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POLITIQUE1, adj. et subst.
I.− Adjectif
A.− Relatif à l'État.
1. Vx. Qui a rapport à la société organisée. Il les a vues [les âmes des justes], formant, de leurs splendeurs groupées ensemble, ces mots écrits en lettres de feu, comme la loi fondamentale des cités politiques : Diligite justitiam, qui judicatis terram (Ozanam, Philos. Dante,1838, p. 183):
1. ... l'information a pour nature et pour objet de faire participer l'individu à la vie sociale par la connaissance, afin de lui permettre d'y participer de manière plus lucide et plus consciente par l'action : à cet égard, elle est essentiellement « politique », au sens plein du mot − l'homme est un « animal politique » − que son contenu soit politique stricto sensu, économique, religieux, scientifique, etc..., ou purement « événementiel » (faits « divers » de tous ordres). Salleron, Comment informer,1965, p. 10.
Animal politique. Condorcet ou Saint-Simon, écrivant aujourd'hui sur le sujet qui occupait Platon dans sa République, prendraient pour fanal, non pas le principe que l'homme est purement un être raisonnable et sociable, ou, comme disaient les anciens, un animal politique, mais le principe que l'homme est perfectible, et que la société humaine est perfectible (P. Leroux, Humanité,1840, p. 151).Que veut dire « l'homme est un animal politique »? Cela signifie que l'homme ne peut vivre qu'en société, par conséquent que l'autonomie de la volonté est soumise à des lois sociales (Scelle, Fédéralisme eur.,1952, p. 2).V. supra ex. 1.
Arithmétique*politique. Arithméticien politique. Spécialiste d'arithmétique politique. En France, le meilleur « arithméticien politique » est, sans doute, Lavoisier qui évalue le revenu national et compare la structure des consommations aux besoins de la population (Hist. sc.,1957, p. 1609).
Économie politique (usuel). V. économie1B.
2. Qui concerne chaque État considéré sur le plan administratif comme une entité souveraine. Cette méthode, suivie par mon maître P. Vidal de La Blache, est clairement exposée dans la préface de son atlas : « La carte politique du pays à étudier est accompagnée d'une carte physique... etc. » (Brunhes, Géogr. hum.,1942, p. 11).Un simple coup d'œil sur les religions nous laisse entrevoir de profondes différences : leur lien peut être déterminé par la nature : famille, clan, tribu; ou par la géographie politique : village, cité, nation (Traité sociol.,1968, p. 80):
2. Conflits ou rencontres pacifiques, l'effet de ces rapports a été de mettre en branle les forces vives de la géographie politique. Nulle contrée [celle correspondant à la Belgique] n'a subi plus de vicissitudes, plus d'attractions en sens contraire; n'a vu plus de remaniements territoriaux. Les frontières politiques n'ont pas cessé de varier. Vidal de La Bl., Tabl. géogr. fr.,1908, p. 58.
B.− Relatif aux affaires de l'État et à leur conduite.
1. [Sans valeur de caractérisation] Aspect, caractère politique de qqc.
a) [Le déterminé évoque un élément du cadre institutionnel]
α) [Le déterminé fait réf. à l'exercice du pouvoir] Direction, choix, fonction politique. La prérogative, usurpée par d'autres chefs inférieurs, de partager seuls l'autorité politique, et d'exercer les fonctions du gouvernement, comme celles de la magistrature (Condorcet, Esq. tabl. hist.,1794, p. 32).Sur le seuil de la carrière politique, j'avais peur de manquer de lumières et de prendre parti à l'aveugle (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 336):
3. ... l'État n'est plus en mesure de remplir son rôle fonctionnel fondamental : être le centre dont émanent des décisions respectées par tous. D'abord les décisions politiques essentielles n'émanent plus de l'État : en 1956, il se soumet à la rue algéroise, puis aux initiatives de ses commis civils ou militaires. Belorgey, Gouvern. et admin. fr.,1967, p. 30.
SYNT. Expansion, hégémonie, pouvoir, responsabilité politique; mesure politique; accord, alliance politique; mandat, poste, représentation politique.
[En parlant d'un agent] Qui exerce son action dans le domaine des affaires de l'État. Chef, commissaire, corps, instances, ministre, personnel, représentant politique(s). M. Hoskier n'était pas seulement un des financiers les plus estimés de la place de Paris, mais une personnalité politique (Barrès, Cahiers, t. 11, 1915, p. 123):
4. ... lorsqu'on confie un pouvoir à une Assemblée politique, elle a tendance à l'interpréter politiquement. Ainsi, le Sénat de 1852 devait examiner essentiellement les lois du point de vue de leur constitutionnalité, ce qui est une appréciation juridique; mais le Sénat examina les lois du point de vue de leur opportunité, ce qui est une appréciation politique. Vedel, Dr. constit.,1949, p. 83.
Homme ou (plus rare) femme politique. N'affectez pas de me faire comprendre par ce haussement d'épaules votre dédain bien connu pour les femmes politiques! (Gobineau, Pléiades,1874, p. 101).Il indique et détaille spirituellement la recherche par les hommes politiques du militaire le plus bête dans l'armée pour en faire le ministre de la guerre, parce que les hommes politiques sentent qu'il arrive toujours un jour où ce ministre de la guerre a la tentation de chambarder les pékins, ses collègues (Goncourt, Journal,1894, p. 699).Un auteur britannique écrit que le diplomate doit combiner les talents de l'homme politique, sans l'avantage d'avoir affaire à des compatriotes, et de l'administration coloniale, sans celui de pouvoir recourir à la force (Chazelle, Diplom.,1962, p. 115).
Qui régit la conduite des affaires de l'État. Organisation, structure politique; constitution, législation, loi politique. Notre régime politique sera dans mille ans universellement considéré comme plus monstrueux que l'esclavage (Maurois, Sil. Bramble,1918, p. 34).Au nom de la démocratie, une autre transformation importante du système politique anglais [la limitation du pouvoir de la Chambre des Lords] venait d'être réalisée au début du XXesiècle (Vedel, Dr. constit.,1949, p. 39).
β) [Le déterminé fait réf. à une entité géogr. ou admin.] Considéré relativement à l'exercice d'un pouvoir souverain dans le domaine des affaires de l'État. Circonscription, collectivité, communauté, contrée, pays, région politique. Il ne s'agit pas non plus de plusieurs langues nettement séparées territorialement, mais comprises dans les limites d'un même état politique, comme c'est le cas en Suisse (Sauss.1916, p. 265).À mesure que la puissance politique s'y est formée et que s'y sont développées des relations commerciales, des villes, capitales politiques, sont nées soit sur les côtes, soit sur les promontoires formant acropoles (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 89).
Indépendance, morcellement, stabilité politique; nationalisme, régionalisme politique; histoire politique d'une région. L'Allemagne comme l'Italie désire aujourd'hui l'unité politique (Chateaubr., Mém.,t. 3, 1848, p. 79).Rares sont les cantons qui, comme l'Andorre, ont pu par hasard garder une autonomie politique (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr.,1908, p. 356).Le conseil de l'Europe, destiné à coiffer toutes les autres organisations politiques, et que dans un avenir plus ou moins lointain on pourrait appeler essai de fédéralisme politique (Scelle, Fédéralisme eur.,1952, p. 47).
γ) [Le déterminé fait réf. à la participation des citoyens] Émancipation, liberté politique; consultation politique. Ils n'ont jamais abjuré cette détestation de l'égalité politique conférée à tous et à chacun par le droit de suffrage, base inébranlable de la démocratie, cause efficiente et génératrice, perpétuellement génératrice de la république (Gambetta, 1877ds Fondateurs 3eRépubl., p. 285).Non seulement il y a une liste [électorale] et une seule dans chaque commune (à Paris dans chaque quartier), mais cette liste est valable pour toutes les élections politiques aussi bien à l'Assemblée Nationale qu'aux conseils généraux ou aux conseils municipaux (Vedel, Dr. constit.,1949p. 345).
Domicile politique. Domicile où le citoyen exerce ses droits politiques. Le domicile politique de tout Français est dans le département où il a son domicile réel (Courier, Pamphlets pol.,À Conseil préfect. Tours, 1820, p. 52).
Droits politiques. Droit de participer à la conduite des affaires de l'État. Déclarer que tels citoyens ne seront point actifs, ou dire qu'ils n'exerceront plus les droits politiques attachés au titre de citoyen, c'est exactement la même chose dans l'idiôme de ces subtils politiques (Robesp., Discours,Marc d'argent, t. 7, 1791, p. 163):
5. ... il ne peut pas y avoir de citoyenneté véritable s'il n'y a pas la conjonction de ce que nous appelons à la fois les droits civiques, sociaux, c'est-à-dire notre liberté d'agir, et les droits politiques, en dernier lieu, ou le droit d'influer directement sur la direction de la communauté ou des communautés successives auxquelles nous appartenons. Scelle, Fédéralisme eur.,1952p. 16.
b) [Le déterminé évoque un élément de situation, une activité, un comportement]
α) Actualité, climat, événement, facteur, vicissitudes politique(s). Chaque science donne à l'esprit de celui qui la cultive, une direction exclusive qui devient dangereuse dans les affaires politiques, à moins qu'elle ne soit contre-balancée (Constant, Princ. pol.,1815, p. 61).Préoccupations visant à pousser aux regroupements nécessaires, à la clarification de la vie politique française (Belorgey, Gouvern. et admin. Fr.,1967, p. 263):
6. Ce changement [voter à nouveau pour le parti républicain], s'il se produit, modifiera la situation politique, mais il ne bouleversera aucune « loi » du comportement, puisque faute d'avoir étudié d'assez près les conditions dans lesquelles se produit la liaison appartenance à la race noire-vote démocrate, on n'est pas allé au delà de la simple constatation. Traité sociol.,1968, p. 72.
SYNT. Agitation, appui, avantage, aventure, bouleversement, changement, circonstance, conditions, conflit, conjoncture, contexte, crise, difficulté, division, entente, équilibre, évolution, fait, intérêt, mœurs, mouvement, obstacle, pression, problème, réalité, révolution, rivalité, transformation politique(s).
Échiquier politique. La notion de classe sociale explique sans doute la sympathie des syndicats ouvriers pour les partis de gauche, la place éventuelle de ces organisations sur l'échiquier politique (Reynaud, Syndic. en Fr.,1963, p. 27).
β) Acte, action, comportement, conduite, intrigue, jeu, lutte, revendication, rôle politique. Honoré (...) avait fini par se résigner à cette plaie d'orgueil, lorsque, par un caprice du hasard, l'activité politique du vétérinaire remit toute l'affaire en question et lui donna un développement nouveau (Aymé, Jument,1933, p. 41).
Attentat, crime, délit politique. C'est aussi le type qui, à vingt ans, a descendu Hoederer au milieu de ses gardes du corps et s'est arrangé pour camoufler un assassinat politique en crime passionnel (Sartre, Mains sales,1948, 1ertabl., 3, p. 28).
P. méton. Détenu, prisonnier politique. De quatorze à dix-huit ans elle a eu pour maîtres une série de réfugiés politiques, qui payaient ainsi en leçons les bienfaits reçus des parents (Amiel, Journal,1866, p. 194).La Haute Cour disparut, puis le tribunal du 17 août, en sorte que les procès politiques rentrèrent dans la compétence des tribunaux ordinaires (Lefebvre, Révol. fr.,1963, p. 415).Police politique. V. police1D.
Empl. subst., p. ell. Prisonnier politique. Tandis que le gardien refermait rageusement l'énorme verrou, les condamnés qu'il quittait se tordaient. Ils haïssaient les « politiques » (Malraux, Cond. hum.,1933, p. 391).Je voudrais bien savoir combien il y a de détenus, combien sont des politiques, combien sur le nombre sont condamnés à vie (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 373).
Ligne, tendance politique. La netteté de son attitude politique me fait sentir mes négligences comme les petites lâchetés supplémentaires dont un poltron prétentieux couvre son recul (J. Bousquet, Trad. du sil.,1936, p. 190).
Conservatisme, libéralisme, réalisme, réformisme politique. Ils savaient aussi que ces avantages ils pouvaient, en faisant appel à M. de Norpois, les recueillir sans avoir à craindre de celui-ci un manque de loyalisme politique contre lequel la naissance du marquis devait non pas les mettre en garde, mais les garantir (Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 435).Les réactions contre le conformisme politique et social qui s'avérait de plus en plus rigide dans ces formations (Civilis. écr.,1939, p. 36-12).
Aspiration, but, orientation, programme politique. L'annonce que Maurice Barrès prend la direction de la cocarde, qui me fait dire que la littérature n'a été qu'un moyen et qu'il a surtout une ambition politique (Goncourt, Journal,1894, p. 632).La sollicitation d'une aide monétaire est souvent le prélude à un engagement politique ou un facteur de son renforcement (Meynaud, Groupes pression Fr.,1958, p. 335).
Jargon, langue politique. La constitution de 1946 a profondément altéré le sens d'un mot fondamental du vocabulaire politique et juridique français, le mot de citoyen (Vedel, Dr. constit.,1949p. 340).
[Le déterminé évoque une activité de l'esprit] Qui a pour objet le domaine des affaires de l'État et de leur conduite, qui traite de ce qui a rapport à ce domaine.
Conception, conviction, école, éthique, idéal, idée, idéologie, pensée, théorie politique. Si mes opinions politiques me l'eussent permis, j'aurais accompagné Napoléon à Sainte-Hélène (Sandeau, Mllede La Seiglière,1848, p. 224).Ainsi s'exprime Michelet, penseur politique en même temps qu'historien (Lévi-Strauss, Anthropol. struct.,1958, p. 231):
7. Tous deux, partisans d'un droit naturel individualiste, aboutissaient pourtant, après avoir transformé la société identifiée à l'État en un individu grossi projeté en dehors de la totalité concrète de ses membres, à des doctrines politiques opposées (absolutiste chez Hobbes, démocratico-libérale chez Spinoza), fondées sur leurs métaphysiques dogmatiques. Traité sociol.,1967, p. 30.
Appréciation, étude politique. L'analyse politique commettrait une grande faute si elle négligeait de tenir compte des différences individuelles (Meynaud, Groupes pression Fr.,1958p. 17).Certains ont pu estimer que lorsque l'Assemblée, dans sa résolution d'Avril 1959 par exemple, ne porte pas seulement un jugement politique, mais suggère certaines mesures, elle interfère dans ce pouvoir réglementaire (Ginestet, Ass. parlem. eur.,1959, p. 46).
Institut d'études politiques. École supérieure où l'on étudie les faits politiques. C'est dans le cadre de l'enseignement public, sous la direction et le contrôle de l'État, que doivent être organisés demain les instituts d'études politiques, l'école nationale d'administration et le centre de hautes études administratives (Encyclop. éduc.,1960, p. 250).
Historien politique; philosophie, psychologie, sociologie politique :
8. L'histoire politique est presque suffoquée par le foisonnement des recherches concernant les histoires « spéciales », histoire économique et sociale, histoire des idées, des mentalités (...), histoire des sciences, de la philosophie, de la religion, de l'art... Marrou, Connaiss. hist.,1954, p. 62.
Science politique. Synon. usuel politologie.Il voyait l'Europe et le monde selon l'histoire et la science politique et économique qu'il avait apprises dans la première moitié du XIXesiècle (Valéry, Variété IV,1938, p. 201).
Sciences politiques. Sciences qui étudient les faits politiques. P. méton. (abrév. fam. sciences-po). Établissement où s'enseignent ces sciences. Être à sciences po. Hélène Carrère d'Encausse (...) assure à Sciences Po le cours sur l'histoire de l'U.R.S.S. (Télé Poche,22 janv. 1985, no989, p. 113).
Droit politique. Partie du droit qui envisage les institutions gouvernantes sous leur aspect juridique. Il y a le droit politique, plus ordinairement qualifié de constitutionnel, qui envisage sous leur aspect juridique les institutions gouvernantes (M. Prélot, La Sc. pol.,1969 [1961], p. 45).
Éducation politique. Il allait se dresser un plan d'études soigneux et il arriverait peut-être d'ici un an ou deux à avoir au moins un embryon de culture politique (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 226).Au quatrième rang, on devrait placer la connaissance politique, liée de préférence à l'entourage du chef charismatique, ainsi qu'à l'activité de scribes (Traité sociol.,1968, p. 128).
Auteur, discussion, journal, littérature politique. Passons au roman politique. Celui-ci, comme l'épopée, s'attache à de grands intérêts, peint les mœurs des nations, fait agir de grands hommes, et au lieu des vertus privées, enseigne les vertus publiques (Marmontel, Essai sur rom.,1799, p. 346).Richelieu (mort en 1642) avait écrit dans son testament politique qu'il fallait... « à un état bien réglé plus de maîtres ès arts mécaniques, que de maîtres ès arts libéraux » (Encyclop. éduc.,1960, p. 160):
9. Chaque fois que nous essayons de dégager les idées encloses dans les mots bourgeoisie, culture, humanités, nation, révolution, paix, guerre, classes ou lutte de classes, nous constatons que ces mots n'adhèrent plus strictement aux faits. Les écrivains et les orateurs politiques le savent bien, qui s'étonnent de ne plus intéresser ni émouvoir avec les formules mêmes qui étaient comprises de tous, il y a quinze ans, et projetaient, alors, dans tous les esprits, des ramifications vivantes. J.-R. Bloch, Dest. du S.,1931, p. 190.
SYNT. Article, bulletin, chanson, chansonnier, débat, document, écrit, éloquence, essai, essayiste, hebdomadaire, journalisme, pamphlet, périodique, revue, théâtre politique.
γ) Adversaire, milieu, opposant politique. Ils ont aussi presque perdu la sympathie de leurs anciens amis politiques, parce que leur politique a dû nécessairement (être) et a été, en effet, autant qu'il a dépendu d'eux, conservatrice (Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1850, p. 116).Le régime électoral subsistant tel quel, le monde politique attendait avec anxiété le renouvellement qui remettrait en question, à la fin du printemps, les résultats du 18 fructidor (Lefebvre, Révol. fr.,1963, p. 502).
Classe politique. Ensemble des personnes qui s'occupent des affaires de l'État. Quand les Assemblées votèrent en faveur de la création d'une armée allemande, intégrée dans l'OTAN, ni dans la classe politique ni dans l'opinion publique le débat [sur la Communauté Européenne de Défense] ne se prolongea (R. Aron, Mém.,1983, p. 276).
Association, cercle, faction, forces politique(s). Ma décision provoqua des remous au sein des petits groupes français qui, sous prétexte d'être politiques, s'agitaient plus ou moins en Grande-Bretagne et aux États-Unis (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 220).La prolifération des formations politiques entraînerait une sorte d'assimilation entre les plus faibles d'entre elles (Meynaud, Groupes pression Fr.,1958, p. 38).
HIST. [Corresp. à infra II A 2 a] L'opinion modérée, celle qui avait en vain conseillé la tolérance et la paix, se souleva et fit sortir du sein de la France catholique, une faction sans esprit de secte, un troisième parti armé qui reçut le nom de politique et s'unit aux protestants pour soutenir, dans leur cause, la cause des droits humains et de la justice (Thierry, Tiers État,1853, p. 124).Le duc de Mayenne, encouragé par les ligueurs « politiques » qui, au fond, étaient les plus nombreux dans la population parisienne, brisa la faction des Seize dont quelques-uns furent pendus à leur tour (Bainville, Hist. Fr.,t. 1, 1924, p. 190).
Parti politique. V. parti C 2 b.Sa voix trouvait des accents sublimes pour faire appel à tous les partis politiques : légitimistes, orléanistes, impérialistes, républicains, et à toutes les capacités, savants, ingénieurs, artistes, industriels, banquiers et poètes (A. France, Vie fleur,1922, p. 515).
c) [Le déterminé évoque une faculté, un mode de comportement] Dont une personne fait preuve dans le domaine des affaires de l'État et de leur conduite. Art, audace, bon sens, courage, expérience, habileté, honnêteté, lâcheté, maturité, prudence, vertu politique. Ses talents politiques se firent si bien connaître que tous les partis le tenaient en haute estime (About, Roi mont.,1857, p. 28).Comme si la conscience plus aiguë que prenait ainsi Orsenna dans les sommets de ses exigences profondes avait accumulé, avec cette quintessence de haute sagesse politique, une menace latente de dislocation (Gracq, Syrtes,1951, p. 143).V. politicien ex. 2.
Esprit politique. Les artisans principaux sont au XVIesiècle : le génie politique d'Elisabeth, le sens liturgique et littéraire de Cranmer, la pensée théologique de Hooker ont imprimé à l'anglicanisme leur marque indélébile (Philos., Relig., 1957, p. 5-11).
2. [Avec valeur de caractérisation, souvent déterminé par un adv. intensif] Tourné vers les affaires de l'État et leur conduite, essentiellement déterminé par des critères touchant aux affaires de l'État et à leur conduite. J'ai causé une heure avec lui, d'abord de l'élection [à l'Académie], puis du sens général des élections académiques, auxquelles je reprochais d'être trop politiques (Vigny, Journal poète,1863, p. 1170):
10. − J'ai cru comprendre que Ricarda était mieux introduit à l'Intérieur qu'à la Guerre. − Oui, c'est ce qu'il m'a dit. − À l'Intérieur, ils sont plus politiques. Ils suivent de plus près les événements. Abellio, Pacifiques,1946, p. 187.
Qui est compétent, qui s'y connaît en matière de conduite des affaires de l'État. Encore une fois, la guerre d'Espagne de 1823 m'appartient en grande partie; je ne crains pas d'assurer que les esprits politiques m'en feront un mérite, comme homme d'État, dans l'avenir (Chateaubr., Mém.,t. 3, 1848, p. 139):
11. ... le nouveau sultan d'Égypte comptait parmi les esprits les plus politiques et les plus libéraux de cette glorieuse dynastie kurde, politique autant que son père El-Adil qui avait failli devenir le beau-frère de Richard Cœur de Lion, libéral et généreux autant que son oncle, le grand Saladin. Grousset, Croisades,1939, p. 302.
C.− P. méton. Qui fait preuve d'habileté, qui est avisé dans ses rapports avec autrui, en vue d'atteindre un certain but.
1. [En parlant d'une pers.] Pour un prêtre érudit, courtois, politique, qu'est-ce que le diable, je vous demande? À peine ose-t-on le nommer sans rire (Bernanos, Soleil Satan,1926, p. 257):
12. En ce moment, la ville de Saumur était plus émue du dîner offert par Grandet aux Cruchot qu'elle ne l'avait été la veille par la vente de sa récolte qui constituait un crime de haute trahison envers le vignoble. Si le politique vigneron eût donné son dîner dans la même pensée qui coûta la queue au chien d'Alcibiade, il aurait été peut-être un grand homme; mais trop supérieur à une ville de laquelle il se jouait sans cesse, il ne faisait aucun cas de Saumur. Balzac, E. Grandet,1834, p. 132.
Empl. subst. De plus politiques n'auraient point fait à l'avance une pareille condition de nature repoussante au puissant allié qui s'offrait (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 3, 1848, p. 125).Oh! Pardonnez, Elzéar, c'est eux qui parlent de la sorte; des politiques, des calculateurs. Moi, femme, je ne juge pas si vite (Vogüé, Morts,1899, p. 184).
2. [En parlant d'un comportement] Louise avait présentes à la mémoire les paroles sages et politiques que du Châtelet lui avait dites sur Lucien en revenant du Vaudeville (Balzac, Illus. perdues,1839, p. 190).
Il est politique de + inf. Il serait politique d'embellir les grandes familles, en forçant leurs héritiers à n'épouser que de belles femmes (Joubert, Pensées,t. 1, 1824, p. 425).Elle crut politique de se tenir à l'écart, ne voulant, disait-elle, feindre d'approuver par sa présence une union monstrueuse (Mauriac, Baiser Lépreux,1922, p. 172).Léopold jugeait politique de ménager la Prusse (Lefebvre, Révol. fr.,1963, p. 224).
II.− Substantif
A.− gén. masc., au sing. ou au plur.
1. Personne qui s'occupe de la conduite des affaires de l'État :
13. Combien de politiques, spéculatifs ou pratiques, ont vu les choses humaines comme Machiavel et comme Hobbes, parce qu'ils voyaient l'homme psychologique à travers le même verre qu'eux! Voilà Rousseau à son tour, le politique du sentiment. Il sent dans son cœur que l'homme est né libre ou doit être libre, et il le voit partout dans les fers. Il veut chercher s'il n'y a pas quelque forme d'administration légitime, c'est-à-dire propre à restituer cette liberté naturelle de l'homme. P. Leroux, Humanité,1840, p. 131.
a) Vx. Personne qui possède l'art de conduire les affaires de l'État, la science du gouvernement. Tacite et Machiavel, les plus grands politiques qui aient jamais existé (Desmoulinsds Vx Cordelier,1793-94, p. 48).
b) [Souvent avec nuance iron.] Personne qui se prétend compétente en ce qui concerne la conduite des affaires de l'État et tout ce qui s'y rapporte. Ils font la paix! s'écrièrent les politiques du village (Mérimée, Colomba,1840, p. 111).[Ma femme de chambre] tenait cette belle nouvelle des politiques de l'auberge (Mmede Chateaubr., Mém. et lettres,1847, p. 86):
14. ... Plassans demeura tout surpris, le soir de l'élection, d'avoir eu une volonté si unanime (...). Les politiques du cercle du commerce se regardaient d'un air perplexe, en hommes que la victoire confond. Zola, Conquête Plassans,1874, p. 1153.
c) Usuel. Personne qui joue un rôle actif dans la conduite des affaires de l'État. Faire entendre les protestations généreuses dont les politiques autrefois faisaient leur gloire (Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 114).Les politiques savent que leur fonction est de comprendre toutes les sociétés organisées dans un état (Philos., Relig., 1957, p. 44-11):
15. Toute politique tend à traiter les hommes comme des choses (...). Le politique se représente ces unités comme des éléments arithmétiques puisqu'il se propose d'en disposer. Même l'intention sincère de laisser à ces individus le plus de liberté possible et de leur offrir à chacun quelque part du pouvoir, conduit à leur imposer, en quelque manière, ces avantages dont il arrive parfois qu'ils ne veulent guère, et parfois qu'ils pâtissent indirectement. Arts et litt.,1936, p. 40-2.
[P. oppos. à une autre catégorie] Aussi Goethe dit-il dans sa pièce que les deux personnages qu'il met en contraste, le politique et le poëte, sont les deux moitiés d'un homme (Staël, Allemagne,t. 3, 1810, p. 59).Comme dans tout dialogue entre le stratège et le politique, le stratège ne peut que faire valoir les limites de ses possibilités et recommander les formules qui lui paraissent les plus favorables, mais c'est le politique qui décide en fonction d'une gamme de données plus étendues (Beaufre, Dissuasion et strat.,1964, p. 200).De par la division du travail, les idéologues sont rarement les hommes d'action − les politiques − et d'ailleurs, ils constituent un groupe qui a ses intérêts et ses aspirations dans la classe, ou partiellement hors d'elle (Traité sociol.,1968, p. 367).
[Avec qualificatif (surtout grand)] Fin, mauvais politique. Bonaparte ne rêva pas un duché du Rhin, comme l'avaient fait quelques politiques médiocres dans la longue lutte de la maison de France contre la maison d'Autriche (Hugo, Rhin,1842, p. 123).Nous n'avons pas ce qu'ont eu les monarchies absolues, de grands politiques comme Richelieu, même comme Dubois, gouvernant l'État ou par la force ou par la ruse, et maîtres d'agir dans toute l'étendue de leurs desseins (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 381):
16. Je ne dis rien d'un monde où les grands politiques parlent paix quand ils songent guerre; ordre quand ils songent massacre; et noblesse, dévouement ou chevalerie, quand il songent Dieu sait quoi. Paulhan, Fleurs Tarbes,1941, p. 22.
P. anal., au masc. ou au fém. Personne qui mène ses affaires avec les autres de telle ou telle manière. « Ma voix m'a bien servi, pensa M. Leuwen. Cela est juste de ton et expressif. » Mais M. Leuwen n'était pas fait, après tout, pour être un grand politique, un Talleyrand, un ambassadeur auprès de personnages graves (Stendhal, L. Leuwen,t. 3, 1835, p. 301).Ah! C'est un grand politique! Sa femme l'assure contre Don Camille et Don Camille l'assure contre moi (Claudel, Soulier,1944, 1repart., 2ejournée, 6, p. 1016):
17. Que je puisse agacer maman en me baignant ici... ne me serait jamais venu à l'idée... Et c'est vrai! Tu es comme tante Léo, une grande politique. Cocteau, Parents,1938, II, 1, p. 228.
2. Personne dont l'action se situe essentiellement dans le domaine des affaires de l'État et de tout ce qui s'y rapporte.
a) HIST., gén. au plur. Membre d'un parti qui, à l'époque de la Ligue, prétendait ne s'occuper que des affaires de l'État et non de la question religieuse. La noblesse logée en divers quartiers de la ville étant égorgée avec les politiques et les suspects, on crieroit : vive la messe! tous les bons catholiques prendroient les armes, et le même jour les villes de la Ligue imiteroient Paris (Chateaubr., Ét. ou Disc. hist.,t. 4, 1831, p. 309).Au dix-septième siècle la tentative de Saint-Cyran et des Arnauld fut un second acte, une reprise à un étage moindre, mais aussi suivie et prononcée, d'organisation religieuse pour la classe moyenne élevée, la classe parlementaire, celle qui, sous la Ligue, était plus ou moins du parti des politiques (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 1, 1840, p. 16).Par Henri IV, l'homme aux deux religions, la France allait retrouver la paix intérieure. Par ce prince politique, l'heure des « politiques », l'heure du tiers parti, approchait (Bainville, Hist. Fr.,t. 1, 1924, p. 186).
b) Personne dont l'action se détermine en fonction de critères touchant à la conduite des affaires de l'État. Enfin, les « politiques », convaincus que notre cause était celle de la France et la servant de leur mieux, ne s'empêchaient pas cependant de penser à leur carrière, de manœuvrer pour se faire valoir suivant les normes de leur profession, de considérer l'avenir sous l'angle de l'élection, des fonctions, du pouvoir, qu'il pourrait un jour leur offrir (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 153):
18. Seul, avec un petit groupe d'amis, Jaurès a fait entendre l'appel de générosité, a formulé l'argument de raison. Comme il est chef, on a haussé les épaules, et les « politiques » ont fait preuve d'indulgence en se bornant à empêcher le parti de se compromettre dans cette « sentimentalité ». Clemenceau, Iniquité,1899, p. 261.
c) Partisan de négociations par opposition à une action armée (le plus souvent) ou motivée par des raisons catégorielles. Des chances de pourparlers existaient; pendant un court moment, du côté F.L.N., les « politiques » ont paru avoir le pas sur les militaires, ou du moins ceux-ci laissaient-ils le champ libre à ceux-là (Mauriac, Nouv. Bloc-Notes,1961, p. 18).
d) P. ell. Prisonnier politique. V. supra I B 1 b β
B.− masc. sing. à valeur de neutre. Tout ce qui a trait à la conduite des affaires de l'État. La civilisation moderne semble bien se caractériser par un régime de séparation du politique et du religieux (Philos., Relig., 1957, p. 46-9).À la naissance des institutions révolutionnaires, le politique commande le technique (Belorgey, Gouvern. et admin. Fr.,1967, p. 29).Il faut que l'homme fasse peu à peu le dur effort de comprendre que le social, le juridique et le politique sont dépendants de l'économique, c'est-à-dire des conditions matérielles de la vie en société (Fourastié, Gd espoir du XXes.,1969, p. 325).
Prononc. et Orth. : [pɔlitik]. Att. ds Ac. dep. 1718. Étymol. et Hist. A. Adj. 1. a) 1365 « propre à un bon gouvernement, bon, judicieux » (Oresme, Traictié de la première invention des monnoies, éd. L. Wolowski, p. XIII); b) ca 1485 « sage et adroit dans le gouvernement des hommes » (Viel Testament, XIX, 11543, éd. J. de Rothschild, t. 2, p. 117); 1636 Homme Politique, bien versé au fait de police (Monet); c) 1636 Homme Politique « homme s'accommodant à toutes occasions » (ibid.); 2. ca 1370 « qui concerne le gouvernement des hommes entre eux » (Oresme, Ethique, éd. A. D. Menut, p. 303, note 1); fin xives. droit politique « lois qui règlent les formes du gouvernement » (E. Deschamps, Chançons Royaulx ds Œuvres, éd. De Queux de Saint-Hilaire, t. 3, p. 184); 1615 (A. de Montchrestien, Traité de l'économie politique, v. éd. Th. Funck-Brentano, Paris, 1889); 1721 corps politique (Montesquieu, Lettres persanes, t. 2, p. 107); 1734 chef politique (Dubos, Hist. crit. monarchie fr., p. 463); 1734 journaux politiques (Id., ibid., p. 401); 1770 science politique (Galiani, Dialogues, p. 279); 1789 droits politiques « droits du citoyen ou d'un ensemble de citoyens dans le gouvernement de leur pays » (Sieyès, Tiers état, p. 31); 1790 opinions politiques (Staël, Lettres jeun., p. 399); 1815 délits politiques (Constant, Princ. pol., p. 80); 1848 détenus politiques (Chateaubr., Mém., t. 3, p. 344). B. Subst. masc. 1. 1559 « sorte d'officier de police » (Marguerite de Navarre, Heptameron, 44 ds Hug.), sens encore indiqué par Hulsius 1602; 2. [vers 1568 d'apr. Trév.] 1589 « membre d'un parti prônant des solutions politiques au problème des conflits de religion » (P. de L'Estoile in Mém. Soc. Hist. Paris, XXVII, 28 ds Fonds Barbier); cf. 1933 les politiques « ceux qui mettent en avant les critères politiques ou prônent des solutions politiques » (Lénine, Que faire? [trad.], p. 510); 3. av. 1621 « homme qui s'occupe du gouvernement civil, qui exerce un pouvoir civil » (E. Pasquier, Recherches de la France, éd. 1665, p. 872 ds IGLF); 4. 1656 « homme habile, compétent dans les affaires civiles » (Pascal, Provinciales, XII ds Œuvres, éd. L. Lafuma, Seuil, 1963, p. 425); 5. 1678 « spécialiste de l'étude de la politique » (La Rochefoucauld, Maximes, éd. J. Truchet, 7, p. 8); 6. 1858 « détenu politique » (Michelet, Journal, p. 418); 7. 1927 « ce qui a trait au gouvernement des sociétés » (Maritain, Primauté spirit., p. 27). Empr. au lat. politicus, -a, -um « relatif au gouvernement des hommes », du gr. π ο λ ι τ ι κ ο ́ ς « de citoyen, qui concerne les citoyens, populaire, qui concerne l'État, public ».