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INSU (À L'− DE), loc. prép.
Sans qu'on le sache, sans que l'on s'en rende compte. Anton. (au vu et) au su de (qqn).
[Constr. avec un subst. ou un pron. désignant une pers.] Le cautionnement (...) [a] été donné au su ou à l'insu du débiteur (Code civil,1804, art. 2028, p. 364).Rembrandt (...) meurt pauvre, presque à l'insu de tous (Taine, Philos. art, t. 2, 1865, p. 79):
1. ... l'Empereur (...) demanda un rapport sur l'organisation de la marine anglaise. Ce travail, empreint, à l'insu du rédacteur, d'un esprit profondément libéral et philosophique, ne fut terminé qu'en 1807... France, Bonnard,1881, p. 385.
[P. méton. du compl.] L'opération profonde qui s'accomplit au-dessous de ses sens [de l'observateur] et à l'insu de ses calculs (Blondel, Action,1893, p. 76).Notre démêlé s'est accompli à l'insu des chroniques (Audiberti, Mal court,1947, II, p. 176).
[Constr. avec un adj. poss. remplaçant le subst.] Ce que la nature vous a donné (...), c'est une grâce charmante et une sorte de gaieté qui se communique, à votre insu, aux personnes qui ont le bonheur de vous entendre (Stendhal, Lamiel, Paris, Trianon, 1919 [1842], p. 86).Albertine avait combiné à mon insu, en se cachant de moi, le plan d'une sortie (Proust, Prisonn.,1922, p. 91):
2. Le philosophe qui pense qu'elle [la raison] se suffit à elle-même, et qui prétend le démontrer, ne réussit dans sa démonstration que s'il réintroduit ces forces [qui se tiennent derrière elle] sans le dire : elles sont d'ailleurs rentrées à son insu, subrepticement. Bergson, Deux sources,1932, p. 87.
[Avec un sens réfl.] Sans en avoir conscience. Anton. consciemment, sciemment.Je m'étais insensiblement et à mon insu rapproché de la rive d'où j'étais parti (Dusaulx, Voy. Barège, t. 1, 1796, p. 136).Javert, cet homme hautain, était à son insu plein de simplicité et de dignité (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 257):
3. Encore la force psychique a-t-elle des cachettes inconnues que l'on sous-estime souvent, de même qu'il existe une foule de dépenses secrètes par lesquelles à notre insu nous nous vidons de notre vie. Mounier, Traité caract.,1946, p. 261.
REM. 1.
Insu, -ue, adj.,rare. Qui n'est pas su, connu de (quelqu'un). Avec ces « stratégies » régies par le lieu, savantes mais insues, l'ethnologie la plus traditionaliste fait retour (M. de Certeau, L'Intervention du quotidien, Paris, Union gén. d'éd., 1980, p. 117).
2. À double insu, loc. adv. Synon. en double aveugle (v. double, vitalité).
Prononc. et Orth. : [alε ̃sydə]. Ac. 1798-1878 : insçu et insu; Ac. 1935 : insu. Étymol. et Hist. Début xvies. adj. « inconnu » (Fossetier, Cron. marg., ms. Brux. 10511, V, III, 2 ds Gdf.); 1538, mai, subst. a l'insceu de (ds R. hist. t. 1, 1876, p. 134); 1606 a mon insceu (Nicot). Dér. de su, part. passé de savoir*; préf. in-1*. Fréq. abs. littér. : 1 278. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 018, b) 1 579; xxes. : a) 1 392, b) 2 029.