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ENJÔLER, verbe trans.
[Le compl. désigne toujours une pers.] Flatter, attirer par de belles paroles, par des manières engageantes dans le but d'obtenir un avantage personnel. Tout ce que l'on disait lui semblait toujours, à lui vrai marchand, un bavardage destiné à enjôler un acheteur (Stendhal, L. Leuwen,t. 3, 1835, p. 356).Elle était capable d'enjôler, avec une malicieuse rouerie, les gens qu'elle aimait le moins (Rolland, J.-Chr.,Amies, 1910, p. 1240):
La plèbe académique, comme toutes les autres, n'aime que ceux qui l'enjôlent et la mènent par le nez avec des révérences; elle veut être flattée, et non éclairée, guidée et non appelée à se conduire elle-même. Son fond est paresse d'esprit, amour-propre et fatuité. Amiel, Journal intime,1866, p. 546.
En partic., vocab. de l'amour. Enjôler un homme, une femme. Chercher à le (la) séduire par des paroles flatteuses, des promesses, des manières tendres. Enjôler avec des paroles, du regard. Ah! Elle s'était fait ramasser sur le trottoir, en l'enjôlant par ses mines de rosière! (Zola, Assommoir,1877, p. 700).On ne me prend pas facilement, moi. Je ne suis pas de ceux qu'on enjôle avec deux baisers (Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Hist. vraie, 1882, p. 336).
Prononc. et Orth. : [ɑ ̃ ʒole], (j')enjôle [ɑ ̃ ʒo:l]. Ds Ac. 1694-1932. Fér. Crit. t. 2 1787 et DG rappellent à titre hist. la forme engeoler, jugée contraire au bon usage, mais rattachant, visuellement, le verbe à geôle. Étymol. et Hist. Ca 1223 « emprisonner » enjaoler (G. de Coincy, Miracles de Nostre Dame, éd. F. Koenig, 2 Mir 30, 313); ca 1550 « captiver par des paroles » (FEW t. 2, p. 555b); 1564 (Thierry, s.v. engeoler). Dér. de geôle*; préf. en-*; dés. -er. Fréq. abs. littér. : 50. Bbg. Sainéan (L.). Notes d'étymol. rom. Z. rom. Philol. 1906, t. 30, p. 309. − Sain. Sources t. 2 1972 [1925], p. 210.