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APARTÉ, subst. masc.
A.− THÉÂTRE. Convention théâtrale par laquelle un acteur qui feint de se parler à soi-même éclaire le public sur ses réactions, ses intentions ou ses sentiments, les autres acteurs présents sur scène étant censés ne pas l'entendre :
1. La dramaturgie moderne interdit les monologues, les apartés, les tirades. Mais notre théâtre classique est plein de monologues, d'apartés, de tirades : il foisonne même de scènes entières où l'on ne parle que par tirades. Montherlant, Notes de théâtre,1954, p. 1076.
B.− P. ext. Conversation particulière entre quelques personnes, à l'écart des autres, et qui ne doit pas être entendue :
2. L'expression de surprise mêlée de dédain que j'observais sur leur physionomie, commençait à me troubler; j'étais sûre d'être bientôt l'objet d'un aparté dans l'embrasure de la fenêtre, ou d'une conversation à voix basse... Mmede Duras, Ourika,1824, p. 105.
3. Mais le patron Martrodin en avait déjà assez de nos « apartés » et de nos petits complots dans les coins. Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 389.
Rem. Dans l'ex. suiv., aparté signifie « vie personnelle, et jusqu'à un certain point autonome, à l'intérieur d'une communauté » :
4. Ces béguines ou prieuses, au bout de dix ans d'une vie commune, obtiennent ce qui est l'objet de leurs vœux, le point essentiel cher à l'esprit féminin, l'aparté dans l'habitation, et ce qui est pour chacune la plus grande part du bonheur ici-bas, le ménage à soi, la petite cuisine, le petit tripot. Michelet, Sur les chemins de l'Europe,1874, p. 267.
Loc. adv., littér. En aparté :
5. MmeValavert a beaucoup causé avec moi ... en aparté. C'était facile. Car son mari et le vieux bonze avaient des tas de choses à se dire. Romains, Les Hommes de bonne volonté,La Douceur de la vie, 1939, p. 172.
Rem. On rencontre except., p. fig. étymol., la forme a parte :
6. Je ne sais même pas, Dieu me pardonne, si le mot d'encroûtés n'est pas sorti une fois de mes lèvres, avait-il [Norpois] ajouté avec un sourire scandalisé, à mi-voix, presque a parte... Proust, Le Côté de Guermantes1, 1920, p. 259.
PRONONC. ET ORTH. : [apaʀte]. Ac. 1798, Ac. abr. 1832 et Ac. 1835, s.v. aparté font observer que le mot ne prend pas d's au plur., il en prend un auj. (supra ex. 1, 3).
ÉTYMOL. ET HIST. I.− Subst. 1. 1640 théâtre (La Ménardière, Poëtique ds Rich. 1732 : A-parté. Expression dramatique, inventée par La Ménardière, dans sa Poëtique, et que l'Abé d'Aubignac a adoptée dans sa pratique du Téatre. Les a-parté sont, selon La Ménardière, les discours qu'un personnage fait à part, en la présence d'un autre, qui est obligé d'être pendant le discours, sans yeux et sans oreilles, et même sourd et aveugle, afin qu'il ne voïe l'action et n'entende les paroles de celui avec qui il est sur le téatre); 2. p. ext. av. 1847 « entretien à l'écart » (F. Soulier ds Lar. 19e). II.− Loc. adv. 1835 (Ac. : [...] Ce vers doit être dit aparté). Soit lat. a parte (sua) « pour sa part » (qui en lat. class. serait pro parte sua), soit empr. à l'ital. a parte, loc. adv. « à part » attesté dep. 1584-85 (Borgh. Vinc., Monet., 228 ediz. Crus. ds Tomm.-Bell.) mais qui ne semble pas attesté dans un cont. de théâtre, ni comme subst. av. 1811 : Alberti, Grande Dizionario italiano-francese, s.v. aparte.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 107.
BBG. − Bach.-Dez. 1882 (s.v. aparte). − Franck 1875. − Gramm. t. 1 1789. − Lal. 1968. − Ritter (E.). Les Quatre dict. fr. Rem. lexicogr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 349.