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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

CORPORIFIER, CORPORISER,

verbe transitif
A. —Hist. de la chim.
1.[Le compl. d'obj. désigne un corps fluide] L'amener à l'état de corps solide (cf. Ac. Compl. 1842, Guérin 1892).
2.[Le compl. d'obj. désigne une substance éparse] La fixer à l'état de corps non divisé. Corporifier des globules de mercure (Ac., 1835 1878).
B. —P. ext.[L'obj. désigne une entité matérielle ténue ou une entité spirituelle] Matérialiser, donner une forme corporelle humaine à. Corporiser un rêve. Je sais vaporiser l'objet, et je sais corporiser l'ombre (Rollinat, Névr., 1883, p. 252) :
... je me sens une rage de peindre ce que j'ai vu, de corporiser avec la ligne et la couleur un souvenir plus ardent en moi que la vie, plus substantiel que la réalité. (Barbey d'Aurevilly, 2 e Memorandum, 1838, p. 327)
— Spéc.,THÉOL.[Le compl. d'obj. désigne un être spirituel] Lui attribuer un corps. Il y a eu des hérétiques qui corporifiaient les anges (Ac., 1835 1878). Les idées grossières des hommes sur le premier être, les portèrent à Corporifier la Divinité (S. Mercier, Néol., t. 1, 1801, p. 130).
— Emploi pronom. Ah! le hasard (...) le hasard! Comme il prend forme, se corporifie! (Arnoux, Double chance, 1958, p. 187).
Remarque : On rencontre ds la docum. le part. passé adj. corporifié, ée. Salammbô resplendissante se confondait avec Tanit et semblait le génie même de Carthage, son âme corporifiée (Flaub., Salammbô, t. 2, 1863, p. 160). Les poèmes [de Baudelaire] sont des pensées « corporifiées » (...) chacun d'eux, (...) est une existence retenue, fugace, toute semblable à une odeur! (Sartre, Baudel., 1947, p. 204).
Prononciation et orthographe
[kɔʀpɔʀifje], (je) corporifie [kɔʀpɔʀifi]; [kɔʀpɔʀize], (je) corporise [kɔʀpɔʀi:z]. Corporifier ds Ac. 1762-1878. Conjug. : corporifier s'écrit avec 2 i aux 1re et 2e pers. du plur. de l'imp. de l'ind. et du prés. du subj. : (que) nous corporifiions, (que) vous corporifiez. Les 2 suff. sont admis ds Besch. 1845, ds Lar. 19e -Lar. encyclop. (qui considèrent corporiser comme vieilli) et ds Lar. Lang. fr. Aucun dict. n'emploie corporiser comme seule vedette. Littré, Guérin 1892 et DG donnent uniquement corporifier. Noter que Guérin 1892 enregistre corporifier (inf.), mais corporisé (adj.) et non corporifié.
Étymologie et histoire
I.
1. 1651 corporifier chim. (Hellot ds La Presse médicale, t. 58, 1950, p. 933), emploi qualifié de « vieux » ou de « rare » dep. Ac. 1835;
2. 1762 théol. « attribuer un corps à ce qui n'en a pas » (Ac.) — 1929, Lar. 20e.
II.
1. 1704 corporiser chim. (Trév.) ;
2. 1790 « rendre corporel, donner une forme matérielle (à un souvenir, etc.) » (Saint-Martin, Homme désir, p. 102). I, II dér. savant du lat. corpus, corporis « corps »; suff. I -ifier*, II -iser*.
Statistiques
Fréq. abs. littér. Corporifier : 3. Corporiser : 5.
Dérivés

Corporification, corporisation

substantif féminin
hist. de la chim. Action de corporifier*, de corporiser* un corps fluide, de l'amener à l'état de solide (cf. Littré). Au fig., rare. Action de rendre sensible, matériel; fait de prendre une forme matérielle. Hœné-Wronski et après lui Camille Durutte (...) définissent [la Musique] : la corporification de l'Intelligence dans les sons (d'Indy, Compos. music., t. 1, 1897-1900, p. 19). — Dernière transcr. de corporification ds Littré : kor-po-ri-fi-ka-sion. Aucune transcr. de corporisation. Littré donne uniquement corporification. Les 2 suff. sont admis ds Besch. 1845, ds Lar. 19e et Guérin 1892 qui considèrent corporisation comme vieilli, ds Nouv. Lar. ill. et Lar. 20e. — 1res attest. 1690 corporification (Fur.); 1701 corporisation (ibid.) ; dér. sav. de corporifier, corporiser ; suff. -(a)tion*.