GORDIEN, -IENNE,
adjectif— P. ext. Nœud compliqué, fouillis, entrelacs. Le serpent rusé, s'insinuant tout auprès, entrelaçait en nœud gordien sa queue repliée, et donnait de sa fatale astuce une preuve non comprise (, Paradis perdu, 1836, p. 249). Un grand logis (...) qui a, à toutes les baies, guichets, portes, fenêtres, des nœuds gordiens de nervures, souvent tranchés par l'architecte (, Rhin, 1842, p. 376).
— Au fig. Difficulté, problème quasi insoluble, obstacle apparemment insurmontable. La réunion de madame Jules, de son mari, de cet homme, n'était-elle pas le nœud gordien de ce drame déjà sanglant? (, Ferragus, 1833, p. 103). V. culpabilité ex. 10.
• Loc. Couper, rompre, trancher le nœud gordien. Résoudre brusquement une difficulté par des moyens prompts et énergiques ou par la violence. À tous les grands hommes, la redoutable Histoire propose des nœuds gordiens, mais tous n'ont pas l'épée d'Alexandre pour les rompre (, Journal, 1950, p. 223) :
Comme beaucoup des notables qui s'étaient approprié celui-ci [l'État] refusaient de les suivre [les intransigeants], ils s'appuyèrent sur le « peuple » et préconisèrent l'égalité politique. La journée du 10 août parut trancher le nœud gordien : elle élimina la royauté et, ainsi, rien ne parut plus s'opposer à l'organisation d'un exécutif efficace... (, Révol. fr., 1963, p. 566)
Trancher le nœud gordien de + subst. abstr. Choisir (...) c'est aussi couper, trancher le nœud de l'hésitation; dé-cider (, Philos. volonté, 1949, p. 156). Une prompte répartie, coupant sur-le-champ le nœud gordien de l'objection, n'est-elle pas aussi « plausible » qu'une résolution soudaine? (, Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 112).
Remarque : On relève, notamment chez Jankélévitch, l'adj. appliqué à un autre subst. que nœud. Le présent est cet acte gordien par lequel j'engage le futur, supprime les possibles, accepte en une fois tout le paquet (Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 211). Les apories gordiennes, le scrupule de Zénon sont tranchés d'emblée par un pari (ibid., p. 218).
Prononciation et orthographe
[gɔʀdjε̃], fém. [-jεn]. Ds Ac., vedette de renvoi (à nœud), dep. Ac. 1835.
Étymologie et histoire
1552 noud Gordien (Ronsard, Odes, Livre V, ode III, 27, éd. P. Laumonier, t. 3, p. 99). Dér. à l'aide du suff. -ien* du lat. Gordius, nom d'un roi ou d'une ville de Phrygie, du gr. Γόρδιος dans le premier cas ou de Γόρδιον dans le second; cf. l'expr. nodus gordius attestée en b. latin.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 34.
Bibliographie
Delb. Matér. 1880, p. 156.