Police de caractères:

Surligner les objets textuels
Colorer les objets :
 
 
 
 
 
 

Entrez une forme

options d'affichagecatégorie :
JE, pron. pers. et subst. masc.
I. − Pronom personnel non prédicatif (conjoint) de la 1repersonne du singulier.
A. − [Dans un dialogue ou dans un discours] Celui, celle qui parle ou qui écrit; celui, celle qui dit « je ». Il dit : « Tiens! Tu travailles? » Je répondis : « J'écris Paludes » (Gide, Paludes,1895, p. 91).Je m'appelle Claudine, j'habite Montigny; j'y suis née en 1884; probablement je n'y mourrai pas (Colette, Cl. école,1900, p. 7):
1. Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : « Je m'endors. » Proust, Swann, 1913, p. 3.
2. Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Quand j'ai envie de rire Oui je ris aux éclats J'aime celui qui m'aime Est-ce ma faute à moi Si ce n'est pas le même Que j'aime chaque fois Je suis comme je suis Je suis faite comme ça... Prévert, Paroles,1946, p. 117.
B. − [Dans une syntaxe affective et familière, par syllepse de la pers., je remplace ou est remplacé par d'autres pronoms]
1. [Je remplace il/elle] :
3. Il ne sera content que lorsqu'il aura démonté le mécanisme. Il se brise lui-même les ongles à essayer de forcer les spirales. Et je te fouille... et je te tripote... Audiberti, Quoat,1946, 2etabl., p. 76.
2. [Je remplace tu] Une mère pourra dire à son enfant : Est-ce que j'aime toujours les gâteaux? (Grev. 1969, § 468).
3. Pop., vx. [Je remplace nous] ...Qu'est-ce que je peux faire pour vous, mesdames les épinceteuses − M'sieur Bertrand, je v'nons chez vous parce que j'osons pas aller trouver m'sieur Achille (Maurois, Bernard Quesnay,1926, p. 33 ds Dam.-Pich. t. 6 1968 [1940]).
Rem. 1. Je est remplacé par nous*, on*. 2. Je est remplacé par le présentatif c'est : Moi, c'est Jean..., Jean Lévesque. Et toi, je sais toujours bien pour commencer que c'est Florentine... (Roy, Bonheur occas., 1945, p. 10).
C. − [Je a une valeur générique (je dis « je », parce que effectivement l'énoncé s'applique à moi, mais il s'appliquerait aussi bien à n'importe qui)] :
4. La conscience du devoir porte en elle le sentiment d'une obligation (...). Mais, si impérieux que soit ce commandement, il ne retire rien à la conviction que j'ai d'être libre, et me fait même sentir mieux qu'aucune autre épreuve la présence de ma liberté. Certes, du fait que je la conçois, la loi me commande, mais je sens qu'il dépend de moi de la suivre ou de la transgresser. A. Bridoux, Morale, Paris, Hachette, 1945, p. 76.
D. − Syntaxe
1. Renforcement du suj. [Gén. dans un cont. fam. pour marquer un contraste avec qqn d'autre; je est précédé du pron. disjoint moi ou repris par lui]
Moi, je + verbe. Moi, je ne fis qu'un bond d'enthousiasme (Céline, Voyage,1932, p. 14).Louis est le plus pieux, Auguste le plus riche; moi je suis le plus intelligent (Sartre, Mots,1964, p. 4).
Je + verbe + moi :
5. − Puisque je vous dis que je paye la couleur, moi, toute la couleur; et que je paye le peintre, moi; puisque je vous dis que vous ne payez rien et que je paye tout, moi! Giono, Regain,1930, p. 12.
2. Place du suj. [Je pron. atone est étroitement lié au verbe qui le suit − « Je pars, je bois » − et n'en est séparé que par l'adv. de négation ne − « Je ne pars pas » −, par un pron. pers. compl. atone − « Je le bois » − ou par les pron. adv. en et y − « J'en vois, j'y pars »]
Vieilli et littér. [L'expr. je soussigné, vestige de la lang. anc., où je, accentué, est séparé du verbe, fait exception] Je soussigné, ai l'honneur d'exposer à son Excellence le Ministre de l'Intérieur les faits qui suivent (Hugo, Corresp.,1830, p. 462):
6. « Je soussigné donne et lègue aux enfants de ma sœur, Madame Ève Chardon, femme de David Séchard, ancien imprimeur à Angoulême, et de Monsieur David Séchard, la totalité des biens meubles et immeubles qui m'appartiendront au jour de mon décès (...) ». Balzac, Splend. et mis.,1846, p. 471.
3. Invers. du suj. [L'invers. du suj. se fait dans la lang. châtiée ou littér.]
a) [Selon la nature de la prop.]
[Dans des prop. interr.] Les hommes? Pourquoi les aimerais-je? Est-ce qu'ils m'aiment? (Sartre, Mains sales,1948, 5etabl., 3, p. 212).
[Dans des prop. exclam.] Et d'ailleurs, étais-je niais d'avoir pris mes chimères pour des réalités! (Bourget, Disciple,1889, p. 137).
[Dans des prop. concessives] Cette partie, dont j'ai vu le début, et que j'ai suivie de jour en jour, je veux la suivre jusqu'au bout, et dussé-je en être victime (Gide, Journal,1943, p. 177).
[Dans des prop. incises] Le fait est, lui répondis-je, qu'il est déjà très mystérieux que deux et deux fassent quatre (Villiers de L'I.-A., Contes cruels,1883, p. 292).
[Après un adv. en tête de phrase] Sans doute craignais-je moins son influence depuis que j'aimais réellement et physiquement Cyril (Sagan, Bonjour tristesse,1954, p. 159):
7. ... au cœur de la ville arabe, en vain cherchais-je une figure aimable où poser volontiers le regard et où raccrocher quelque espoir ... Gide, Journal,1943, p. 231.
Rem. L'invers. est possible après aussi : Aussi ne me séparerai-je jamais d'Hélène (Giraudoux, Guerre Troie, 1935, I, 4, p. 37) et certains adv. ou loc. adv. comme à peine, peut-être, tout au plus... Je est alors une syll. muette.
b) [Selon le temps du verbe]
[Avec les verbes à l'imp., au fut. et au cond., l'invers. se réalise aisément, ainsi qu'aux temps composés] Avouerai-je que dans cette église, je me suis senti aussi peu touché que dans une... (Green, Journal,1935, p. 8).Qu'aurais-je dit? (Vercors, Silence mer,1942, p. 17).Mais ces hommes, me disais-je, vivent non des choses mais du sens des choses (Saint-Exup., Citad.,1944, p. 830).
Rem. Si le verbe est à un temps composé, le pron. je se place entre l'auxil. et le part. passé : À peine ai-je franchi la porte que Folcoche me réclame (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 266).
Rare. [Avec le passé simple] Encore une cave! ne pus-je m'empêcher de dire (Duhamel, Cri des profondeurs,p. 192 ds Grev. 1969, § 709).
[Au prés.]
[Avec les verbes du 1ergroupe, l'invers. est possible; le e muet final devient é que l'on prononce è] Exigé-je donc trop de moi? (Gide, Porte étr.,1909, p. 589).Causé-je trop longuement avec un ami? (Duhamel, Les Plaisirs et les jeux,1922, p. 175 ds R. Le Bidois, L'Invers. du suj. dans la prose contemp., Paris, D'Artrey, 1952, p. 56).Ne parlé-je pas d'eux comme autant d'adversaires? (Colette, Petit Parisien,20 févr. 1941, p. 175 ds R. Le Bidois, L'Invers. du suj. dans la prose contemp., Paris, D'Artrey, 1952, p. 56).
Rem. 1. Quelquefois, surtout p. plaisant., la syll. finale reste muette. Père Ubu. − Que ne vous assom-je, mère Ubu! (Jarry, Ubu, 1895, I, 1, p. 35). En passant devant chez le docteur Castellant, je me suis dit « Ose-je? » puis je n'ai pas osé (MmeEJ, 10 mars 1928 ds Dam.-Pich. t. 4 1969, § 1576). 2. L'adjonction de la finale en é peut entraîner des modifications phoniques ou graphiques : - aie > ayé : je paie > payé-je, j'essaie > essayé-je; - oie > oyé : je broie > broyé-je, je nettoie > nettoyé-je; - uie > uyé : j'essuie > essuyé-je, j'ennuie > ennuyé-je; - è...e > e...é : je mène > mené-je, je pèse > pesé-je; - è...e > é...é : j'altère > altéré-je, je désespère > désespéré-je. 3. Le verbe envoyer, rattaché quelquefois au 3egroupe, peut être traité comme tel : ou bien en envoie-je un? (ibid., § 1572).
[Avec les verbes du 2egroupe, l'invers. semble exclue]
[Avec les verbes du 3egroupe, je ne se prête bien à l'invers. qu'avec des verbes très usuels dont le prés. de l'ind. est monosyllabique à la 1repers. (être, dire, avoir, faire, devoir, pouvoir, savoir, voir, vouloir)] Aussi ne fais-je que le prendre au mot en le traitant à peu près comme un inconnu (Fromentin, Dominique,1863, p. 3).Ne pouvant plus à cause de mon travail tenir régulièrement mon journal, du moins veux-je m'astreindre à dicter chaque soir ce que je désire ne pas laisser s'évanouir complètement (Du Bos, Journal,1921, p. 7).Ah! me dis-je, ce sont là les bruits du charroi (Saint-Exup., Citad.,1944, p. 830).
[Avec les verbes à vocalisme nasal ou dont le rad. se termine par une liquide, on évite l'invers. du suj. au moyen de la périphrase est-ce que (cf. R. Le Bidois, op. cit., p. 35)]
Rem. Toutefois, on trouve des ex. où l'invers. peut être employée p. plaisant. Mais encore une fois, quel danger cours-je? (S. Weber, Un Client peu sérieux, 1923 ds Dam.-Pich. t. 4 1969, § 1572). − Mais sacré au nom de D..., réponds-je..., vous un homme? (M. Georges-Michel, Chronique à la Rose, 1923, ibid.).
[P. anal., avec les verbes du 1ergroupe, on ajoute quelquefois un é aux rad. du 3egroupe] Aussi metté-je toujours quelques chiffons rouges dans ma parure pour que ma joie n'aille jamais trop loin (Balzac, Peau chagr.,1831, p. 70).Sincèrement, connaissé-je le catholicisme (R. Bazin, Charles de Foucauld, p. 87 ds R. Le Bidois, op. cit.). Ai-je cousu, coussé-je, coudrai-je dans du cuir? (Colette, Fanal,1949, p. 28).
Rem. Ces formes dans lesquelles l'adjonction du é au rad. peut entraîner des modifications graph., sont considérées comme des barbarismes.
[Au subj., l'invers. ne se rencontre que dans certaines tournures figées (puissé-je, dussé-je, ...)] Puissé-je voir enfin des larmes Monter jusqu'à vos yeux (Toulet, Contrerimes,1920, p. 9).
Rem. P. anal. on a pu écrire : Saché-je d'où provient, sirènes, votre ennui Quand vous vous lamentez, au large, dans la nuit? (Apoll., Bestiaire, 1911, p. 27).
4. Omission du suj.
a) [Je peut être omis dans la conversation fam. ou dans un style volontairement bref] Vous n'êtes pas sérieux. − Jure que si (H. Lavedan, Les Nocturnesp. 6 ds Sandfeld, t. 1 1965, § 11).− Sais pas (...) fait Bernard en se levant. Vais me coucher? Garçon! (Martin du G., Devenir,1909, p. 46).
b) [Dans une suite de verbes au même temps coordonnés et ayant le même suj.] Après les paroles du commandant, je saluai et me dirigeai vers la lucarne (Bordeaux, Fort de Vaux,1916, p. 249).
Rem. 1. Les grammairiens recommandent l'omission si les verbes sont réunis par ni : Je ne l'aime ni ne l'aime pas (Gyp, Leurs âmes, 1895 ds Sandfeld t. 1 1965, § 15). Cependant, on trouve des ex. de répétition même dans ce cas : − N'exagérez pas. − Je n'exagère ni je n'oublie (Capus, Arène, L'Adversaire, II, 1, ibid.). 2. Si les verbes ne sont pas au même temps, les grammairiens recommandent la reprise de je : Je ne l'ai pas déchirée [la lettre] et je te l'envoie (Bourget, Lazarine, 1917, ibid.). Mais je est souvent omis : Je suis résolu à servir mon parti, et ne me laisserai pas arrêter par des réactions psychologiques (Malraux, Espoir, 1937, p. 774), en partic. si le verbe est répété (cf. Sandfeld t. 1 1965, §15-16) : Je pensais et pense toujours qu'entre soixante et soixante-dix ans (Montherl., Pasiphaé, 1936, p. 104).
E. − Morphol. [Je s'élide devant un verbe commençant par une voyelle ou un h « muet »] L'histoire que je raconte ici, j'ai mis toute ma force à la vivre et ma vertu s'y est usée (Gide, Porte étr.,1909, p. 495).Lia. − Pourquoi êtes-vous ici? Parce que j'ai laissé griller le pain, ou parce que je hais mon mari? (Giraudoux, Sodome,1943, I, 1, p. 27).
[Je ne s'élide pas quand il suit le verbe même s'il se trouve devant voyelle] V. supra ex. 7.
[Dans la lang. pop., voire fam. je tend à se réduire à j', même devant une consonne : j'vais ..., j'sais, etc.] C'est la grâce que j'me souhaite (Laforgue, Complaintes,1885, p. 59).Moi j'sais pas les paroles. Alors je chant' l'air! (Feydeau, Dame Maxim's,1914, I, 1, p. 5).J'vais voir si c'est ainsi! Que je crie à Arthur, et me voici parti à m'engager (Céline, Voyage,1932, p. 14).Tous ceux qu'étaient vivants et qui me caressaient attendaient que j'sois mort pour pouvoir me bouffer (Prévert, Paroles,1946, p. 24).
II. − Subst. masc. [Avec ou sans déterm.]
A. − Le mot, le pronom je. Le procédé qui consiste à désigner par un « je » le héros principal, constitue un moyen à la fois efficace et facile (Sarraute, Ère soupçon,1956, p. 74):
8. Je [ital. ds le texte] et nous, premières personnes, expression de supériorité, servent à exprimer l'un le pouvoir domestique, l'autre le pouvoir public... Bonald, Législ. primit., t. 1, 1802, p. 334.
B. − La personne qui dit « je » (dans tel ou tel texte). Le je du Voyage en Orient, sauf en de rares minutes, raconte la vie extérieure (Durry, Nerval,1956, p. 76).
C. − PHILOSOPHIE
1. La personne, l'individu. Synon. le moi :
9. On n'a jamais bien jugé le romantisme. Qui l'aurait jugé? les critiques!! Les romantiques? qui prouvent si bien que la chanson est si peu souvent l'œuvre, c'est-à-dire la pensée chantée et comprise du chanteur? Car Je est un autre. Si le cuivre s'éveille clairon, il n'y a rien de sa faute. Cela m'est évident : j'assiste à l'éclosion de ma pensée : je la regarde, je l'écoute : je lance un coup d'archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou tient d'un bond sur la scène. Rimbaud, Œuvres, Lettre à Paul Demeny, Paris, Garnier, 1962 [1871], p. 345.
2. [P. oppos. au moi] Sujet unique et immuable qui est responsable des états et des actes d'un individu. Le Je est unique et immuable, tandis que le Moi peut être multiple et changeant (Foulq.-St-Jean1962, p. 388).Et c'est le Je qui a conscience de ce Moi, si bien que ma personnalité totale est alors comme double, étant à la fois le sujet connaisseur et l'objet connu (W. James, Précis de psychol.,p. 227 ds Foulq.-St-Jean 1962).
Rem. Certains philosophes n'admettent pas cette distinction et vont jusqu'à inverser le sens des termes. Le je est l'expression de la conscience superficielle, le moi est l'âme profonde (Bremond, ibid.).
Prononc. et Orth. : [ʒ(ə)]. V. supra E. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 842 eo pronom pers. (Serments de Strasbourg ds Henry Chrestomathie t. 1, p. 1); 842 io (ibid., p. 2, 21); ca 1100 je (Roland, éd. J. Bédier, 1072); 2. 1871 philosophie « le moi » (Rimbaud, loc. cit.). D'un lat. vulg. eo (attesté au vies.; cf. FEW t. 3, p. 207b), du lat. class. ego « moi, je », supposé d'après l'ensemble des lang. rom. : ital. io, roum. eu, esp. yo, port. eu, fr. je,... (cf. Vään., p. 131, § 280). La diversité des formes d'a. fr. : gié, jeo, jo..., s'explique par des traitements phonét. variés, encore mal éclaircis, de *eo, selon que la force d'accent s'était maintenue ou non (cf. Fouché t. 2, p. 162-163, Fr. de La Chaussée, Initiation à la morphologie historique de l'ancien français, p. 74, § 58 et Bourc.-Bourc., § 49, II). La forme atone je, déjà attestée dans Roland semble provenir d'un affaiblissement de jo. L'emploi de jo/je devant le verbe est devenu plus fréq. à la suite de l'effacement des dés. verb. L'usage de je comme forme forte (dont il nous reste p. ex. la formule je soussigné) s'est maintenu jusqu'au xviies. (cf. Nyrop t. 5, § 177). Fréq. abs. littér. : 1 006 106. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 437 337, b) 1 440 731; xxes. : a) 1 350 854, b) 1 468 046. Bbg. Bourgeacq (J.). Moi, je ou c'est moi qui? Fr. R. 1970, t. 43, pp. 452-458. - Hunnius (K.). Frz. je : ein präfigiertes Konjugationsmorphem? Arch. St. n. Spr. 1977, t. 214, pp. 37-48. - Jacob (L.). De ce suis je à c'est moi. B. Soc. roum. de ling. rom. 1970, t. 7, pp. 91-96. - Jankélévitch (V.). Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien. Paris, 1980, passim. - Loffler-Laurian (A.-M.). L'Expr. du locuteur ds les discours sc. R. Ling. rom. 1980, t. 44, no173/174, pp. 135-157.