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INTEMPOREL, -ELLE, adj. et subst. masc.
PHILOSOPHIE
I. − Emploi adj.
A. − Qui est étranger au temps, ne s'inscrit ni dans le temps ni dans la durée. La pensée est par elle-même intemporelle (Hamelin, Élém. princ. représ.,1907, p. 332).La nature, ensemble des réalités considérées dans leur être éternel, intemporel (Ruyer, Esq. philos. struct.,1930, p. 71):
... le seul moyen d'éviter la contradiction paraît bien être de dire que le monde véritable est hors du temps; et que les contradictions auxquelles nous nous heurtons sont liées à l'inadéquation de la forme du temps par rapport à une réalité elle-même (en soi) intemporelle. G. Marcel, Journal,1914, p. 9.
[Appliqué à une pers.] Qui agit ou pense en dehors de toute notion de temps et de durée. Un mathématicien intemporel, ignorant de la durée (Gds cour. pensée math.,1948, p. 369).
B. − P. ext. Qui ne varie pas en fonction du temps, qui est de tous les temps. Synon. immuable, invariable.Comme si l'État devait prêter son immense organisme, et sa force intemporelle, à une volonté que les nerfs et les muscles se refusent à servir (M. Déat) (L'Œuvre,5 févr. 1941).Le protestantisme qui ne voit pas dans le message biblique un ensemble de vérités intemporelles (Philos., Relig., 1957, p. 50-5).
C. − Qui échappe à la réalité matérielle des choses. Synon. immatériel, irréel.Cette lumière n'est nullement réaliste, elle est intemporelle comme celle de Rembrandt (Malraux, Voix sil.,1951, p. 388).
II. − Emploi subst. masc. Caractère de ce qui, par sa nature, échappe au temps et à la notion de durée. La fin harmonieuse des temps, l'avènement de l'intemporel (Béguin, Âme romant.,1939, p. 78).Ce qu'on appelle l'intemporel dans la pensée, c'est ce qui (...) est présomptivement de tous les temps et n'est donc nullement transcendant au temps (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception,1945, p. 450).
REM.
Intemporellement, adv.D'une manière intemporelle. Ce qui ne peut être engendré intemporellement peut l'être dans le temps (Ricœur, Philos. volonté,1949, p. 401).
Prononc. et Orth. : [ε ̃tɑ ̃pɔ ʀ εl]. Att. ds Ac. 1935. Étymol. et Hist. 1794 adj. (Pougens, Vocab. de nouv. privatifs fr.); 1885 subst. (Guyau, Esquisse d'une morale, p. 122 ds R. Philol. fr. t. 30, p. 148). Dér. de temporel*; préf. in-1*. Cf. b. lat. et lat. chrét. intemporalis « non soumis à la durée, éternel, hors du temps; inopportun ». Fréq. abs. littér. : 98.
DÉR.
Intemporalité, subst. fém.a) Caractère de ce qui est étranger à la variabilité du temps. Ce qui distingue le sommeil, c'est son intemporalité qui apparaît comme un îlot éternel au sein d'une actualité toujours changeante (Choisy, Psychanal.,1950, p. 148).b) Caractère de ce qui ne varie pas, reste immuable. Il n'est donc pas vrai que l'intemporalité de l'être nous échappe : elle est, au contraire, donnée dans le temps, elle fonde la manière d'être du temps universel (Sartre, Être et Néant,1943, p. 256).[ε ̃tɑ ̃pɔ ʀalite]. 1reattest. 1933 sens a (Malègue, Augustin, t. 2, p. 355); de intemporel, suff. -(i)té*, cf. lat. chrét. intemporalitas « le fait d'être hors du temps, éternité ».