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PRÉVARIQUER, verbe intrans.
A. − Transgresser la loi divine, un devoir religieux, une obligation morale. Dieu créa l'homme innocent, mais, circonvenu par les ruses du serpent, l'homme prévariqua contre l'ordre de Dieu, et, pour cette faute, expulsé du séjour du paradis, il fut assujetti aux labeurs de ce monde (Thierry, Récits mérov., t.2, 1840, p.320).Elle venait offrir au moine de désarmer sa haine, si, lui, désarmait sa chasteté; elle voulait qu'il prévariquât par amour de Dieu, qu'il péchât par dévouement à l'église (Péladan, Vice supr., 1884, p.320).[Le diable] n'est pas de la substance de Dieu, puisqu'il a prévariqué. Il est tombé, parce qu'il n'a pas observé les commandements de Dieu, et il est resté l'adversaire des préceptes divins (Théol. cath.t.4, 11920, p.354).
B. − Manquer aux obligations d'une charge, d'un mandat; commettre des prévarications. Un souverain révoque le ministre, le gouverneur, le vice-roi qui prévarique et abuse de ses pouvoirs (Pommier, Athéisme, 1857, p.70).Pourquoi (...) ne prononçait-il pas la censure et la suspension contre son suffragant, l'évêque de Beauvais, coupable d'avoir prévariqué dans l'administration de la justice? (A. France, J. d'Arc, t.2, 1908, p.343).
DR. Se rendre coupable de prévarication. Les juges du Châtelet ont donc prévariqué dans leurs fonctions: or, je demande leur destitution, comme indignes de les exercer, et leur punition comme lâches prévaricateurs (Marat, Pamphlets, Appel à la Nation, 1790, p.152).Si vous m'imputez une prévarication, punissez-moi comme on punit le juge lui-même qui a prévariqué (Vivien, Ét. admin., t.1, 1859, p.134).Après la trahison, prévariquer est le pire des crimes (Lefebvre, Révol. fr., 1963, p.390).
Prononc. et Orth.: [pʀevaʀike], (il) prévarique [pʀevaʀik]. Ac. 1694, 1718: prevariquer; dep. 1740: pré-. Étymol. et Hist. 1. 1432, 29 mai «s'écarter (de la loi divine)» prévariquer contre la loy divine (ds Isambert, Rec. anc. lois fr., t.8, p.766); 2. 1549 «être de connivence avec la partie adverse; manquer à son devoir» (Est.). Empr. au lat. praevaricari, proprement «marcher de travers, dévier» (de varicus «qui écarte les jambes», dér. de varus «cagneux»); à l'époque class. «s'écarter de la ligne droite en labourant» (d'où le verbe fr. de même sens, 1552, du Pinet, Pline, XVIII, 19 ds Gdf. Compl.), «(en parlant d'un juge, d'un avocat) être de connivence avec la partie adverse»; dans la lang. eccl. «violer, transgresser, trahir» (spéc. pactum Domini; fidem..., iii-ives. Tertullien; Vulgate ds Blaise Lat. chrét.). Cf. la forme demi-sav; prevariier «s'écarter de la loi divine» (1remoitié xiies., Ps. Oxford, Ps. Cambridge ds T.-L.). Cf. également dès le xiiies., l'a. prov. prevaricar de «dévier de» (xiiies.), trans. «violer, transgresser» (ibid.), intrans. «s'écarter de son devoir» (ca 1470 ds Levy Prov.). Cf. encore fin xives. part. prés. subst. «celui qui manque à son devoir» (Eustache Deschamps, OEuvres, VIII, 98, 3 ds T.-L.: prevaricat), ainsi que l'a. fr. prevariqueresse, v. prévaricateur. Bbg. Sigurs 1963/64, p.578.