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LUTTEUR, -EUSE, subst.
A. − Personne qui lutte, se bat corps à corps avec un adversaire (v. lutter A 1). Jacob lutte contre l'ange Aussitôt l'ange se venge, Voilà le lutteur boiteux (Cocteau, Clair-obscur, 1954, p. 31):
1. Ce fut le signal d'une effroyable mêlée. Les combattants tombaient par milliers et formaient de leurs corps entassés des tertres hurlants et mouvants sur lesquels de nouveaux lutteurs se prenaient à la gorge. A. France, Île ping., 1908, p. 302.
P. métaph. Jean Valjean était une sorte de combattant mystérieux et insaisissable, un lutteur ténébreux qu'il [Javert] étreignait depuis cinq ans sans pouvoir le renverser (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 353).
SPORTS. Personne qui pratique la lutte, parfois à titre professionnel (v. lutte A 1). Quand le lutteur de la baraque arrivait dans un bourg, dans un village, très souvent l'homme fort de l'endroit se sentait pris de la tentation de se mesurer avec l'athlète (E. de Goncourt, Zemganno, 1879, p. 96).Toutes deux (...) se sont observées comme deux lutteuses qui s'apprêtent à s'empoigner (Butor, Modif., 1957, p. 154).V. fort2ex. 1:
2. Lorsqu'un des lutteurs arrive à dégager sa nuque, prise comme au piège entre les jambes de l'autre et par une contorsion, à placer la main sur la bouche de son adversaire pour l'étouffer, la foule hurle «'old 'im! [mot à mot «tiens-le»] Jack». Morand, Londres, 1933, p. 149.
SYNT. Un bon lutteur; combat de lutteurs, prises de lutteurs; lutteurs antiques; lutteurs des Jeux Olympiques; lutteur de foire, lutteur forain; bras, torse, membres, muscles de lutteur.
B. − Au fig. Personne qui aime lutter (v. ce mot B), qui est encline à prendre part énergiquement aux conflits suscités par les hommes, à affronter les difficultés issues des choses. Un tempérament de lutteur; un vieux lutteur; un formidable, un redoutable lutteur. M. Dumas est surtout un lutteur, un homme d'action vigoureuse et d'énergie intense (Bourget, Nouv. Essais psychol., 1885, p. 66).À voir la mollesse des attaques, chez les grands lutteurs de presse ou de tribune qui harcelaient précédemment tous les pouvoirs, on était tenté de croire que leur virilité oublieuse de la lutte s'usait ailleurs (Vogué, Morts, 1899, p. 223):
3. ...l'homme est un lutteur, qui n'a à compter que sur ses propres forces, mais qui doit compter sur elles; maître de soi, doué d'une véritable indépendance il collabore efficacement à son destin. Gilson, Espr. philos. médiév., 1932, p. 100.
Prononc. et Orth.: [lytoe:ʀ], fém. [-ø:z]. Att. ds Ac. dep. 1964. Étymol. et Hist. 1. 1170-74 «personne qui s'exerce, combat à la lutte» luiteor (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 8718); 2. 1275-80 «personne qui lutte, mène une action énergique» luitierres (J. de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 5849); 3. 1837 «celui qui combat avec énergie un ou plusieurs adversaires» (Vigny, Journal poète, p. 1053: des premiers coups de fleurets que se portent les deux lutteurs). Dér. de lutter*; suff. -eur2*. Fréq. abs. littér.: 271. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 184, b) 722; xxes.: a) 374, b) 382.