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OHÉ, interj. et onomat.
I. − Interj. [S'emploie pour signaler sa présence, pour attirer l'attention sur soi, pour manifester son intention de communiquer qqc. à qqn] Ce curé était fort âgé, infirme; il montait lentement. −Ohé! dit-il en m'apercevant, ces scélérats vous ont vilainement emmaillotté, monsieur! Je vous salue (Toepffer,Nouv. genev.,1839, p.376).Je regarde avec attention. Il y a trois lampes à cinq cents mètres. −Ohé! Mais on ne m'entend toujours pas (Saint-Exup.,Terres hommes,1939, p.234):
1. Gomar ne savait pas nager. (...) −Hep! ohé! ohé! criaient les douaniers, inquiets de l'avoir vu disparaître dans ce fleuve d'encre... Van der Meersch,Empreinte dieu,1936, p.66.
En partic.
Ohé de + subst. indiquant le lieu où se trouve l'interpellé.On entendit ces mots s'échapper de l'orifice d'un large porte-voix: «Ohé! du brick, envoyez une embarcation à bord avec le capitaine dedans (Sue,Atar-Gull,1831, p.8).Une voix tomba du haut de la poupe (...) −Ohé! du bateau! vous n'avez pas fini de vous chamailler, en bas? (Cendrars,Bourlinguer,1948, p.232).
[Suivi d'un syntagme spécifiant le nom ou la qualité de l'interpellé] Edward (...) avait proposé une promenade au bord de l'eau. Il appela: −Ohé! batelier! la nacelle! (Karr,Sous tilleuls,1832, p.84).Une voix l'appela du chemin: «Ohé, Madame Chicot!» Elle se retourna (Maupass.,Contes et nouv.,t.1, Vieux, 1884, p.134).−Très bien! V'là que la lourde est bouclée, à présent! Hohé là, machin, chose, monsieur! (Courteline,Train 8 h 47,1888, 2epart., viii, p.190).
Plus rare. [Suivi d'un syntagme exprimant la qualité du locuteur] On entendit dans la rue le galop d'un cheval. −Tonnerre! murmura l'aubergiste, il ne manquerait plus que ce fût le courrier. −Ohé! la poste! cria-t-on du dehors (Ponson du Terr.,Rocambole,t.5, 1859, p.109).
Emploi subst.:
2. ... s'il y a quelqu'un là-haut, (...) je vais le héler, et il faudra bien qu'il réponde. Et d'une voix de tonnerre, le marin fit entendre un «ohé!» prolongé, que les échos répercutèrent avec force. Verne,Île myst.,1874, p.260.
II. − Onomat., vx. [S'emploie pour transcrire un cri manifestant qu'on s'amuse, qu'on est joyeux] Synon. olé.Je suis riche, j'ai toutes les vertus. Rien ne me résistera. Qui ne serait pas bon, quand il peut tout? −Hé! hé! ohé! j'ai souhaité deux cent mille livres de rente, je les aurai (Balzac,Peau chagr.,1831, p.186).Il est à se griser dans quelque trou de la rue basse. Holà, ohé! un dernier coup! Il lève son verre (Musset,Fantasio,1834, i, 2, p.182).
Femme ohé! ohé! Femme légère. Les femmes ohé! ohé!, toutes ces femmes qui font mettre leurs photographies dans les magazines (...) sont des stryges (Montherl.,Pitié femmes,1936, p.1120).
Prononc. et Orth.: [ɔ(h)e], [o-]. Martinet-Walter 1973 [ɔ-], [o-] (11/6). Att. ds Ac. 1935. Courteline, supra: hohé. Étymol. et Hist. Ca 1210 ohé! «holà!, halte!» (R. de Houdenc, Méraugis, 1692 ds T.-L.). Comp. de ô et de *; cf. aussi le lat. ohe interj. servant à appeler ou à marquer l'impatience. Fréq. abs. littér.: 218. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 249, b) 500; xxes.: a) 501, b) 144.