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CHIFFE, subst. fém.
A.− Vieille étoffe ou étoffe de mauvaise qualité manquant de tenue :
1. C'est rude comme du sable frais, c'est tout enlavandé ce drap. Dépêche-toi, Arsule, si tu en veux, je te vais prendre le bon de la toile raide, t'auras que la chiffe si tu tardes. Giono, Regain,1930, p. 142.
Spéc. Morceau de vieux linge. Synon. rare de chiffon.Une chiffe de linge (Maupassant, Contes et nouvelles,t. 2, Misti. Souvenirs d'un garçon, 1884, p. 912).
B.− P. ext., péj.
1. [En parlant d'une pers.]
a) Loc. Mou comme une chiffe. Dépourvu d'énergie physique et morale. La tête droite comme un officier prussien (...) et en réalité mou comme une chiffe (M. Butor, Passage de Milan,1954, p. 77).
b) Personne manquant de caractère, sans volonté, sans courage, sans énergie. La soif inextinguible de se rassasier les yeux de cette loque humaine, du pantin cassé, de la chiffe molle (Zola, La Bête humaine,1890, p. 49):
2. D'ailleurs, il n'aura pas même le courage d'y aller à la police. Je le connais, moi, c'est une chiffe, une poule mouillée, il se dégonfle toujours. Cendrars, Moravagine,1926, p. 137.
2. [En parlant d'une chose] Région. Gros morceau de pain (cf. chique1B).
Prononc. et Orth. : [ʃif]. Ds Ac. 1718-1932. Fér. Crit. t. 1 1787 propose la graph. chife avec un seul f. Étymol. et Hist. 1. [1564 chifetier « ramasseur, crieur des chiffons » (J. Thierry, Dict. fr.-lat.), terme norm.] 1611 « morceau d'étoffe usée, chiffon » (Cotgr.), d'où 1810 « métier de chiffonnier » (Privat D'Anglemont, Paris Anecdote, 331 ds Quem.); 2. 1710 « étoffe de mauvaise qualité » (Ac.); 3. 1798 fig. « homme de caractère faible », (ibid.). Altération d'apr. chiffre* pris au sens de « chose, personne de peu de valeur » en a. fr. (1223, G. de Coincy ds T.-L.) de l'a. fr. chipe « chiffon » (1306, G. Guiart, Royaux lignages, I, 75, ibid.), terme demeuré en usage dans le Nord-ouest (FEW t. 16, p. 317b), empr. au m. angl. chip « petit morceau » spéc. « petit morceau de bois », ca 1300 ds NED, déverbal de to chip « tailler en petits morceaux ». Fréq. abs. littér. : 32. Bbg. Goug. Lang. pop. 1929, p. 150. − Lammens 1890, p. 262. − Sain. Sources t. 2 1972 [1925], pp. 201-210; t. 3 1972 [1930], p. 288.