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DÉBRIDER, verbe trans.
A.− Enlever la bride à un cheval, à une bête de somme (généralement dès son arrivée au but). Le meunier débrida les chevaux et leur servit le déjeuner (Sand, Meunier d'Angib.,1845, p. 356).
Emploi abs. Je mis pied à terre; je dis au guide de débrider (Mérimée, Carmen,1847, p. 6).Elle aurait pu, sans peine, aller à Étampes et en revenir sans débrider (Ponson du Ter., Rocambole,t. 2, 1859, p. 288).
P. ext. Débrider qqc.Le faire en toute hâte :
1. ... Eustache le pria [l'exécuteur] de vouloir bien arrêter un instant, qu'il eût débridé encore deux oraisons à saint Ignace et à saint Louis de Gonzague... Nerval, Nouvelles et fantaisies,1855, p. 234.
Loc. fig. Sans débrider. Sans interruption, d'une seule traite et rapidement. Alors d'une haleine, sans débrider, (...) elle lui rappela toutes ses fautes (A. Daudet, Rois en exil,1879, p. 316).
B.− P. anal. Défaire ce qui est retenu par une bride (cf. bride B), ce qui lie, resserre ou ferme quelque chose. Il débride un peu sa houppelande (Céline, Mort à crédit,1936, p. 556).
Spécialement
1. CHIR. Enlever les brides qui compriment un organe, ou resserrent une plaie et empêchent l'écoulement du pus. Débrider un abcès, une hernie. Héquet avait débridé la plaie, relevé les os fracturés (Martin du G., Thib., Été 1914, 1936, p. 183).
Au fig. Débrider un abcès. Régler de façon énergique une situation difficile. Il la rencontrait sans cesse dans l'église. Il résolut de débrider l'abcès (Queffélec, Recteur,1944, p. 91).
2. ART CULIN. Enlever les brides, les ficelles qui maintiennent les membres d'une volaille pendant la cuisson. Vous faites bouillir le tout à petit feu pendant deux heures; vous débridez votre volaille (Viard, Cuis. royal,1831, p. 29).
C.− Au fig. [Le compl. d'obj. désigne une pers. ou un inanimé abstr. représentant une force intérieure] Libérer de ce qui entrave, de ce qui contraint; laisser se manifester ou s'exprimer en toute liberté. Débrider l'imagination. J'ai tant besoin de causer, de me débrider l'âme (Huysmans, En route,t. 1, 1895, p. 82).
Emploi pronom. :
2. Ils se débrident alors [les jeunes gens], aucune sourdine, aucune intimidation, aucun poids mort ne contraignent leur verve. Arnoux, Les Crimes innocents,1952, p. 213.
Prononc. et Orth. : [debʀide], (je) débride [debʀid]. Ds Ac. 1694-1718 s.v. desbrider ou débrider; ds Ac. 1740-1932 sous la forme moderne uniquement. Étymol. et Hist. 1. 1463 « retirer la bride » fig. pronom. « se laisser aller » (G. Chastellain, III, 254, 4 ds Heilemann Chastellain, p. 193 : Le duc qui onques ne se desbrida en ses mœurs); 1534 sans desbrider « sans interruption » (Rabelais, I, 22 ds Hug.); 1549 « ôter la bride à un cheval » (Est.); 2. début xviiies., terme de chir. (Dionis ds Trév. 1721). Dér. de bride*; préf. dé-*; dés. -er. Fréq. abs. littér. : 36. Bbg. Sain. Arg. 1972 [1907], p. 122. − Thomas (A.). Nouv. Essais 1904, p. 321.