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RONGEMENT, subst. masc.
A. −
1. Action de mordiller quelque chose avec les dents; résultat de cette action (v. ronger II A 2 c). Synon. onychophagie (v. onych(o)-).Rongement des ongles. Et vos nuits sans sommeil vos rongements de poings vos cris de bête à qui croyez-vous qu'on les vende (Aragon, Rom. inach., 1956, p. 29).
2. Action de recouvrir la surface de quelque chose; résultat de cette action (v. ronger II B 3). Les autres combattants laissaient faire les herbes, les thyms, les lavandes, les lichens, ce rongement des petits, plus destructeur que les coups de massue des forts (Zola, Faute Abbé Mouret, 1875, p. 1489).D'informes croix sans âge, posées sur de très vieux piédestaux en basalte. De vagues lettres y marquaient encore, dans le rongement des lichens (Malègue, Augustin, t. 1, 1933, p. 223).
B. − Au fig. Action de miner de façon progressive et sournoise; douleur morale qui en résulte (v. ronger II C 2). Rongement intérieur. Il y avait, dans ce solitaire assailli depuis un mois par la tourmente morale, un tel besoin physique d'échapper au rongement inefficace et stérile de sa pensée par une volonté positive, qu'il éprouva comme une détente lorsqu'il se fut enfin fixé à un parti (Bourget, Disciple, 1889, p. 223).Donatello, parce qu'il sentait en lui-même le rongement de l'analyse et se tenait à mi-chemin entre l'équilibre perdu et l'équilibre pressenti, revécut l'humanité ardente, fanatique et désabusée de ce temps-là (Faure, Hist. art, 1914, p. 370).
Prononc.: [ʀ ɔ ̃ ʒmɑ ̃]. Étymol. et Hist. Fin xiiies. rungement de soris (Richier, Vie de St Remi, éd. W. N. Bolderston, 340); 1538 rongement (Est., s.v. rodo, rosio); av. 1614 fig. rongement de teste « souci rongeur » (Brantôme, Dames, part. II [IX, 709] ds Hug.). Dér. de ronger*; suff. -(e)ment1*. Cf. rungement « rot » (xives. ds Gdf.), dér. de l'a. fr. rungier « ruminer ». Fréq. abs. littér.: 12.