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DÉPIT2, subst. masc.
Mouvement passager de colère ou d'impatience mêlée de chagrin et provoqué par une contrariété, une déception. Affectant un dépit et une colère qui enchantaient le vainqueur (Scribe, Camaraderie,1837, I, 3, p. 241).Avec cet air bougon dont, à son insu, sa grande amabilité était froncée par le recroquevillement boudeur, le dépit physiologique de la vieillesse (Proust, Guermantes 1,1920, p. 198).Cf. aussi dépiter ex. 1 :
1. Le sentiment profondément amer d'un dépit secret paraissait avoir fait remonter sur sa figure des plaques de fiel et de bile qui coulaient sous sa peau comme des veines bleuâtres. Ses coudes tremblaient. Il avait l'air d'un squelette galvanisé. Vigny, Le Journal d'un poète,1842, p. 1175.
En part. Dépit (amoureux). Amertume passagère éprouvée par l'amant(e) déçu(e). Le Dépit amoureux (comédie de Molière, 1658). De plus tourmentées existent : celles qui se sont mariées par dépit; affreuse résolution que ces mariages (Gozlan, Notaire,1836, p. 93).Cf. aussi amoureux ex. 71 :
2. Hier, ce matin encore, je le défendais contre toi-même. Sa passion l'égare, me disais-je; ce n'est qu'un dépit amoureux. Toutefois, comme il s'agissait de ton bonheur, j'ai pensé que la chose méritait réflexion. Sandeau, Sacs et parchemins,1851, p. 28.
SYNT. Dépit amer, cruel, jaloux, orgueilleux; accès, exclamation, moment, mouvement, sentiment de dépit; éprouver, concevoir, dissimuler du dépit. PARAD. a) Synon. amertume, contrariété, courroux, déception, désappointement, froissement, rancœur, ressentiment. b) Anton. contentement, joie, satisfaction.
Loc. Par dépit :
3. Rebutées, aigries et réduites à une économie sévère ou au désordre, elles se mettent à suivre l'ordre avec chagrin et par dépit, se réunissent très-peu entre elles, ne s'aiment point du tout, et se font dévotes, parce qu'elles ne connaissent que l'église où elles puissent aller. Senancour, Obermann,t. 2, 1840, p. 57.
Prononc. et Orth. Cf. dépit1. Étymol. et Hist. 1. Ca 1140 avoir en despit « mépriser » (Voyage de Charlemagne, éd. E. Koschwitz, 227), despit « mépris » − xvies., Hug., ne subsiste que dans la loc. en dépit de (ca 1174 el despit le rei, G. de Pont-Sainte-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 1560); 2. 1160-74 « colère » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, 646). Du lat. despectus proprement « action de regarder de haut en bas », « mépriser » et « mépris, paroles méprisantes », part. passé du lat. class. despicere « mépriser »; au sens 2 p. ext. de 1, p. réf. aux sentiments de la personne méprisée.
STAT. − Dépit1 et 2. Fréq. abs. littér. : 2 540. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 840, b) 3 461; xxes. : a) 3 463, b) 4 441.
BBG. − Darm. Vie 1932, p. 156, 173. − Gottsch. Redens. 1930.