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SENSUEL, -ELLE, adj.
A. −
1. Qui vient des sens, se rapporte ou appartient aux sens, qui est propre aux sens. Désir, plaisir sensuel; humeur, ivresse, joie sensuelle. Je me représente avec des spasmes inouïs une immense coupe remplie jusqu'aux bords de cette eau limpide et glacée de la montagne. C'est une idée fixe que je ne puis chasser. Tout en moi se transforme en appétit sensuel; tout cède à cette unique préoccupation de se désaltérer (Fromentin, Été Sahara, 1857, p. 283).Mmede Boves (...) rôdant devant les étalages, ayant le besoin sensuel d'enfoncer les mains dans les tissus (Zola, Bonh. dames, 1883, p. 790).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. M. de Maupassant ne recherche pas avec moins de prédilection les plus ironiques rapprochements d'idées ou de faits, les combinaisons de sentiments les plus imprévues (...) le comique et le sensuel se mêlant toujours, par bonheur, à ces combinaisons presque sacrilèges, non précisément pour les purifier, mais pour empêcher qu'elles ne soient pénibles (Lemaitre, Contemp., 1885, p. 296).
En partic. Qui relève de la sensualité, qui appartient aux plaisirs des sens, aux plaisirs de l'amour. Amour sensuel. Un regard de Nana le transfigurait, dans une sorte d'extase sensuelle. Elle était très chatte avec lui, le grisait de baisers derrière les portes, le possédait par des abandons brusques, qui le clouaient derrière ses jupes (Zola, Nana, 1880, p. 1435).Une subtile atmosphère de provocation, un magnétisme sensuel insidieux me paraissaient soudain s'allumer çà et là à la courbe d'une nuque trop complaisamment affaissée, à un regard trop lourd, au luisant gonflé d'une bouche s'entr'ouvrant dans la demi-obscurité (Gracq, Syrtes, 1951, p. 95).
2. Qui procure un plaisir des sens. Je l'appelle de la musique sensuelle [la musique de Donizetti], uniquement, qui n'est calculée que pour chatouiller l'oreille un moment (Delacroix, Journal, 1853, p. 139).Nous laisser vivre enfin, tressaillir, respirer L'arôme sensuel du foin coupé, des roses (Ch. Guérin, Cœur solit., 1904, p. 8).
En partic. Qui procure un plaisir charnel. L'âpre suc d'un baiser sensuel et pensif (Samain, Chariot, 1900, p. 129):
1. La pression de la main d'Albertine avait une douceur sensuelle qui était comme en harmonie avec la coloration rose, légèrement mauve, de sa peau. Cette pression semblait vous faire pénétrer dans la jeune fille, dans la profondeur de ses sens, comme la sonorité de son rire, indécent à la façon d'un roucoulement ou de certains cris. Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 919.
Rem. On relève un empl. en parlant d'un paysage, d'un fleuve, etc. où sensuel évoque une sorte de langueur lascive. La douce Loire, le plus sensuel des fleuves de France (Flaub., Champs et grèves, 1848, p. 188).
B. − [En parlant d'une pers.]
1. Qui recherche les plaisirs des sens, qui est enclin aux plaisirs des sens. Baudelaire (...) était né sensuel et précis; il était d'une sensibilité dont l'exigence le conduisait aux recherches les plus délicates de la forme (Valéry, Variété II, 1929, p. 131).
Empl. subst. Personne qui recherche les plaisirs des sens, qui est encline aux plaisirs des sens. C'était [Cerutti], à la vérité, un sensuel organisé pour jouir des moindres choses. Il était à la fois fort et fort faible; capable de concevoir une action courageuse et de l'entreprendre, l'odeur d'un jasmin dépassant la crête d'un mur l'en détournait (Giono, Bonheur fou, 1957, p. 18).
En partic. Qui recherche les plaisirs charnels, qui est enclin aux plaisirs charnels. André, sensuel d'imagination, ne résistait pas à l'attrait acide des mineures (Martin du G., Devenir, 1909, p. 106).Il la devinait sensuelle sans être perverse, comme les belles créatures de Murillo ont de la pureté sans idéalisme (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 450).
Empl. subst. Personne qui recherche les plaisirs charnels, qui est encline aux plaisirs charnels. Une large bouche aux lèvres rondes, une bouche de gourmande, de sensuelle, une bouche à baisers (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Berthe, 1884, p. 991):
2. Il y a huit mois et sept jours que nous n'avons rien eu ensemble. Elle continua hardiment, elle parla en phrases libres, elle, la sensuelle pudique, si ardente à l'amour, les lèvres gonflées de cris, et si discrète ensuite, si muette sur ces choses, ne voulant pas en causer, détournant la tête avec des sourires confus. Mais le désir l'exaltait, c'était un outrage que cette abstinence. Zola, L'Œuvre, 1886, p. 379.
2. [P. méton.] Qui dénote, évoque un tempérament porté aux plaisirs des sens. Regards sensuels. Ce rire évoquait aussitôt les roses carnations, les parois parfumées contre lesquelles il semblait qu'il vînt de se frotter et dont, âcre, sensuel et révélateur comme une odeur de géranium, il semblait transporter avec lui quelques particules presque pondérables, irritantes et secrètes (Proust, Sodome, 1922, p. 795).La physionomie du jeune homme prit une expression chagrine et humble. Sa bouche sensuelle, aux contours mous et féminins, se contracta (Roy, Bonheur occas., 1945, p. 291).
Prononc. et Orth.: [sɑ ̃sɥ εl]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) 1370 « qui flatte les sens » delectacions sensueles (Oresme, Ethiques, I, 3, éd. A. D. Menut, 107); b) 1560 « qui est relatif aux plaisirs des sens » appetits sensuels (Calvin, Institution chrétienne, II, 1, éd. J. D. Benoit, t. 2, p. 18); 2. 1541 « qui est attaché aux plaisirs des sens » homme sensuel (Id., ibid., II, 2, ibid., t. 2, p. 46); 1694 empl. subst. (Ac.). Empr. au lat. chrét.sensualis « relatif aux sens; qui tombe sous les sens » (Blaise Lat. chrét.). Fréq. abs. littér.: 784. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 573, b) 849; xxes.: a) 1 957, b) 1 212.
DÉR.
Sensuellement, adv.D'une manière sensuelle. a) [Corresp. à sensuel A 1] Ses sensations préférées sont celles que procurent les parfums, parce qu'elles remuent plus que les autres ce je ne sais quoi de sensuellement obscur et triste que nous portons en nous (Bourget, Essais psychol., 1883, p. 18).Christophe était tout au bonheur de jouer; et Sylvain Kohn mettait une certaine discrétion à l'en laisser jouir en paix. Lui-même en jouissait sincèrement. (...) cet homme qui n'était pas musicien (...) était pris sensuellement par ces musiques, qu'il ne comprenait pas, mais d'où se dégageait pour lui une force de volupté (Rolland, J.-Chr., Foire, 1908, p. 679).b) [Corresp. à sensuel A 1 en partic.] Un faible d'esprit est épris de sa sœur, non absolument sensuellement, mais plutôt plastiquement et un peu à la façon d'un fou qui serait amoureux d'un rayon de soleil (Goncourt, Journal, 1882, p. 147).Que gagnerai-je à la posséder? Je sais tellement comment cela se passera! Je sais tellement la sorte de satisfaction que j'en aurai (...) je goûterai cete joie non pas directement, sensuellement, mais par réflexion (Montherl., Pte Inf. Castille, 1929, p. 615).Une bouche aux lèvres épaisses, ouverte sensuellement sur des dents éclatantes (Daniel-Rops, Mort, 1934, p. 293). [sɑ ̃sɥ εlmɑ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. 1resattest. a) 1422 « par le moyen des sens » (Jean de Courcy, Hist. de Grece, Ars. 3689, f o200b ds Gdf.), b) 1548 « d'une manière sensuelle » (Carion, Chron., f o175 v o, ibid.); de sensuel, suff. -ment2*. Fréq. abs. littér.: 19.