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ÉGRUGER, verbe trans.
A.− Réduire en poudre, en menues parcelles à l'aide d'un égrugeoir. Quand votre viande aura trempé 2 heures (...) vous la ferez bien égoutter, vous la saupoudrerez encore de sel bien égrugé (Audot, Cuisin. campagne et ville,1896, p. 633).
Au fig. Mais j'en roulerais six comme toi, filou! − Filou! t'a osé dire filou! tu veux donc que je t'égruge? (Kock, Ni jamais,1835, p. 159).
Emploi pronom. Il y avait tout avantage à les écouter [les vêpres] à Saint-Sulpice, dont la puissante maîtrise, très bien dirigée, n'avait pas (...) ces voix en farine qui s'égrugent au moindre souffle (Huysmans, En route,t. 2, 1895, p. 225).
B.− P. ext. User, rogner par le frottement. L'omnibus aux gros yeux rouges Accourt, égrugeant le pavé (Pommier, Paris,1866, p. 265).
C.− TECHNOL. [Le compl. désigne du chanvre et du lin] Détacher les graines, égrener.
Rem. 1. Attesté ds la plupart des dict. gén. 2. On rencontre ds la docum. les dérivés : a) Égrugeur, euse, adj. Qui égruge, réduit en poussière. Cylindre égrugeur (Lar. 20e). Emploi subst., au fig., p. plaisant. Ah çà! depuis que je ne t'ai vu, tu es donc devenu un ravageur de femmes, un égrugeur de cœurs? (Labiche, Gros mot, 1860, 6, p. 321). b) Égrugeure, subst. fém. Parcelle d'un corps dur séparée par frottement ou par pression. C'est de l'encens mâle (...) quelle différence avec celui-ci que l'on consume à Notre-Dame! Il est terreux, brisé, rempli d'égrugeures (Huysmans, Cathédr., 1898, p. 428). Au fig., rare. Menus détails. Remarquez bien que cet amour des égrugeures, que cette passion des béatilles se retrouve dans toute son œuvre [de Suso] (Id., En route, t. 2, 1895, p. 277).
Prononc. et Orth. : [egʀyʒe], (j')égruge [egʀy:ʒ]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1556 esgruger « réduire en poudre » (P. Saliat, trad. d'Hérodote ds Gdf. Compl., ici pronom.); 2. 1617 du chanvre (A. d'Aubigné, Faeneste, III, 15 ds Hug.). Dér. de gruger*; préf. é-*. Fréq. abs. littér. : 2. Bbg. Rétif (A.). Colette et le terroir. Vie Lang. 1973, p. 80.