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PERTE, subst. fém.
I. − [La perte est celle d'un être vivant]
A. − Fait de n'avoir plus quelqu'un auprès de soi (par suite de mort, d'absence, d'abandon). La perte d'un époux; faire part de la perte cruelle de...; éprouver la perte de. En quelques jours, s'accumulèrent toutes les ruines: perte d'un être cher, perte de toute fortune, de toute situation, de l'estime publique, abandon des amis. Écroulement total (Rolland,J.-Chr., Antoinette, 1908, p.856):
1. On sait cependant que les animaux voisins de nous, les mammifères et les oiseaux, ont des regrets, et qu'ils manifestent par des signes évidens la tristesse que leur cause l'absence ou la perte d'une compagne, d'un ami ou d'un bienfaiteur, tout comme ils savent leur témoigner leur attachement par les caresses les plus vives, sans aucun besoin du moment. Cuvier,Anat. comp., t.2, 1805, p.120.
Par dérision. Quelle perte pour l'humanité, pour le monde! On va terrer (guillotiner) Théodore! dit La Pouraille, un gentil garçon! Quelle main! Quel toupet! Quelle perte pour la société! (Balzac,Splend. et mis., 1847, p.541).
Au plur., ART MILIT.
Effectifs d'une armée qui sont mis hors de combat. Subir de lourdes pertes:
2. Le maître d'hôtel n'eût pas pu imaginer que les communiqués n'étaient pas excellents et qu'on ne se rapprochait pas de Berlin, puisqu'il lisait: «Nous avons repoussé, avec de fortes pertes pour l'ennemi, etc.», actions qu'il célébrait comme de nouvelles victoires. Proust,Temps retr., 1922, p.750.
Pertes humaines. Total des combattants et des civils qui périssent au cours d'une guerre. La première [guerre mondiale] avait été remplie, au prix d'une dépense inouïe de souffrances et de pertes humaines. Staline, quand je le vis, achevait d'accomplir la seconde au milieu des tombes et des ruines (De Gaulle,Mém. guerre, 1959, p.61).
B. − Résultat désastreux, ruine. Courir à sa perte; faire la perte de; travailler à sa perte; causer la perte du genre humain. Je fus belle aussi, c'est ce qui causa ma perte (Nerval,Faust, 1840, p.181):
3. Ainsi se termina obscurément à la hâte cette criminelle entreprise d'Espagne, première cause de la perte de Napoléon. Chateaubr.,Mém., t.2, 1848, p.480.
Expr., fam. Avec perte(s) et fracas; sans pertes ni fracas (v. ce mot B).
RELIG. Fait de damner quelqu'un ou de contribuer à sa damnation:
4. C'est à vous, à vous seuls qu'il appartient de s'en saisir, pour assurer la conservation du sacré dépôt qui vous est confié. Les destinées de la foi, le salut ou la perte des générations futures sont entre vos mains: décidez. Lamennaisds L'Avenir, 1831, p.285.
II. − [La perte est celle d'une chose]
A. −
1. Fait d'être privé momentanément ou définitivement, en partie ou totalement, d'une chose ou d'une qualité dont on avait la jouissance ou la possession.
a) [La perte affecte une personne ou plus gén. un être vivant]
Perte de cheveux, d'une jambe, d'un oeil; perte de peau, de plumes, de poils; perte de feuilles. Je ne puis décider si c'est à cette cause ou à un dérangement de santé qu'il faut attribuer la perte de l'embonpoint qu'elle avait quand je l'ai quittée en Italie (Delécluze,Journal, 1825, p.223):
5. Il s'ensuit que le problème de la perte de sa virginité n'avait pas pris à ses yeux le caractère anxieux et presque tragique qu'il a pour beaucoup d'autres. Romains,Hommes bonne vol., 1932, p.267.
Perte de son âme, de conscience, de connaissance, de forces, de grâce; perte de la vie. Pendant plus d'une lieue, pendant près de deux heures encore, cette marche épuisante s'éternisa, au milieu des cahots, des glissements brusques, des pertes d'équilibre, dans lesquelles, à chaque instant, la bête et les deux hommes manquaient de s'effondrer (Zola,Débâcle, 1892, p.481).
Perte d'autorité; perte d'un droit, de la liberté. Sans parler de la perte de respectabilité pour un homme de mon âge (Claudel,Protée, 1927, i, 5, p.373).La loi française stipule formellement que le mandat européen expire par la perte du mandat national, sans possibilité de prorogation provisoire (Ginestet,Ass. parlem. eur., 1959, p.83).
b) [La perte concerne un bien matériel] Perte d'un manuscrit, d'une maison; éprouver, subir une perte. Néanmoins celui qui a perdu ou auquel il a été volé une chose, peut la revendiquer pendant trois ans, à compter du jour de la perte ou du vol, contre celui dans les mains duquel il la trouve (Code civil, 1804, art. 2279, p.416).
En partic.
Fait de perdre un territoire. Perte d'une colonie, d'une province. La perte de l'Alsace-Lorraine a contribué à l'abaissement de nos assemblées parlementaires (Barrès,Cahiers, t.7, 1909, p.265).
Fait de perdre une somme d'argent; somme perdue. Compenser une perte par un gain; à perte (travailler, vendre); en perte (être, se mettre). On répond que l'administration ne pourrait donner davantage sans se mettre en perte (Proudhon,Propriété, 1840, p.237).Car, ce qui ne se fait guère, il l'avait mise au cent de gerbes, sous le prétexte qu'elle n'était plus forte, trop vieille déjà, usée, et qu'il serait en perte s'il lui donnait trente sous, comme aux femmes jeunes (Zola,Terre, 1887, p.243).
COMM. Synon. de déficit.Compte de profits et pertes. ,,Compte regroupant les résultats du compte d'exploitation générale et ceux d'autres opérations étrangères à l'activité courante de l'entreprise au cours de l'exercice`` (Bern.-Colli Extr. 1976). Passer une créance au compte de pertes et profits. La considérer comme définitivement perdue. Au fig. Passer une chose au compte des, par profits et pertes. En faire son deuil:
6. Ils bouleversent les comptabilités valeurs et les comptabilités matières des petites et des grandes unités qui s'étaient accoutumées à passer l'homme par profits et pertes. Perroux,Écon. XXes., 1964, p.345.
Perte sèche. Perte que ne compense aucun autre bénéfice, aucune contrepartie. Mais la première idée de Dubuche fut déplorable: il inventa un four à briques et l'installa (...) d'après un plan si défectueux, que la tentative se solda par une perte sèche de deux cent mille francs (Zola,L'OEuvre, 1886, p.342).
JEUX. Fait de perdre; somme perdue. Se retirer sur sa perte. Abandonner le jeu après avoir perdu. À l'avant-dernière mise, il avait été sûr de gagner: même s'il devait perdre, il ne pouvait perdre aussi vite. Il avait tort de ne pas attacher d'importance à sa première perte; elle était certainement de mauvaise augure (Malraux,Cond. hum., 1933, p.358).
c) [La perte affecte la matière même dont la chose est faite] Perte au feu. ,,Perte de métal due à l'oxydation (calamine) de celui-ci hors du chauffage ou au cours du forgeage`` (Boissier 1975).
2. Fait d'égarer quelque chose. Perte de documents, de l'original, de mes papiers, d'un trousseau de clefs:
7. ... malgré les nombreuses imperfections de cet ouvrage (dont, il faut en convenir, la traduction auroit pu être entreprise par une main plus exercée que la vôtre), malgré la perte et l'illisibilité de plusieurs chapitres, ce qui en reste sera favorablement reçu du public... Crèvecoeur,Voyage, t.1, 1801, p.XI.
DR. Fait d'égarer une chose mobilière. Perte de la chose due. ,,Destruction ou disparition de l'objet de l'obligation, qui entraîne suivant les cas, la responsabilité contractuelle du débiteur ou sa libération`` (Cap. 1936).
3. Fait de mal utiliser, de gaspiller quelque chose. La perte d'une occasion; perte de temps. Les coups malheureux la désolaient (...). Après deux ou trois tours de perte, elle (...) fit tourner le disque de bois (...) et elle joua (A. France,Servien, 1882, p.46).Les méthodes améliorées de conservation sont susceptibles de réduire les pertes, dans la préparation du foin (Qq. aspects équip. agric., 1951, p.13).
Agir en pure perte. Agir sans aucun profit, inutilement. Il resta très-soumis et aussi tendre qu'il lui fut possible auprès de sa belle-mère, espérant qu'elle lui ferait plus tard la part meilleure; mais ce fut en pure perte (Sand,Hist. vie, t.4, 1855, p.40).
4. Fait de s'échapper ou de se dissiper.
a) [En parlant de fluides] Fuite. Perte d'eau, de gaz. Sans doute l'atmosphère change, à mesure qu'elle se purifie par la perte d'une partie du carbone absorbé par les plantes (Lapparent,Abr. géol., 1886, p.179):
8. ... les individus qui ne consomment du fluide nerveux que pour la production du mouvement musculaire, réparent leurs pertes à cet égard avec abondance, et même avec profit pour l'accroissement de leurs forces... Lamarck,Philos. zool., t.2, 1809, p.246.
HYDROL. Perte d'un cours d'eau. ,,Lieu et phénomène de disparition totale ou partielle d'un cours d'eau de surface permanent ou temporaire dans le sous-sol, en domaine karstique principalement, par infiltration ou par engouffrement`` (Hydrol. 1978). Je suis allé voir la perte du Rhône; rien de plus simple (...). Une tranche de rocher (...) aura glissé dans le fleuve (...) il coule au fond de son lit recouvert de gros blocs de rochers, et va reparaître à cent pas plus loin (Stendhal,Mém. touriste, t.2, 1838, p.330).
MÉD., au plur. Pertes de sang ou simplement pertes. Écoulement menstruel exagéré. Pertes blanches ou simplement pertes. Synon. de leucorrhée.Elle ne buvait que du blanc elle, à cause que le rouge donne des pertes (Céline,Voyage, 1932, p.371).Pertes séminales. ,,Émission involontaire de sperme, le plus souvent nocturne`` (Pt Lar. Méd. 1976). D'autres fois il s'agit de prurits localisés et, à côté des causes générales, il existe également des causes locales: par exemple prurit vulvaire secondaire à des pertes génitales, à une vaginite (Quillet Méd.1965, p.313).
b) [En parlant d'énergie, de chaleur, etc.] Déperdition. Perte de chaleur, de lumière, de puissance. L'air comprimé a presque partout remplacé comme fluide sous pression, la vapeur plus sujette aux fuites et aux pertes de pression (Gorgeu,Machines-outils, 1928, p.319).Au cours de cette évolution, la masse de l'étoile change −perte d'énergie par rayonnement, perte aussi de matière par éjections régulières ou irrégulières (Hist. gén. sc., t.3, vol. 2, 1964, p.575).
Pertes de charge. ,,Perte de pression d'un fluide circulant dans une canalisation`` (Vauge 1980). L'écoulement en système Venturi crée des pertes de charge par ses tourbillons (Chartrou,Pétroles natur. et artif., 1931, p.68).
Pertes diélectriques. ,,Énergie perdue en chaleur, dans un diélectrique qui est soumis à un champ électrique variable`` (Siz. 1968).
Pertes en ligne. ,,Pertes d'énergie électrique entre le point de production et le point d'utilisation`` (Énergie 1979).
Pertes thermiques. ,,Déperdition d'énergie calorifique`` (Vauge 1980).
AVIAT. Perte de vitesse. Diminution de la vitesse de propulsion d'un appareil qui, lorsqu'elle est inférieure à la vitesse de sustentation, provoque un décrochage.
(loc. adj. fig.)Au fig. En perte de vitesse. En recul, en recul de progrès, en baisse de dynamisme. [Le banquier:] c'est pas le moment de vendre, les cours sont en perte de vitesse depuis quinze jours (Simonin,Touchez pas au grisbi, 1953, p.203).
[À propos de choses] Le cinéma français est-il en perte de vitesse? (Combat, 26 août 1954ds Gilb. 1971).
[À propos de pers. ou de collectivités] Le Chancelier dont le parti était en légère perte de vitesse, subit l'usure du pouvoir (Le Monde, 25 mai 1969ds Gilb. 1971).
5. Le fait de subir un échec. Perte d'une bataille, d'un pari. Un soir que j'étais chez elle, je lui dis que j'avais appris le matin la perte d'un procès important pour moi, et qui apportait dans mes affaires un changement considérable (Musset,Confess. enf. s., 1836, p.212).
B. − Fait de causer la ruine de quelque chose; anéantissement, ruine, naufrage. La perte d'un État; la perte d'un navire:
9. Cette absence de direction, l'Entente l'a payée par une prolongation du conflit de deux ans, la Russie l'a payée d'une révolution, le tsar, de son trône et de sa vie, la Roumanie, d'une invasion qui la mit à deux doigts de sa perte. Joffre,Mém., t.2, 1931, p.309.
En perte. En état de perdition. Deux cotres en perte tâtent un passage... La tragédie est imminente; il faut pas en perdre une bouchée (Céline,Mort à crédit, 1936, p.141).
Loc. adv. À perte de vue
Aussi loin que la vue s'exerce. Par derrière, à perte de vue, s'étendait une plaine verte, boisée, peuplée de villages et de villes, et noyée dans une fine vapeur bleue qui rendait charmant l'horizon (Maupass.,Contes et nouv., t.2, Berthe, 1884, p.995).
Au fig. Sans fin. Discourir, philosopher, raisonner à perte de vue. En lisant les métaphysiciens modernes, vous aurez rencontré des raisonnemens à perte de vue sur l'importance des signes et sur les avantages d'une langue philosophique (comme ils disent) qui seroit créée à-priori, ou perfectionnée par des philosophes (J. De Maistre,Soirées St-Pétersb., t.1, 1821, p.120).
Prononc. et Orth.: [pε ʀt]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist.I. Subst. A. 1. Ca 1050 «fait d'être privé de la présence, de l'affection d'un être cher» (Alexis, éd. Chr. Storey, 148); 2. 1176-81 «fait d'être privé d'un bien matériel que l'on possédait» (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 3097); en partic. a) 1465 «fait de perdre une certaine somme d'argent» (Pathelin, éd. K. T. Holbrook, 274: il y a ou plus parte ou plus gaigne); b) 1480 a perte de finance (Lettres de Louis XI, VIII, 120 ds Bartzsch, p.119); 3. 1549 «fait de ne pas avoir l'avantage» la perte d'ung beau proces (Est.); 4. 1572 «fait d'être privé momentanément de l'usage d'une partie de soi-même» jusqu'à perte d'haleine (R. Belleau, Premiere journée de la Bergerie ds OEuvres poét., éd. Ch. Marty-Laveaux, t.I, p.302); 5. 1680 une perte de sang «métrorragie» (MmeDe Sévigné, Corresp., éd. R. Duchêne, III, p.910); au plur. 1718 (Ac.). B. 1. a) Ca 1100 «ruine matérielle ou morale» (Roland, éd. J. Bédier, 2117); b) ca 1100 «action de faire périr quelqu'un; fait de périr» (ibid., 1691); d'où 1807 au plur. «ensemble des soldats mis hors de combat au cours d'un engagement, d'un conflit» (Napoléon Ier, Lettres Joséph., p.130: l'on dira beaucoup de bêtises sur la bataille d'Eylau; le bulletin dit tout: les pertes y sont plus exagérées qu'amoindries); 2. a) ca 1165 «disparition, destruction d'un bien matériel» (Troie, 17598 ds T.-L.); b) 2emoitié xiiies. «fait de mal employer quelque chose» (De la fole et de la sage ds Nouv. Rec. fabliaux, éd. A. Jubinal, II, 72: tu uses tout ton tens et tout ton bien en perte). C. 1. 1768 géol. «lieu où disparaît un cours d'eau, qui réapparaît ensuite en resurgence après avoir effectué un trajet souterrain» (Valm.); 2. 1804 «déchet que subissent les denrées périssables; quantité ainsi perdue» (Code civil, art. 1771, p.322: la perte des fruits arrive après qu'ils sont séparés de la terre); 3. a) 1821 «partie d'un fluide ou fraction de l'énergie qui est perdue au cours de leur transport aux points d'utilisation» (Mém. Ac. des sc., t.V, 27); 1888 perte de charge (Ser, Phys. industr., p.677); 1890 perte de chaleur (Id., ibid., p.237); b) 1922 «dans une opération industrielle, partie d'un produit qui ne se trouve pas après qu'il a été traité» (Guillet, Métall. gén., p.148: la perte [...] provient de l'oxydation, de la scorification et surtout de la volatilisation des corps fondus); 4. 1892 perte de vitesse (Croneau, Constr. nav. guerre, t.1, p.47). II. Loc. adv. 1606 à perte de vue «à une grande distance» (Nicot); d'où 1611 fig. «de façon interminable et inutile» (Cotgr.). D'un lat. pop. *perdita, part. passé fém. subst. de perdere (v. perdre) qui subsiste aussi dans l'ital. perdita, le cat. perda, l'esp. pérdida, le port. perda (v. FEW t.8, p.225b). Fréq. abs. littér.: 3529. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 7509, b) 4302; xxes.: a) 3526, b) 4173. Bbg. Quem. DDL t.8.