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JOURNALIER, -IÈRE, adj. et subst.
I. − Adjectif
A. −
1. Qui se fait, qui se produit chaque jour. Synon. quotidien.Devoir, exercice, mouvement, phénomène journalier; tâche journalière :
1. Dans Baudelaire, d'excellents conseils sur le travail journalier : « L'inspiration est décidément la sœur du travail journalier. » Écrire seulement quand on en a envie est le meilleur moyen de ne jamais faire son œuvre, de passer à côté de son œuvre. Green, Journal,1948, p. 190.
Emploi subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui se produit chaque jour. Oh! comme l'âme est faite pour la monotonie, le journalier, l'habitude! Tout ce mystère enchante, déçoit, ravit, excède tour à tour (Tharaud, Fête arabe,1912, p. 30).
2. Qui est de chaque jour. Abonnement, besoin, salaire journalier; expérience, habitude journalière. Les Chevaliers-Gardes ont trois uniformes. Le journalier est vert et assez simple. Le demi-gala (...) est écarlate (...). Le grand gala, pour la Cour, est blanc de la tête aux pieds (J. de Maistre, Corresp.,1807, p. 299):
2. ... mais elle ne consentit à cette interruption de ses menues occupations journalières que si nous emmenions aussi les deux bonnes « à qui cette promenade fera plus de plaisir encore qu'à moi », disait-elle. Gide, Et nunc manet,1951, p. 1138.
B. − Littér. et vieilli. Qui change d'un jour à l'autre, changeant, capricieux. Le sort des armes est journalier (Dumas père, Guerre des femmes,1849, IV, p. 140):
3. Mmede Montholon ayant demandé quelles étaient les meilleures troupes : « Celles qui gagnent les batailles, Madame, a répondu l'Empereur. Et puis, a-t-il ajouté, elles sont capricieuses et journalières comme vous, mesdames ». Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 1105.
II. − Subst. Personne engagée pour un travail généralement agricole rémunéré à la journée. Honneur au brave prolétaire, Respect à l'humble journalier, Gagnant son modeste salaire Dans la campagne ou l'atelier! (Pommier, Républ.,1836, p. 3):
4. Les âmes des justes qu'il avait gagnées comme un travailleur à la journée. Comme un pauvre journalier qui travaille dans les fermes. Comme un pauvre ouvrier qui se dépêche de travailler. Péguy, Myst. charité,1910, p. 72.
Prononc. et Orth. : [ʒuʀnalje], fém. [-jε:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Adj. 1. 1535, 18 juin « de chaque jour » dr. causes journalières « causes ordinaires » (Coutumier gén., éd. A. Bourdot de Richebourg, Châtellenie d'Ypres, CXLVI, t. 1, p. 849 a); 1560 maux journaliers (Ronsard, 3elivre des poèmes, Élégie, 3, éd. P. Laumonier, t. 10, p. 315); 2. 1549 « qui accomplit sa journée de travail, qui est payé à la journée » (Est. ds Z. rom. Philol. t. 67, 1951, p. 29); 3. 1570 [éd. 1578] « sujet à variation, à changement » (G. Hervet, La Cité de Dieu, trad., I, 80 a, A ds Rom. Forsch. t. 32, p. 96 : l'heur de la guerre est inconstant et journalier); 1571 (Belleforest, Secr. de l'agric., p. 104 ds Gdf. Compl. : le pommier est journalier portant année et l'autre non). B. Subst. av. 1563 « ouvrier qui travaille, qui est payé pour une journée » (La Boétie, 265 ds Littré); 1611 (Cotgr.), cf. A2. Dér. de journal*, adj.; suff. -ier*. Fréq. abs. littér. : 698. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 490, b) 889; xxes. : a) 1 067, b) 578. Bbg. Dub. Pol. 1962, p. 328. - Gohin 1903, p. 230. - Quem. DDL t. 11.