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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

ROGNONNER

verbe intransitif
Fam. Parler indistinctement entre ses dents avec mécontentement ou colère. Synon. bougonner, grommeler, maugréer, ronchonner. Pourtant, quand le brancard arriva et qu'on chargea Coupeau comme un meuble, elle devint toute pâle, les lèvres pincées; et si elle rognonnait et trouvait toujours que c'était bien fait, son cœur n'y était plus (Zola, Assommoir, 1877, p. 696). Il continue à rognonner dans son coin à propos de tout où il n'est pas question de lui (Goncourt, Journal, 1894, p. 510). En incise. Vous aussi, monsieur Stéphane, rognonna St Éloi (...) (Arnoux, Gentilsh. ceinture, 1928, p. 143).
— Empl. trans., rare. Dire à voix basse. Je rognonne souvent de tes vers, va, pauvre bougre (Flaub., Corresp., 1850, p. 169). À plusieurs reprises nous avions entendu, quand nous étions cachées derrière la persienne, le capitaine de Vaugiraud qui rognonnait tout seul des choses vagues (Gyp, Souv. pte fille, 1927, p. 155).
Remarques
1.

Rognonnant, -ante

participe présent adjectif
fam. Qui rognonne, qui grogne ou bougonne. L'entomologiste, (...) a passé une partie du repas à chercher avec son groin rognonnant ledit grain [de beauté] , qui lui avait été signalé, sans pouvoir le découvrir, donnant de temps en temps des signes amusants de dépit animal (Goncourt, Journal, 1876, p. 1139).
2.

Rognonnement

substantif masculin
fam.,vieilli. Fait de rognonner. Synon. bougonnement, grommellement, ronchonnement. Je ne reverrai plus l'horloger! Il s'est réfugié dans son pays, en Basse-Normandie, où il va vivre de ses rentes! Nous n'entendrons plus son rognonnement bi-mensuel. Va-t-il pouvoir causer du temps tout à son aise! (Flaub., Corresp., 1870, p. 169).
3.

Rognonneur, -euse

adjectif
fam.[En parlant d'une pers. ou, p. méton., de son comportement] Bougon, renfrogné. [La sœur] grommelait en soignant ses oies, la mine rognonneuse, le regard en dessous (Richepin, Miarka, 1883, p. 278). [Zidore] devenait bougon et rognonneur (Arnoux, Rhône, 1944, p. 191).
Prononciation et orthographe
[ʀɔɳɔne], (il) rognonne [-ɔn]. Ac. 1694-1798: -oner ; dep. 1835: -onner. V. -onner.
Étymologie et histoire
1556 norm. rongnonner « grogner, gronder » (Le quaquet des femmes ds Anc. poésies fr., éd. A. de Montaiglon, t. 6, p. 183); 1679 rognonner (Rich. : « mot du petit peuple de Paris pour dire gronder »). Dér. de rogner2 *; suff. -onner*.
Bibliographie
Chautard Vie étrange Argot 1931, p. 248. — Quem. DDL t. 32 (s.v. rognonnement et rognoneur).