer la valeur de qqc. à un certain prix » id. (Coutume de Touraine, rédaction réformée, art. 96 ds Nouveau Coutumier général, t. IV, 1724, p. 650 : pour roncin de service non apprécié ou abonné); 3. lang. litt. : av. 1307, abonner de « fixer qqn dans un état voisin de » (Guill. Guiart, Royaux Lignages, éd. Buchon, II, 4712 ds T.-L. : Li quens de Hollande et son fiz, De mort träiteuse abonnez) : d'où, trans. « attribuer, accorder » (ibid., II, 7203 : espees cleres... sont la menuement offertes, Si con li ferant les abonnent). II.− Notion de but, emploi pronom. « s'approcher de », sens fig. − 1. Av. 1307 pronom. « s'adonner à » (Guill. Guiart, Royaux Lignages, éd. Buchon, Prol. 444 ds T.-L. : Puis estuet qu'à dire m'abonne); 2. id. pronom. « se jeter sur l'adversaire en s'en approchant [viser l'adversaire] en venir aux mains » (ibid., II, 5511 : la ou li combatant s'abonnent). Dér. de l'a. fr. bonne (fr. mod. borne*) « limite » (sens propre et fig.) et « but » (id.). Apparition tardive du terme jur. mais existence ant. attestée par le lat. médiév. abonnare au sens I 1 (sens propre) 1208 (ds Niermeyer), I 2 a (ds Du Cange 1280 : tailliam... super homines dictae villae abonamus). I 1 est dès le xiies. exprimé par bonner, jamais attesté dans l'emploi I 2 mais dans celui de I 3 (2emoitié xiiies. ds T.-L.). 1397, apparaît la forme abourner (aborner), terme jur., réfl. « convenir d'un prix déterminé, souvent en dessous du taux ordinaire, pour l'acquit d'une somme » (ds Gdf.), réfection d'apr. borne. HIST. − Apparaît en a. fr. sous les formes aboner, abooner, aboiner, abosner, aborner, abourner : se fixe dans la lang. sous la forme abonner, puis, au xvies., abourner (de borne, cf. FEW, s.v. *botina), moins fréq., mais restée vivante jusqu'à la fin du xviiieen dehors de l'usage ordin. (Fur. 1690 Trév. 1752 et 1771). Très grande vitalité du mot en a. fr., comme le prouve le nombre important d'ex. (30) retenus par Gdf. Ensuite, disparition rapide (xvies.) des sens de l'a. fr., sauf un emploi jur. I.− Sens et accept. disparus av. 1789. − A.− Notion de limite (cf. étymol. I). 1. « Fixer une limite » a) Sens propre, xives. (cf. étymol. 1), attesté jusqu'au xvies. : Lesquels bois lesd. recongnoissans quierent estre limitez et abosnez. Reconn. des droits seign. de Clairvaux, 1580 (Gdf.). P. ext. : « rattacher comme limithrophe » (Gdf. glose « soumis ») : ... Hue Chapet endementres, Qui d'Orliens tint la duchée Fist tant (...) Qu'il fu du regne courronnez Ou son paiz iert abonnez. G. Guiart, Roy. Lign., av. 1307 (Gdf.). Au fig. « rendre qqn voisin de » (cf. étymol. 3) : Li quens de Hollande et son fiz, De mort traitreuse abonnez, Furent cel an emprisonnez. Id., ibid. (T.-L.). b) L'obj. est une abstraction (attesté de 1268, étymol. 1, jusqu'au xvies.) : Abornez vos desirs en mondaine esperance. La Marche, Mém., xves. (Gdf.). (On peut se demander si abornez n'est pas ici une var. métr. de bornez). − Rem. Forme réfl. attestée sans modification de sens. 2. « Attribuer, accorder, donner » (cf. étymol. 3). Il semble que le sens fondamental « limiter », à l'actif, d'où « être limité à » ou « par », au passif, ait conduit insensiblement au sens de « mettre près de » et, si l'on dépasse la limite, « mettre en possession de, donner », à l'actif, d'où, au passif, « être mis près de (être contigu à) » et « être mis en possession de » : Actif : Mol lit, blans draps et chambre bonne Ayse de bien dormir abonne. Apologia Mulierum (Gdf.). Passif : cf. ex. de I A 1, rem. 1, dans l'interprétation littérale de Gdf., mais que l'on pourrait, avec T.-L., reprendre ici dans cette interprétation plus lointaine. 3. Terme jur. a) Abonner qqn de « affranchir qqn de » (cf. étymol. 2 b); cf. aussi M. Marion, Dict. des institutions de la France, s.v. abonnement : Abonner un serf, c'est-à-dire limiter les redevances dont il était chargé, c'était à peu près l'affranchir. b) En dehors de tout cont. institutionnel, ext. éphémère (xvie-début xviies.) au domaine para-comm. « fixer la valeur de qqc. à un certain prix, évaluer » (cf. étymol. 2 c) : Le sujet qui doit cheval de service est quitte en payant la somme de cent sols tournois, sinon que le cheval de service fust abourné a plus ou moins. Cout. d'Anjou, xvies. (Gdf.). c) « Aliéner, changer », dans un cont. de fr. féod. : Pour abonner ou changer hommage a devoir, n'est point le fief despecé. Cout. de Tours, xvies. (Gdf.). − Rem. 1. Seuls Nicot 1606, d'après Fr. Ragueau, puis Fur. et Trév. jusqu'en 1771, citent ce sens et mentionnent que ,,l'Ancienne coutume de Tours portoit aliéner au lieu d'abonner qui est en la nouvelle.`` Renauldon, Dict. des fiefs et des droits seigneuriaux, 1765, explicite ce sens lié à une dégradation de la féod. : § 9. L'abonnement est une véritable aliénation, qui ne peut être faite que par celui qui est véritable propriétaire du droit (...) § 12. L'abonnement peut se faire (...) lorsque la foi est convertie en certains cens ou autres devoirs annuels, consistant en deniers ou en grains; et c'est là l'abonnement le plus commun. 2. Toutefois les dict. cités considèrent abusivement comme synon. aliéner et changer; la synon. se situe au niveau de aliéner et de changer hommage a devoir. B.− Avec en outre une notion de but (cf. étymol. II). 1. « S'adonner à » (cf. étymol. 1) : Acoustumance telz gens a subornez. Voulans dire qu'ilz sont tous abornez A renier et blasphemer la loy. Gringoire, Les folles entrep. 1505 (Gdf.). 2. « Se rencontrer, en venir aux mains » (cf. étymol. 2) : De ferir courageusement Sus ceux o lesquiex ils s'abonnent. G. Guiart, Roy Lign. av. 1307 (Gdf.). II.− Hist. des sens attestés apr. 1789. − Seul le terme de dr. « soumettre moyennant une convention à une redevance déterminée payée à échéance fixe », apparu au xives., subsiste tout en connaissant une évolution parallèle à celle des institutions et plus gén. de la civilisation : parti du fr. fiscal (Moy. Âge) le mot l'a quitté, − auj. forfait y a remplacé abonnement −, pour passer dans la lang, du dr. comm. (abonné à un service, à un journal, etc.). A.− Dans le cont. de la féod. (cf. étymol. I 2). Sens très vivant surtout dans les coutumes : xves. : Lesdits habitans soustenoient que les redebvances qu'ils devoient audit seigneur de Commercy estoient abornées. Mém. concern. le Barrois, 1440 (Gdf.). xvies. : Les autres sont de taille abosnee a aucune somme certaine envers leur seigneur. Cout. de Troyes, 1509 (Gdf.). Les abonnez (que je pense devoir estre dicts abornez) sont ceux qui par une longue prescription et laps de temps, ou par des contracts se sont abornez avecques leurs seigneurs a certaines tailles annuelles. Pasquier, Rech. 1596 (Gdf.). B.− Dans le cont. des institutions des xviieet xviiies. Il n'y a plus de rapports d'homme à homme, mais d'individu à organisme public : Abonner aussi est composer par rabais avec un fermier public à certaine somme de deniers, pour toute la denrée et marchandise que pourrez debiter dedans certain temps prefix sur la vente de laquelle ledit fermier a droict de percevoir et lever le huitieme, ou autre droit. Nicot 1606. Sens attesté jusqu'à Ac. 1932-35. − Rem. 1. L'abonnement était un procédé très fort goûté par beaucoup de provinces, de villes, car il leur était fort avantageux, étant fort au-dessous de ce qu'aurait produit une perception exacte et généralement accepté par le fisc qui toujours besoigneux était bien aise de recevoir une somme liquide et certaine. M. Marion, Dict. des institutions de la France, s.v. abonnement. 2. A partir de Ac. 1798 on emploie plutôt la forme réfl., qui prévaut au xixes. (cf. sém.). 3. P. ext. on peut composer avec toute autre pers. qu'un agent des services publics, d'où le sens actuel (cf. sém.) : Je me suis abonné avec un tel Marchand pour me fournir etc. Ac. 1694. C.− Le sens techn. actuel est apparu dès la fin du xviiies. : S'abonner à un journal, à un spectacle, à un concert. Ac. 1798.