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PÉCORE, subst.
A. − Subst. fém.
1. Vx, rare. Animal, bête.
[Par jeu de mots] [L'âne:] Oh! comprends-tu, Kant, ce qu'il m'a fallu De longanimité pour dire: −J'ai tout lu, Tout appris, et je suis plus que jamais pécore; Et bien! je vais apprendre et je vais lire encore! (Hugo, Âne, 1880, p.265).
2. P. anal., fam., péj.
a) Vx. Homme ou femme stupide. Synon. animal, bête, crétin, idiot, sot.Dame Pluche (...). Le baron m'a traitée de pécore hier soir, et je suis enchantée de partir (Musset, On ne badine pas, 1834, ii, 1, p.29).
En appellatif. Animal!... on sonne avant d'entrer!... on tousse! on se mouche, brute!... Pécore! propre à rien! (Labiche, Sensit., 1860, iii, 11, p.394).
b) En partic. Jeune fille ou femme sotte, prétentieuse et impertinente. Synon. pecque (vieilli), péronnelle, pimbêche.Pécore arrogante, désagréable. Quand elle eut une fille, après deux ans de mariage, ce bégueulisme s'exaspéra jusqu'à produire la plus haïssable et la plus rechignée de toutes les pécores (Bloy, Femme pauvre, 1897, p.21).La stupide pécore, impertinente par surcroît, qui se moquait de son accent, et mettait une malice de singe à faire le contraire de ce qu'il disait (Rolland, J.-Chr., Foire, 1908, p.668):
[P. réf. plaisante à la «chétive pécore» de La Fontaine (Fables I, 3)] :
. ... [Mmede Molé] une pécore sans naissance, sans loyauté, sans esprit, qui a la folie de croire qu'elle est capable de jouer les duchesses de Guermantes et les princesses de Guermantes, (...) cette petite grenouille bourgeoise voulant s'enfler pour égaler ces deux grandes dames... Proust, Prisonn., 1922, p.234.
B. − Subst. masc. ou fém., péj., arg. et pop. Paysan. Synon. pop.péquenot.Les pécores s'amenaient en pèlerinage (...) avec leurs bestiaux malades (M. Stéphane, Ceux du trimard, 1928, p.18).Comme c'était la bâtisse la plus importante du bled, les pécores l'appelaient le Château (Simonin, Touchez pas au grisbi, 1953, p.148).
Prononc. et Orth.: [pekɔ:ʀ]. Ac. 1694, 1718: pecore; dep.1740: pé-. Étymol. et Hist.1. Déb. xives. peccoire «pièce de bétail» (Aimé du Montcassin, Ystoire de li Normant (trad. de l'ital.], éd. V. de Bartholomaeis, p.122, 15), attest. isolée; av. 1512 masc. pecore (G. Crétin, Poésies, éd. K. Chesnay, LVIII, p.266, 77); 2. 1541 masc. et au fig. «bête» (L. Jamet, Epistre du coq à l'asne ds Cl. Marot, OEuvres, éd. G. Guiffrey, t.3, p.742: ces gros pecores D'advocats ou de lieutenantz); 1542 fém. (Rabelais, Pantagruel ds OEuvres, éd. Ch. Marty-Laveaux, t.1, p.305, chap.17: Hé, grosse pecore); 3. 1808 «jeune fille ou jeune femme sottement prétentieuse» (Hautel). Empr. à l'ital. pecora «brebis» (dep.1313-19, Dante; aussi «sot, stupide» fin xvies., Cecchi ds Tomm.-Bell.), du lat. médiév. du domaine ital. pecora «id.» (viiies. ds Lex. Latin. Ital. Med. Aev.), fém. tiré du lat. pecora, plur. neutre de pecus, -oris «bétail, troupeau», en partic. «menu bétail (moutons, brebis, chèvres)». Fréq. abs. littér.: 34.