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RÊCHE, adj. et subst. masc.
I. − Adjectif
A. − Qui est rude au toucher, qui apparaît râpeux, rugueux. Toile rêche; avoir la gorge, la langue rêche. Pour la plupart des travaux, nous recommandons, de préférence à la basane, soit le veau, soit la petite vachette (...) dont le grain est moins rêche et plus agréable à travailler (Closset,Trav. artist. cuir, 1930, p. 14).Le bois leur apparaît trop rêche et trop rude (Arts et litt., 1935, p. 22-2).Il passa un bras autour de ses épaules et l'attira vers lui. − Ne pleure pas. Ne pleure pas. Il caressait les cheveux rêches (Beauvoir,Mandarins, 1954, p. 96).
B. − Qui est âpre au goût. Vin rêche. Cette toile dérivée de Manet a une certaine saveur amère et rêche qui nous console des écœurantes sucreries [toile d'Éva Gonzalez] (Huysmans,Art mod., 1883, p. 67).
P. anal. [En parlant de sons] Une sonorité rêche. Comment se présente la voix « brute »? (...) Le travail du technicien consiste à bien écouter ce premier son, rêche, mal habillé et à découvrir ce qui lui manque (Arts et litt., 1935, p. 36-9).
C. − Au fig. [En parlant d'une pers.] Qui est rude (de caractère). Sa mère, rêche, froide, glacée, ne lui a versé aucune tendresse (Goncourt,Journal, 1860, p. 755).Madame Victurnien (...) était sèche, rêche, revêche, pointue, épineuse, presque venimeuse (Hugo,Misér., t. 1, 1862, p. 223).
II. − Subst. masc. Ce qui a un aspect rude, râpeux. La colle ne pénètre pas également ma pâte, et donne au papier le rêche d'une brosse (Balzac,Illus. perdues, 1843, p. 632).
[En parlant d'une pers.] Caractère rude, revêche. L'abbé Chapeloud avait tout d'abord reconnu les angles, les aspérités, le rêche de cette vieille fille (Balzac,Curé Tours, 1832, p. 184).
Prononc. et Orth.: [ʀ ε ʃ]. Att. ds Ac. dep. 1835. Étymol. et Hist. 1. Ca 1245 resque « (personne) désagréable, qu'on ne sait comment prendre » (Huon de Cambrai, Regrets N.D., 112, 1 ds T.-L.); 2. 1260 reech « âpre au goût » (Etienne Boileau, Métiers, 300, ibid.); 3. 1761 « rude au toucher » (J.-J. Rousseau, La Nouvelle Héloïse, I, XLIV ds Œuvres compl., éd. B. Gagnebin et M. Raymond, t. 2, p. 124, note); 4. 1882 « (voix) désagréable à l'oreille » (Goncourt, Faustin, p. 69). De l'a. b. frq. *rubisk « rude, âpre », dér. du rad. que l'on retrouve dans l'a. h. all. hruf « croûte (d'une plaie) », qui est devenu *ruvisk, *roesk, *reesk, et dont la forme fém. s'est généralisée (FEW t. 16, pp. 739b-740a). Fréq. abs. littér.: 107. Bbg. Alessio (G.). Saggio di etimologie francesi. R. Ling. rom. 1950, t. 17, pp. 199-200. − Gamillscheg (E.). Germanisches im Französischen. In: Gamillscheg (E.). Ausgewählte Aufsätze. Jena; Leipzig, 1937, p. 217. − Sain. Arg. 1972 [1907], p. 224.