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ADHÉRER, verbe trans. indir.
I.− S'attacher par une union physique étroite (à une chose, à une personne, etc.; le résultat est une adhérence, sens I).
A.− [Le suj. et l'obj. désignent des inanimés concr.] :
1. Cependant il s'en faut bien que les grains de sable soient des cubes réguliers : leurs faces, vues au microscope, sont aussi inégales que celle des plus âpres rochers. Comment donc ont-elles pu toutes se rencontrer juste, et adhérer les unes aux autres par l'attraction, au point de former des Pyrénées et des Alpes? J.-H. Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature1814, p. 237.
2. Pères, mères, enfants, frères, sœurs, hommes, femmes, filles, adhèrent, et s'agrègent presque comme une formation minérale, dans cette brumeuse promiscuité de sexes, de parentés, d'âges, d'infamies, d'innocences. Ils s'accroupissent, adossés les uns aux autres, dans une espèce de destin taudis. V. Hugo, Les Misérables,t. I, 1862, p. 883.
B.− [Le suj. et parfois l'obj. désignent des êtres vivants ou des organes d'êtres vivants, personnels ou animaux] :
3. Gilliatt était dans l'eau jusqu'à la ceinture, les pieds crispés sur la rondeur des galets glissants, le bras droit étreint et assujetti par les enroulements plats des courroies de la pieuvre, et le torse disparaissant presque sous les replis et les croisements de ce bandage horrible. Des huit bras de la pieuvre, trois adhéraient à la roche, cinq adhéraient à Gilliatt. De cette façon, cramponnée d'un côté au granit, de l'autre à l'homme, elle enchaînait Gilliatt au rocher. Gilliatt avait sur lui deux cent cinquante suçoirs. V. Hugo, Les Travailleurs de la mer,1866, p. 377.
4. ... de sorte que successivement mes cuisses, mes hanches, mes épaules tâchaient d'adhérer en tous leurs points aux draps qui enveloppaient le matelas, comme si ma fatigue, pareille à un sculpteur, avait voulu prendre un moulage total d'un corps humain. M. Proust, À la recherche du temps perdu,À l'ombre des jeunes filles en fleurs, 1918, p. 819.
5. Lancé à toute volée, le fouet s'attache à la victime, il siffle, il adhère, il se replie sur elle, il entre dedans, il pénètre dans les recoins les plus secrets comme un rayon de feu, il prend de nous sur toute sa longueur une espèce d'acte acéré et destructeur, il cingle, il tranche, il divise, et le lourd engin qui le termine arrache, ramène à lui des morceaux de substance. P. Claudel, Un Poète regarde la Croix,1938, p. 49.
P. ext.
1. ANATOMIE :
6. Le Bichir Polypterus Niloticus, Geoff en fournit un exemple remarquable. La vessie natatoire est située dans l'abdomen, contre les vertèbres dorsales, où elle cache ordinairement une partie des reins : mais la manière dont elle est fixée dans cette position n'est pas toujours la même. Dans quelques poissons elle adhère tellement aux vertèbres et aux côtes, dans toute sa longueur, qu'on ne peut l'enlever sans la déchirer; c'est, entr'autres, le cas des gades. G. Cuvier, Leçons d'anatomie comparée,t. 5, 1805, p. 274.
7. Cette pneumonie caséeuse est constituée par des amas de cellules épithéliales granuleuses (...) qui adhèrent fortement entre elles... Cadet de Gassicourt, Traité clinique des maladies de l'enfance,t. 1, 1880-1884, p. 155.
2. SC. DE LA NATURE :
8. 67. − Les phénomènes naturels, enchaînés les uns aux autres, forment un réseau dont toutes les parties adhèrent entre elles, mais non de la même manière ni au même degré. A. Cournot, Essai sur les fondements de nos connaissances,1851, p. 97.
II.− Au fig. [Le suj. désigne une pers. ou un de ses organes, une de ses activités ou fonctions]
A.− S'attacher d'une union étroite et forte (à des réalités concrètes ou abstraites; le résultat est généralement une adhérence, sens II).
1. Domaine spirituel ou moral.S'unir étroitement (à un être, à une entité spirituelle) :
9. Cependant le sage sire de Varila insistait et cherchait à les séparer; mais ces deux âmes qui s'étaient si tendrement et si intimement aimées, adhéraient l'une à l'autre avec une invincible force dans ce moment suprême. Ch. de Montalembert, Hist. de sainte Élisabeth de Hongrie,1836, pp. 131-132.
10. Les consciences ne sont que superficiellement en contact; ni elles ne se pénètrent, ni elles n'adhèrent fortement les unes aux autres. Si même on regarde au fond des choses, on verra que toute harmonie d'intérêts recèle un conflit latent ou simplement ajourné. É. Durkheim, De la Division du travail social,1893, p. 181.
11. L'Église ne permettait pas de toucher au texte même de saint Thomas d'Aquin, mais elle laissait le premier maître de chapelle venu supprimer ce plain-chant qui l'avait enveloppé dès sa naissance, qui l'avait pénétré jusqu'aux moelles, qui adhérait à chacune de ses phrases, qui faisait corps et âme avec lui. J.-K. Huysmans, En route,t. 1, 1895, pp. 156-157.
12. Dans l'action, d'abord, j'adhère à la puissance créatrice de Dieu; je coïncide avec elle; j'en deviens, non seulement l'instrument, mais le prolongement vivant. Et comme il n'y a rien de plus intime dans un être que sa volonté, je me confonds, en quelque manière, par mon cœur, avec le cœur même de Dieu. Ce contact est perpétuel, puisque j'agis toujours;... P. Teilhard de Chardin, Le Milieu divin,1955, p. 51.
2. Domaine psychol. :
13. Nos modifications associées par simultanéité à la résistance, et transportées hors de nous, sont déjà loin, sans doute, de leur caractère simple et individuel; comme sensations pures, elles seraient en quelque sorte isolées ou sans lien commun qui les unit; comme qualités de l'objet, elles se groupent, se pressent autour de lui, y adhèrent avec force, et se combinent en une seule perception, représentée au dehors par l'unité résistante, de même qu'une série d'unités simples se trouve réunie et fixée par un signe unique; ... Maine de Biran, De l'Influence de l'habitude sur la faculté de penser,1803, p. 81.
14. Dans l'imitation normale, la main gauche du sujet s'identifie immédiatement à celle de son partenaire, l'action du sujet adhère immédiatement à son modèle, le sujet se projette ou s'irréalise en lui, s'identifie avec lui, et le changement de coordonnées est éminemment contenu dans cette opération existentielle. M. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception,1945, p. 165.
Rem. Pour le va et vient incessant du sens I au sens II A :
15. C'était sa demeure, son trou, son enveloppe. Il y avait entre la vieille église et lui une sympathie instinctive si profonde, tant d'affinités magnétiques, tant d'affinités matérielles, qu'il y adhérait en quelque sorte comme la tortue à son écaille. La rugueuse cathédrale était sa carapace. Il est inutile d'avertir le lecteur de ne pas prendre au pied de la lettre les figures que nous sommes obligé d'employer ici pour exprimer cet accouplement singulier, symétrique, immédiat, presque co-substantiel, d'un homme et d'un édifice. V. Hugo, Notre-Dame de Paris,1832, pp. 177-178.
16. ... c'est l'excès de la passion qui crée chez Wagner et non moins chez Racine cette atmosphère d'héroïsme. C'est alors qu'une Isolde ou qu'une Phèdre tiennent les propos à la fois les plus désordonnés et les plus impérieux qu'une gravité, qu'une dignité aussi, les ceignent, adhèrent, collent à elles comme la plus inaliénable draperie. Ch. Du Bos, Journal,avr. 1927, p. 245.
17. Que lui manquait-il? − Elle n'aurait pu le dire. Une certaine façon d'adhérer à l'existence, de mordre à même. Elle avait cependant du plaisir à parler avec lui : il lui semblait qu'il recherchait sa conversation. Daniel-Rops, Mort, où est ta victoire?,1934, p. 75.
18. À chaque flèche nouvelle de la vérité il a répondu par une écaille appropriée et maintenant le voici tout enveloppé d'un blindage souple et impénétrable comme l'acier. Son corps est fait comme de couches d'airain, soudé, tout compacté d'écailles qui se pressent. L'une est jointe à l'autre et pas un souffle de l'esprit ou de la grâce n'y passe. L'une à l'autre adhère et se tenant il n'y a pas moyen de les séparer. P. Claudel, Un Poète regarde la Croix,1938, pp. 117-118.
Sens légèrement affaiblis
a) Soumettre sans réserve à la réalité :
19. Douter en somme c'est détacher le jugement de son contenu, le sujet de l'objet. Grâce au doute le sujet se distingue peu à peu de l'objet au lieu d'y adhérer et de ne faire qu'un avec lui : il s'affirme lui-même et découvre sa personnalité spirituelle. Le doute apparaît ainsi comme l'expression la plus profonde de la liberté de l'esprit : ... J. Lacroix, Marxisme, existentialisme, personnalisme,1949, p. 86.
20. La connaissance sensible, plus intuitive, tend à se réaliser par une association si étroite avec son objet qu'on pourrait l'appeler une fusion; un élan de participation et d'amour la précipite vers lui et lui permet, par une sorte d'union intime, d'éprouver cet objet comme si elle le devenait comme si elle s'intégrait à son existence propre. (...) Pour l'artiste, elle consistera donc à adhérer à la vie à en épouser les rythmes pour les assimiler; à se laisser emporter et même habiter par les forces que l'on pressent et à leur ouvrir toute sa réceptivité sensible. R. Huyghe, Dialogue avec le visible,1955, p. 398.
b) S'adapter par une union étroite :
21. Chez Freud lui-même, le sexuel n'est pas le génital, (...) la libido (...) est le pouvoir général qu'a le sujet psychophysique d'adhérer à différents milieux, de se fixer par différentes expériences, d'acquérir des structures de conduite. Elle est ce qui fait qu'un homme a une histoire. M. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception,1945, p. 185.
B.− Domaine pol. ou idéol.
1. Reconnaître une autorité politique :
22. Les hommes qui en furent les plus représentatifs sont, sur ce point, fixés mieux que personne. Quelques-uns s'incorporent à Vichy; beaucoup adhèrent à De Gaulle; certains se réservent encore; pas un seul n'imagine de prendre la barre à bord du navire d'autrefois. Ch. de Gaulle, Mémoires de guerre,L'Unité, 1956, p. 2.
2. S'attacher par un acte volontaire à un mouvement politique, syndical, dont on partage (au moins partiellement) les idées. (Le résultat est une adhésion II A 1) :
23. Pour entrer au journal, il avait dû adhérer au parti communiste; c'était certes celui qui était le plus près de ses goûts, et il éprouvait une certaine fierté d'être membre du parti le plus avancé, surtout quand il songeait aux opinions politiques de son frère. M. Arland, L'Ordre,1929, p. 140.
24. L'accueil est toujours l'autre face d'une générosité qui irradie et embrasse l'être reçu. C'est ce que suggère un autre cycle de métaphores de caractère plus dynamique : je me rends à des raisons, j'adhère à un parti, je me range à une opinion (on disait au xviiesiècle « se joindre de volonté »), j'adopte une position, comme un enfant étranger accueilli chez son père adoptif. Ces métaphores de l'adhésion, ou mieux de l'adhérence, insistent sur le mouvement qui annule une distance, la distance humble du respect et la distance souveraine de l'arbitre; ... P. Ricœur, Philosophie de la volonté,1949, pp. 76-77.
Rem. Noter l'emploi abs. dans l'ex. 16.
C.− DR. Souscrire par une démarche généralement libre aux dispositions d'un accord conclu par d'autres et déjà en vigueur. (Le résultat est une adhésion, sens II B) :
25. 448. Si le tuteur adhère à la délibération, il en sera fait mention, et le nouveau tuteur entrera aussitôt en fonctions. Code civil,1804, p. 82.
26. Les ennemis s'arment en France de cette condamnation pour écraser le parti janséniste, en le voulant forcer d'adhérer à la bulle. Ch.-A. Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 2, 1842, p. 340.
27. L'Europe blessée voulut mettre un appareil à sa blessure : l'Autriche adhère au traité de Pétersbourg conclu entre la Grande-Bretagne et la Russie. F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 2, 1848, p. 378.
Prononc. − 1. Forme phon. : [adeʀe], j'adhère [ʒadε:ʀ]. Enq. : /ade2 ʀ/. Conjug. parler. 2. Forme graph. − Pour l'alternance [e]/[ε] dans la graph. é/è selon l'oppos. syllabe non finale/syllabe finale ouverte, cf. céder.
Étymol. ET HIST. − 1. 1216 ahérer « être attaché à, être aux côtés de (qqn) » fig. (Chron. fr. ms. de Nangis ds Lacurne : Ceux qui à Loys s'estoient ahérez [adhérez ds Gdf. Compl.] et accordez); 1368 fig. « être attaché à, être d'accord avec (qqc.) » (Ordinat. reg. Franc., 395-96 ds Du Cange : Nous sommes enhers, Adheriz, Adherdons et Adherissons aux appellations faites); 1435 « s'agréger à, faire partie de (qqc.) » id. (Arch. nat. JJ 175, pièce 334 ds Gdf. : Et des autres qui a ladicte confrarie se vouldront adherer); 2. 1274 « être en contact étroit avec (qqc.) » sens propre (Chron. de S. Denys, t. 1, fo580 vods Lacurne t. 1 1875, s.v. ahérer : S'estoient adheré au poille de l'autel). Empr. du lat. adhaerere attesté dep. Plaute au sens propre (2) : Stichus, 236 ds TLL s.v., 634, 8; de même en lat. médiév. (Mittellat. W. s.v., 174, 41-65); 1 emploi fig. dep. Iers. (Suétone, De grammaticis, 14 ds TLL s.v., 636, 4 : Curtius Nicia adhaesit Cn. Pompeio) développé en lat. chrét. : Vulgate, Deut., 4, 4 : vos... qui adhaeretis domino deo vestro (cf. 1142-1195, Chart. Heinrici Leonis, 8 ds Mittellat. W. s.v., 175, 23 : imperatori ... in administratione Romani [adhaerere]); adhaerere alicui rei, ives. Constantini imper. ad. Eusebium, Migne, 13, 565bds TLL, ibid., 636, 31 : [adhaerere] consensui fratrum (cf. lat. médiév. 1056-1105, Dipl. Heinrici, IV, 262ads Mittellat. W., ibid., 175, 9 : si divinis iussionibus sinceris actibus adheremus); cf. a. fr. aerdre.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 560. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 750, b) 466; xxes. : a) 494, b) 1 190.
BBG. − Bailly (R.) 1969. − Bar 1960. − Bél. 1957. − Bénac 1956. − Bonnaire 1835. − Canada 1930. − Caput 1969. − Girard 1756. − Guizot 1864. − Hanse 1949 (s.v. adhérant). − Laf. 1878. − Sardou 1877. − Sommer 1882. − Spr. 1967 (s.v. adhérant). − St-Edme t. 1 1824 (s.v. adhérant). − Synon. 1818. − Timm. 1892.