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ÉTOURDIR, verbe trans.
A.− [L'obj. désigne gén. une pers.]
1. Ébranler (quelqu'un) par un choc physique ou moral, au point, parfois, de lui faire perdre conscience momentanément. Synon. abrutir, abasourdir, assommer, sonner (pop.).Les trèfles et les luzernes filaient sous le galop malin de la bête; le vertige étourdissait les oreilles, cerclait la tête, noyait les mains de sueur (Adam, Enf. Aust.,1902, p. 251).
Emploi pronom. (Quasi-)synon. s'évanouir.Quand je me sentais m'étourdir, je regardais plutôt en l'air... Ça m'atténuait les malaises de relever la tête (Céline, Mort à crédit,1936, p. 680).
Au fig. Jeter dans un trouble moral. Mon amour me trouble et m'étourdit tellement que j'ai oublié tout d'abord ce que j'avais à faire ici (Nodier, Fée Miettes,1831, p. 144).
Emploi abs. :
1. ... comme s'il redoutait une parole de Berthe ou un silence, il poursuivait son discours sans interruption, cherchant à dire, non pas sa pensée, mais ce qui pouvait étourdir, émouvoir, flatter, et il avait l'air d'un discuteur agité. Chardonne, Épithal.,1921, p. 437.
2. P. ext.
a) Fatiguer, importuner par un bruit, par des paroles lassantes. Étourdir les oreilles. Synon. assourdir, bassiner (fam.), casser les oreilles (fam.), incommoder.Elle s'endormait en écoutant ses professeurs, tellement la fatigue des leçons l'étourdissait (Zola, Œuvre,1886, p. 103).Le bruit des marteaux sans nombre, qui nous étourdissait tout à l'heure, nous parvient assourdi et nous rassure. (France, Vie fleur,1922, p. 299):
2. J'aime marcher à travers la ville, le soir, dans la chaleur du genièvre. Je marche des nuits durant, je rêve, ou je me parle interminablement. Comme ce soir, oui, et je crains de vous étourdir un peu, merci, vous êtes courtois. Mais c'est le trop-plein; dès que j'ouvre la bouche, les phrases coulent. Camus, Chute,1956, p. 1480.
Au fig. Que le poltron s'amuse à vivre tant qu'il voudra, c'est son métier; mais qu'il ne vienne point nous étourdir de ses impertinences sur le malheur de ceux qui ne lui ressemblent pas (J. de Maistre, Soirées St-Pétersb., t. 2, 1821, p. 114).
b) Provoquer une sorte de griserie, d'ivresse. Lecouvreur buvait le moins possible. Quelques apéritifs suffisaient pour l'étourdir, lui enlever le goût du travail (Dabit, Hôtel Nord,1929, p. 61):
3. ... j'étais dans une espèce de ravissement en parcourant les rues désertes, les cloîtres abandonnés, surtout en revenant contempler la cathédrale; un vent violent achevait de m'étourdir et de m'enivrer. Ampère, Corresp.,1827, p. 435.
Au fig. Tout le régime n'est funeste que parce qu'il met en jeu, contre l'intérêt du public, tout ce qui tente, grise, étourdit les particuliers (Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. 43):
4. Trop de pouvoir est mauvais à l'homme. Être prêtre, être roi, être Dieu, c'est trop. Le bourdonnement confus de toutes les volontés éveillées qui demandent à être satisfaites à la fois assourdit le pauvre cerveau de celui qui peut tout, étourdit son intelligence, dérange la génération de sa pensée et le rend fou. Hugo, Rhin,1842, p. 440.
5. ... car écrire! ce n'est pas se faire rougir, ni affronter l'indifférence − mais bien l'ambition d'abord de saisir un lecteur idéal et de le traîner sans s'émouvoir − ou encore de l'éblouir, l'étourdir, le réduire par la vérité supérieure et la force magique, oui merveilleuse! Valéry, Corresp.[avec Gide], 1891, p. 126.
Emploi pronom. réfl. Rechercher une joie factice pour tromper un ennui, une inquiétude. Besoin de s'étourdir; chercher à s'étourdir. (Quasi-)synon. s'amuser, se divertir.Deux sentiments uniques (...) pèsent sur l'Europe entière (...) : l'inquiétude et l'ennui (...). On s'étourdit par une excitation factice : au front, des massacres sans but; à l'arrière, la fête (Bloch, Dest. du S.,1931, p. 83).
B.− [L'obj. désigne un inanimé]
1. [Inanimé abstr.] Rendre moins vive, moins sensible une sensation physique, une souffrance morale. Étourdir une douleur, un chagrin. Synon. endormir.Si nous venons au bal c'est pour étourdir sa douleur (Ponson du Terr., Rocambole,t. 4, 1859, p. 288).
Vx. Étourdir la grosse faim. La calmer en mangeant un peu (Ac. 1835-1878).
2. [Inanimé concr.]
a) ART CULIN. Étourdir la viande. Lui faire subir une légère cuisson (Ac. 1932).
b) Arg. Voler, dérober. Fallait l'embobiner, pour le ravoir et lui étourdir son magot (Zola, Terre,1887, p. 359).
Prononc. et Orth. : [etuʀdi:ʀ], (j')étourdis [etuʀdi]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1086 Ricard Estordit nom propre (Exon. Domesday Book, IV, II ds Z. rom. Philol. t. 8, p. 335); 1. 1176 « frapper d'une sorte d'engourdissement du cerveau (par commotion, vertige, ivresse...) » (Chr. de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 2035); ca 1200 part. passé adj. cum home esturdi (Chanson de Guillaume, éd. Mc Millan, 385); d'où a) 1629 « causer de la stupeur, de l'étonnement » (Mairet, Soliman, V, 2 ds Littré); b) 1670 pronom. « perdre la claire conscience de soi-même, de ses actes » (Boss., Duch. d'Orléans ds Rob.); c) 1677 « rendre moins sensible » (Id., Connaiss., I, 16 ds Littré); 2. xves. « importuner, lasser par une action répétée » (Ch. d'Orléans, Rondeaux, éd. P. Champion, CCXCV, 2); en partic. 1615 part. prés. adj. son estourdissante crierie (Montlyard, Heroglyphiques de Jean-Pierre Valerian, XXIV, 33 ds R. Hist. litt. fr. t. 12, p. 143). Formé sur un lat. pop. *exturdire, dér. de turdus « grive », signifiant prob. « avoir le cerveau étourdi, comme une grive ivre de raisin »; cf. ca 1200 « être ivre » (Aliscans, éd. Wienbeck-Hartnacke-Rasch, 4306-07) d'où le sens de « étourdir ». Fréq. abs. littér. : 535. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 757, b) 881; xxes. : a) 975, b) 570. Bbg. Sain. Arg. 1972 [1907], p. 239, 280. − Sain. Sources t. 1 1972 [1925], p. 88.