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BARDEAU, subst. masc.
A.− ARCHIT. Planchette de chêne, hêtre, châtaignier ou sapin en forme de tuile qui sert dans certaines régions à la couverture des toitures ou à la protection des murs exposés aux intempéries :
... les toits lourds couverts de bardeaux projettent en avant leur carapace épaisse et garantissent, autant que faire se peut, des pluies fréquentes, les croisées étroites de ces habitations semblables à des coques d'escargot. Gobineau, Nouvelles asiatiques,La Danseuse de Shamakha, 1876, p. 12.
Région. et fam. Il lui manque un bardeau. ,,Il a le timbre fêlé, brouillé, le cerveau dérangé`` (Canada 1930).
B.− P. méton.
1. MINES. Cloison séparant deux chambres d'exploitation. [Une] cloison ou bardeau [est] à ménager entre deux chambres successives (J.-N. Haton de La Goupillière, Cours d'exploitation des mines,1905, p. 339).
2. NAVIGATION FLUVIALE. ,,Train de bois flotté de petites dimensions`` (Gruss 1952)
3. TYPOGR. ,,Grande casse profonde, destinée à recevoir certaines sortes de caractères neufs ou le trop-plein des casses après distribution`` (Comte-Pern. 1963).
Prononc. : [baʀdo]. Étymol. et Hist. 1. 1358-59 constr. « planche mince empl. pour couvrir les toits » (Comptes municipaux de Tours, éd. Delaville-Le-Roulx, I, 141 dans Barb. 15, no4 : Pour porter late et bardeau au portail de la Riche); 2. 1803 arg. typogr. (Boiste). Orig. obsc. L'hyp. couramment proposée d'une dér. de barde* « selle » (FEW t. 19, p. 23) suppose le sens de « planche » directement issu de celui de « selle » (ce dernier impliquant une idée d'étroitesse et de minceur), étant donné que bardeau au sens de « armure faite de lames de fer » est seulement attesté au xves. L'hyp. d'un étymon germ. (Barb. Misc. 15, no4) représenté par le m. néerl. bert, bart « planche, panneau, plaque de bois » [Verdam] suppose l'existence d'une forme d'a.fr. intermédiaire non attestée *bard « planche » d'où serait dér. bardeau. Les représentants de *bard dans le domaine gallo-rom. ne révèlent jamais le sens « planche de bois », mais régulièrement celui de « boue; dalle à paver », et sont principalement issus du domaine prov. : a. prov. bart « boue, limon, bauche; dalle à paver » (Levy, Petit dict. prov.-fr., 3eéd., 1961), m.fr. barder « paver » (1427 dans Gdf.); ils semblent sans rapport avec bardeau (FEW t. 1, p. 263b, s.v. *barrum « limon »). Il reste que la selle, aussi bien que la dalle à paver, comme le bardeau, servent à couvrir, et que dans le cas de l'hyp. d'un étymon germ. on se réfère aussi au domaine du bâtiment. Même objection sur le plan sém. à l'hyp. du EWFS2, selon laquelle bardeau serait dér. d'un a.fr. *bard (dont l'existence est fondée sur les mêmes témoins que dans l'hyp. précédente), issu lui-même du lat. vulg. *bardum, d'orig. gaul. L'hyp. d'un étymon a.nord. bardi « sorte de navire » [De Vries Anord.] proposée par De Gorog (The Scandinavian Element in French and Norman, 1958, p. 64, no5) ne peut convenir du point de vue sém. que pour le sens « train de bois flotté » (Lar. 19e) qui est attesté bien trop tard pour remonter à cette origine. Fréq. abs. littér. : 16.
BBG. − De Gorog 1958, p. 64.