Logo Portail
Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

COGITATION

substantif féminin
A. —PHILOS. etlang. cultivée, vieilli. Action de diriger sa pensée sur un objet; le résultat de cette action. Il y a alors [dans le cas d'une hantise] interposition constante, entre nous et le réel, d'une pensée ou d'une représentation, fixe en ses contours, et à laquelle nous ramenons toutes nos cogitations (L. Daudet, Le Monde des images, 1919, p. 102). Mais la « cogitation » que je découvre ainsi, si elle est sans lieu dans le temps et l'espace objectifs, n'est pas sans place dans le monde phénoménologique (Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, 1945, p. VII).
B. —P. ext., au XXe s., p. iron., le plus souvent au plur. Action de réfléchir; le résultat de cette action, le plus souvent une pensée parcellaire ou inefficace. Des cogitations, brumeuses, fluctuantes, profondes, vagues. Synon. idées, imaginations, pensées. Le téléphone arracha Jérôme à ses cogitations, à ses poussières de résolutions et de remords (A. Arnoux, La Nuit de Saint-Avertin, 1942, p. 19) :
Sarkis, tout songeur, s'efforçait de river fortement les mailles de la cotte de science qu'il forgeait à l'âme de la princesse : et c'étaient là de grandes cogitations. (J. Péladan, Le Vice suprême, 1884, p. 36)
Syntagmes : Suivre le cours de ses cogitations, être perdu dans ses cogitations; déranger, laisser qqn à (dans) ses cogitations; s'abîmer dans une profonde cogitation; quel est le fruit de vos cogitations?
Prononciation
[kɔʒitasjɔ̃].
Étymologie et histoire
Mil. xiie s. cogitatiuns (Livre des Psaumes, éd. F. Michel, XXXII, 10 [cogitationes]) — 1611, Cotgr., répertorié comme « vieux lang. » ds Ac. Compl. 1842, employé ironiquement dep. le début du xixe s. 1833 (P. Borel, Champavert, Dina, la belle juive, p. 127). Empr. au lat. class. cogitatio « acte de penser, de réfléchir ».
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 18.
Bibliographie
Gohin 1903, p. 306.