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HALETER, verbe intrans.
A. − [Le suj. désigne un animé] Respirer à un rythme court, précipité. Synon. (s')essouffler, souffler.Haleter de fatigue, de fièvre, de soif. Il se déchirait aux ronces, dégringolait dans les fossés, suait, haletait, fourbu (Van der Meersch, Empreinte dieu,1936, p. 201).Il halette un peu, la bouche ouverte, comme un chien hors d'haleine (Sartre, Nausée,1938, p. 135).
[En incise] Dire en haletant. Ça n'est pas moi, haletait Trochut. Non, non, ça n'est pas moi (Genevoix, Raboliot,1925, p. 38).
B. − P. méton.
1. [Le suj. désigne la respiration] Avoir un rythme rapide et saccadé ou des expirations puissantes. Je sentais mes mains trembler dans celles de Léon, mon corps frissonner, ma respiration haleter (Soulié, Mém. diable, t. 1, 1837, p. 331).Ses poumons haletaient comme des soufflets de forge (Gautier, Fracasse,1863, p. 164).
2. [Le suj. désigne une partie du corps] Palpiter à un rythme précipité. Ses seins haletaient sous la soie légère avec un mouvement imperceptible (Gracq, Argol,1938, p. 75) :
1. Il n'aurait pu faire un mouvement; seule, sa poitrine haletait, comme un soufflet de forge. Sa tête était lourde et fiévreuse. Rolland, J.-Chr., Révolte, 1907, p. 582.
C. − P. anal., littér. Faire un bruit qui évoque un halètement. La machine à vapeur (...) haletait et ronflait sans relâche, avec la trépidation dansante de son volant qui semblait régler l'énormité du tapage (Zola, Assommoir,1877, p. 387).Le tic-tac de l'horloge de campagne qui haletait, s'affolait, se précipitait, comme le battement d'un cœur affolé par l'angoisse (Moselly, Terres lorr.,1907, p. 271).
D. − Au fig. et littér.
1. Être en proie à une émotion, à une curiosité intense :
2. ... Racine était un lecteur incomparable. À Auteuil, chez Boileau, Valincour l'entendit, un soir, lire Œdipe de Sophocle, à livre ouvert, avec une telle véhémence que toute l'assistance haletait... Mauriac, Vie Racine,1928, p. 175.
2. Vieilli. Haleter après, vers.Aspirer vivement à. Je ne crains pas que vous me soupçonniez d'haleter après la louange (Gobineau, Corresp. [avec Tocqueville], 1856, p. 263).
Prononc. et Orth. : [alte] init. asp., je halète [ʒ əalεt]; mais Gobineau supra : d'haleter. Conjug. Devant syll. muette, change [ə] du rad. en [ε] (Littré écrivait halette; v. encore Sartre supra). Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1165 « palpiter, battre très fort (du cœur) » ([Chr. de Troyes] Guillaume d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 2412); 2. 1538 « être hors d'haleine, respirer bruyamment » (Est., s.v. Anhelo); 3. 1559 fig. « aspirer à quelque chose » (Amyot, Marius, 88 ds Littré). Orig. discutée (cf. FEW t. 1, p. 56a; t. 4, p. 377; t. 24, p. 286b, note 14); soit dér. de aile* (sur le modèle de jambe, jambeter; voler, voleter) signifiant proprement « battre des ailes » et appliqué métaphoriquement au cœur avec h d'orig. expressive (v. cependant Greive, pp. 27 et 96); soit dér. d'un *haler issu du lat. halare « exhaler » avec suff. dimin. -eter. Fréq. abs. littér. : 360. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 119, b) 610; xxes. : a) 805, b) 616.