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CANCRE, subst. masc.
A.− ZOOL. Synon. de crabe tourteau.Les crustacés (...) marchent à reculons (...), ou de côté, comme les cancres proprement dits (Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature,1814, p. 244).
B.− P. anal.
1. Vx [P. réf. aux pinces du crabe] Personne méprisable par son extrême rapacité. Quel cancre! fit Rodolphe en se sauvant. Ah çà! fit-il, il manque encore trente et un sous (Murger, Scènes de la vie de bohème,1851, p. 100).
2. Usuel [P. allus. à la marche oblique du crabe, dont la progression est lente et difficile] Élève nul et paresseux :
1. Le triomphe du cancre restera ce prodige de la dernière minute grâce auquel le génie souffle à l'élève le moyen de sauver sa peau. En France le cancre règne et le fort en thème donne des résultats médiocres. Cocteau, Le Foyer des artistes,1947, p. 26.
Emploi adj., au fig. Sot, niais. Pinette ricanait d'un air cancre (Sartre, La Mort dans l'âme,1949, p. 169):
2. Devant le compliment, ce n'est pas la fierté qui me donne cet air cancre et ingrat que je connais bien, mais (en même temps que cette profonde indifférence qui est en moi comme une infirmité de nature) un sentiment singulier qui me vient alors : « Ce n'est pas cela... » Camus, L'Envers et l'endroit,1937, p. 25.
Rem. On rencontre ds la docum. le dér. cancrerie, subst. fém. Paresse, nullité d'un élève. J'y avais [au lycée Condorcet] pour voisin de banc un certain Robert Lecuyer, très gentil garçon, d'une cancrerie touchante (Courteline, Ah! Jeunesse, 1894, p. 12).
Prononc. et Orth. : [kɑ ̃kʀ ̥]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1268-71 « crabe » (Brunet Latin, Trésor, 141 ds T.-L.), attest. isolée; 1552 « id. » (Rabelais, Le Quart Livre, XXXII, éd. Marty-Laveaux, Paris, 1870, II, 384); 2. a) 1662 arg. scol. (Genie des Malfortunez, 5 ds Mél. Gessler I, 271 d'apr. Quem.); b) 1668 « homme misérable » (La Fontaine, Fables, I, 5 ds Littré); 3. 1740 (Ac. : Cancre, est aussi un terme injurieux, qui se dit d'Un homme méprisable par son avarice). Empr. au lat. cancer, cancri « crabe » attesté dep. Pline, Nat., 9, 43 ds TLL s.v., 228, 41; 2 p. anal. avec la démarche et la lenteur du crabe. Fréq. abs. littér. : 75. Bbg. Duch. 1967 § 29. − Sigurs 1963/64, p. 42, 505.