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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

-ERIE

suffixe
[Suff. formateur de subst. féminins.]
I. — Le dér. a une valeur dépréciative, affective ou fréquentative.
A. —[La base est un subst. désignant une pers., ou un adj. substantivable s'appliquant à une pers. (parfois aussi un adj. non substantivable).]
1. Le dér. exprime un trait de caractère ou un comportement : ânerie, avocasserie, badauderie, bégueulerie, bigoterie, bouffonnerie, bougrerie, braverie, cagoterie, canaillerie, charlatanerie, charognerie, connerie, coquetterie, coquinerie, courtisanerie, crapulerie, cuistrerie, dégueulasserie, diablerie, douilletterie, drôlerie, effronterie, espièglerie, étourderie, filouterie, fourberie, friponnerie, fripouillerie, fumisterie, galanterie, gaminerie, gauloiserie, gloutonnerie, goinfrerie, goujaterie, gredinerie, gueuserie, ivrognerie, jobarderie, ladrerie, loufoquerie, maniaquerie, mesquinerie, momerie, muflerie, niaiserie, nigauderie, ourserie, pédanterie, pingrerie, pitrerie, pleutrerie, polissonnerie, poltronnerie, pruderie, rosserie, rouerie, saloperie, sauvagerie, sensiblerie, sournoiserie, tartufferie, truanderie, vacherie.
• Spéc. Le dér. désigne des relations familières : camaraderie, copinerie.
• Spéc. Le dér. désigne une insurrection : chouannerie (< Chouans), jacquerie (< Jacques « paysan »).
— [La base est un adj. s'appliquant à une pers., mais difficilement substantivable : ] afféterie, bizarrerie, bonasserie, bravaderie, brusquerie, cocasserie, crânerie, folâtrerie, gaucherie, grivoiserie, maussaderie, mièvrerie, mollasserie, pudibonderie, veulerie.
2. Le dér. employé au plur. ou avec l'art. indéf. désigne concrètement un acte, un propos. P. ex., parmi les mots cités supra :

ânerie

substantif féminin
: « Propos ou acte stupide »

avocasserie

substantif féminin
: « Mauvaise chicane d'avocat »

bouffonnerie

substantif féminin
: « Action ou parole bouffonne »

cochonnerie

substantif féminin
: « Action, propos obscènes »

diablerie

substantif féminin
: « Parole, action pleine de turbulence, de malice »

espièglerie

substantif féminin
: « Tour d'espiègle »

gaminerie

substantif féminin
: « Acte, propos de gamin, dignes d'un gamin »

pédanterie

substantif féminin
: « Parole ou acte pédant »

vacherie

substantif féminin
: « Parole, action méchante »
— [Certains dér. n'ont que cette valeur :]

chatterie

substantif féminin
: « Caresse, câlinerie »

clownerie

substantif féminin
: « Farce, tour de clown »

singerie1

substantif féminin.
: « Grimace, gambade, tour comique »
3. Le dér. employé au plur. ou avec l'art. indéf. désigne une chose concr. P. ex., parmi les mots cités supra :

chatterie

substantif féminin
: « Choses délicates à manger »

cochonnerie

substantif féminin
: « Chose sale ou mal faite, cochonnée; chose sans valeur »

diablerie

substantif féminin
: « Mystère dans lequel des diables sont en scène »

féerie

substantif féminin
: « Pièce de théâtre, spectacle où apparaissent des personnages surnaturels »

saloperie

substantif féminin
: « Chose sans valeur »
— [Certains dér. n'ont que cette valeur concr. :]

pouillerie

substantif féminin
: « Lieu, chose misérable »

turquerie

substantif féminin
: « Objet, composition artistique ou littéraire d'origine, de goût ou d'inspiration turcs, orientaux »
— [Certains dér. sont employés surtout au plur. et peuvent prendre une valeur collective :]

chinoiserie1

substantif féminin
: . « Bibelot qui vient de Chine ou qui est dans le goût chinois »

japonaiserie

(ou

japonerie

substantif féminin
: « Objet d'art, bibelot japonais »

vieillerie

substantif féminin
: « Objet vieux, démodé, usé »
4.Rare. Le dér. exprime une qualité abstr. P. ex., parmi les mots cités supra : bizarrerie (la bizarrerie du temps), féerie, sauvagerie (la sauvagerie du paysage).
B. —[La base est un verbe.]
1. Le dér. a une valeur dépréc. et exprime notamment :
— la tromperie et la vantardise : cachotterie, duperie, flagornerie, flatterie, hâblerie, menterie (vieilli), piperie (vieilli), tricherie, tromperie, vanterie (vieilli)
— la fraude et le vol : baraterie, chaparderie, escroquerie, grivèlerie, mutinerie, pillerie (vx).
— l'action de s'exprimer par cris, comme un animal : clabauderie, criaillerie, grognerie, jacasserie, jaserie, piaillerie
— les excès de table et l'acte amoureux : beuverie, coucherie, mangerie, soûlerie
— le goût de la complication : chinoiserie2, finasserie, jonglerie (fig.), tracasserie.
2. Le dér. a une valeur affective et atténuative et exprime notamment :
— la brouille et la dispute légères : bouderie, brouillerie, fâcherie, gronderie
— la moquerie : agacerie, chicanerie, gouaillerie, momerie, moquerie, picoterie (vieilli), plaisanterie, pointillerie (vieilli), raillerie, singerie2, taquinerie, tracasserie
— le marivaudage : badinerie, cajolerie, câlinerie, gâterie, lutinerie, minauderie
— un état de conscience ou une activité relâchés : flânerie, griserie, rêvasserie, rêverie, songerie.
3. Le dér. désigne une activité quelconque, mais avec des connotations diverses :
— valeur fréquentative :

boiterie

substantif féminin
: « Démarche de celui qui boite »

tiraillerie

substantif féminin
: « Tiraillements répétés »

tousserie

substantif féminin
: « Toux prolongée »

volerie

substantif féminin
: « Vol ou suite de vols, de larcins »
— valeur atténuative :

causerie

substantif féminin
: « Entretien familier; discours, conférence sans prétention »

sauterie

substantif féminin
: « Réunion dansante d'un caractère simple et intime »
— valeur intensive :

tuerie

substantif féminin
: « action de tuer en masse, sauvagement ».
Remarque : 1. La valeur fréquentative et la fréquence des emplois au plur. des dér. cités supra B expliquent les nombreuses déf. par des subst. au plur. ou par des énumérations : agacerie, « surtout au plur. mines ou paroles inspirées par une coquetterie légèrement provocante »; chinoiserie « subtilités excessives »; grognerie « murmures, plaintes, gronderies continuelles »; minauderie, « au plur. airs, attitudes, manières, gestes affectés d'une personne qui minaude ». 2. Pour certains dér., la base n'est plus connue des locuteurs : baraterie < a. fr. barater « tromper »; grivèlerie < griveler, formé sur grive, p. allus. au pillage des grives dans les vignes; momerie < a. fr. momer « se déguiser ».
II. — Le dér. désigne une activité, un lieu où se déroule une activité.
A. — Le dér. désigne une activité.
1.[La base est un nom d'agent, -erie commutant avec -ier/-er ou s'ajoutant directement au nom d'agent.]
a) Le dér. désigne une activité artis. ou industr.
— [La base est un nom d'agent en -ier (/-er) lui-même dér. d'un subst. concr. : ] armurerie, batellerie, bijouterie, bimbeloterie, bonneterie, brosserie, carrosserie, chapellerie, charpenterie, chaudronnerie, chemiserie, clouterie, corderie, coutellerie, draperie, épicerie, ferblanterie, friperie, fromagerie, ganterie, graineterie, horlogerie, hôtellerie, huilerie, imagerie, joaillerie, laiterie, lingerie, lutherie, maroquinerie, messagerie, miroiterie, papeterie, passementerie, pelleterie, plomberie, poissonnerie, poterie, sellerie, serrurerie, tabletterie, teinturerie, tonnellerie, triperie, vannerie, verrerie, vitrerie.
• [La base du nom d'agent n'est plus sentie en fr. contemp. : ] boucherie, boulangerie, charcuterie, cordonnerie, dinanderie, ferronnerie, mégisserie, menuiserie, mercerie, meunerie, minoterie.
— [La base est un nom d'agent auquel vient s'ajouter -erie :] ébénisterie, fumisterie, herboristerie, maçonnerie, maréchalerie (< maréchal-ferrant), orfèvrerie.
b) Le dér. désigne un élevage agricole, une activité de chasse (et p. méton. le lieu) : faisanderie (/-ier), fauconnerie (/-ier), louveterie (/-ier) « chasse au loup ».
c) Le dér. désigne une charge, une fonction (et, souvent, p. méton., le lieu où elle s'exerce, l'ensemble des pers. qui l'assument)
— [La base est un nom d'agent en -ier :] aumônerie, cavalerie, chancellerie, chevalerie, pénitencerie, trésorerie.
— [-erie s'ajoute au nom d'agent : ] capitainerie, conciergerie, gendarmerie, gentilhommerie, sénatorerie.
d) Le dér. désigne la pratique de la pers. : piraterie (< pirate), sorcellerie (< sorcier).
2.[La base est un nom désignant un produit : ] biscuiterie, bouquinerie, buffleterie, cristallerie, droguerie, féculerie, magnanerie (< prov. magnan « ver à soie »), quincaillerie.
Remarque : Il existe, parallèlement à certains de ces mots, des noms d'agents dérivés, mais qui sont tous postérieurs : bouquinerie, (Ca 1650, TLF)/bouquiniste (1721); droguerie (1386-87, TLF)/ droguiste (1549); quincaillerie (vers 1268, Lar. Lang. Fr.)/quincaillier (1428).
3.[La base est un verbe (souvent avec, en parallèle, un nom d'agent en -eur, -ier).]
a) Le dér. désigne une activité industr. ou artis. : brasserie, confiserie, corroierie, émaillerie, fonderie, imprimerie, marqueterie, parfumerie, pâtisserie, taillerie, tannerie, tapisserie.
b)Vx. Le dér. désigne un type de chasse :

vénerie

(< a. fr. vener). substantif féminin
: « Chasse à courre »

volerie

(< voler). substantif féminin
: « Chasse avec des oiseaux de proie »
B. — Le dér. désigne le lieu où se déroule une activité économique ou domestique, plutôt que l'activité elle-même.
1.[La base est un nom d'agent.]
a) Le dér. désigne le lieu où se déroule une activité artis., comm., industr. ou agric. : bergerie (/-er), bouverie (/-ier), briqueterie (/-ier), chocolaterie (/-ier), crémerie (/-ier), porcherie (/-er), sardinerie (/-ier), savonnerie (/-ier), tuilerie (/-ier), vacherie (/-er).
— [Le nom d'agent n'est pas dér. d'une base identifiable : ] borderie (/-ier), métairie (< métayer), porterie (/-ier) « logement du portier dans un couvent, un monastère ».
— [La base est un nom d'agent en -eur : ] factorerie< facteur.
b) Le dér. désigne un lieu où vit un religieux, où est hébergé un malade : bonzerie, infirmerie, lamaserie, léproserie, maladrerie.
c) Le dér. désigne un lieu où l'on se livre à une activité domestique : lingerie (/-er), paneterie (/-ier).
d) Le dér. désigne un lieu où l'on range : lampisterie (< lampiste), timonerie (/-ier).
2.[La base est un subst. désignant un produit (le nom d'agent correspondant n'existe pas, tout au moins en fr. moderne).]
a) Le dér. désigne le lieu où s'exerce une activité industr. ou artis. : aciérie, caisserie, cartoucherie, cokerie, poudrerie, sucrerie.
b) Le dér. désigne le lieu où l'on range la chose désignée par la base : fruiterie, machinerie, orangerie.
3.[La base est un verbe (avec parfois en parallèle un nom d'agent en -eur).]
a) Le dér. désigne le lieu d'une activité industr. ou comm. : blanchisserie, brûlerie, distillerie, foulerie, laverie, pêcherie, raffinerie, rôtisserie, sécherie, soufflerie.
Remarque : Buanderie et buandier sont formés sur le verbe a. fr. buer.
b) Le dér. désigne le lieu d'une activité agric. :

écorcherie

substantif féminin
: « Lieu d'un abattoir où l'on écorche les bêtes »

forcerie

substantif féminin
: « Serre chaude pour le forçage »

nourricerie

substantif féminin
: « Lieu où l'on engraisse les animaux »
c) Le dér. désigne un lieu à destination partic. :

chaufferie

substantif féminin
: « Salle de chauffe »

fumerie

substantif féminin
: « Lieu où l'on fume l'opium »

garderie

substantif féminin
: « École, local où l'on garde les enfants en bas âge »; rare « étendue de bois que surveille un garde forestier »

penderie

substantif féminin
: « Petite pièce, placard où l'on suspend les vêtements »
III. — Le dér. est un collectif de l'inanimé.
A. — Le dér. désigne un ensemble de choses :

argenterie

substantif féminin
: « Vaisselle, couverts, ustensiles d'argent »

ivoirerie

substantif féminin
: « Objets en ivoire sculpté »

pierreries

substantif féminin
: « Pierres précieuses travaillées, employées comme ornement »

verroterie

substantif féminin
: « Petit(s) ouvrage(s) de verre coloré et travaillé dont on fait des bijoux et des ornements »
— Spéc. Le dér. désigne un type d'étoffes :

rouennerie

(< Rouen). substantif féminin
: « Tissu en laine, en coton »

soierie

substantif féminin
: « Tissu de soie »
Remarque : De très nombreux dér. cités supra II A ont ce sens collectif, comme p. ex. : bijouterie, bibeloterie, dinanderie, épicerie, friperie, imagerie, lingerie, papeterie, etc.
— [La base a une valeur collective et péj. :]

antiquaillerie

substantif féminin
: « Objet ou ensemble d'objets plus ou moins anciens et de peu de valeur »

paperasserie

substantif féminin
: « Accumulation de paperasses; multiplication abusive des écritures administratives »
B. — Le dér. désigne un ensemble concourant à une finalité :

boiserie

substantif féminin
: « Revêtement en bois de menuiserie »

literie

substantif féminin
: « Tout ce qui entre dans la composition d'un lit; matériel de couchage »

machinerie

substantif féminin
: « Ensemble de machines réunies en un même lieu »

tuyauterie

substantif féminin
: « Ensemble des tuyaux (d'une machine, de conduites d'eau, de gaz) »; « ensemble des tuyaux d'un orgue »

voierie

substantif féminin
: « Ensemble des voies aménagées et entretenues par l'administration publique »
Remarque : 1. Minuterie désigne un dispositif. 2. Des dér. de verbes ont également un sens concret collectif : batterie « réunion de pièces d'artillerie et du matériel nécessaire à leur service »; sonnerie « ensemble de cloches ». 3. Armoiries « ensemble des armes peintes à l'emblème du porteur » (TLF), est dér. d'un verbe disparu (< armoyer) ainsi que artillerie (< verbe artillier) « matériel de guerre comprenant les canons, obusiers, etc. et le matériel nécessaire à leur service ».
Productivité
Cet art. a pour base 320 mots figurant à la fois dans le Pt Rob. et ds Fréq. t. 1 1971 (mots du fonds littér., les hapax étant exclus). On y a ajouté une liste très limitée (une vingtaine de mots) non retenus ds le Pt Rob., mais bien attestés dans le fonds littér. comme p. ex. : bougrerie, braverie, dégueulasserie, gentilhommerie, jaserie, picoterie, etc. -erie est un suff. partic. productif. En dehors des mots retenus, le fonds littér. TLF en fournit 420 autres, dont environ 300 hapax. L'immense majorité de ces vocables sont des dér. à valeur péj. ou fam. ou pop.
— -erie dans les dér. à valeur péj., pop. ou fam. Les créations foisonnent, notamment après 1850. Nyrop t. 3 1936, § 395 note la prédilection de Flaubert pour ce suff. : « on trouve chez Flaubert : charognerie, féminotteries, goujaterie, janoterie, jeanfoutrerie, micheletteries, quinetteries, pignouferie ». Dans la liste des 420 vocables évoqués supra, 54 appartiennent en propre aux Goncourt, dont antiquaillerie (les 4 occurrences du corpus), bécasserie (3), butorderie (2), cocotterie (4), coyonnerie (3), dinderie (2), dindonnerie (2), friturerie (2), furibonderie (5), gandinerie (4), paillasserie (3), pignouflerie (5), pocharderie (5), prêcherie (2), putinerie (10), roublarderie (3), vantarderie (2), voyouterie (9). Au xxe s., les néol. d'aut. sont nombreux chez Montherlant, Céline, ou, en dehors du corpus TLF, chez Audiberti.
— -erie formateur de dér. désignant une activité artis. ou industr., ou le local où elle a lieu. J. et C. Dubois, Introd. à la lexicogr. : le dict., Paris, Larousse, 1971, pp. 168-169 note pour ce sens que le mouvement de retrait est considérable : 72 sorties dans l'éd. 1961 du Pt Lar. par rapp. à celle de 1949 : « la plupart des mots qui ont cessé d'être enregistrés intéressent des techniques disparues ou transformées ». Il y a cependant, quoiqu'en petit nombre, des créations au xxe s. : cimenterie (1953, TLF), glucoserie (1907, Lar. Lang. fr.), margarinerie (xxe, ibid.). On notera aussi la résurgence du type de dér. désignant un lieu non lié à une activité industr. ou artis. : animalerie (mil. xxe, Lar. Lang. fr.), bagagerie (TLF « nom d'un magasin parisien de maroquinerie » mais aussi « mot désignant un local ou un réduit où l'on range les bagages »), biberonnerie (Jocart, Tour. et action État, 1966, p. 151), fauverie (1948, Lar. Lang. fr.) et, par néol. de sens, laverie (Gilb. 1971). Dans le cas de ingénierie, adaptation de l'angl. engineering, désignant une activité, on a plutôt le suff. -ie, avec modification de la voyelle finale de ingénieur.
Morphologie
A.— La base est un subst. ou un adj. à finale vocalique ou à finale [ʀ]. La jonction du suff. à la base se fait de différentes manières. 1. Insertion d'une consonne : [t] :
— la finale de la base se termine par le graphème -t :bigot[o]=>bigoterie lait[ε]=>laiterie pédant[ɑ̃]=>pédanterie
— la finale de la base comporte un autre graphème que -t ou n'en comporte pas :bijou[u]=>bijouterie ferblanc[ɑ̃]=>ferblanterie filou[u]=>filouterie tuyau[o]=>tuyauterie voyou[u]=>voyouterie[d] :
— la finale de la base se termine par -d :finaud[o]=>finauderie pudibond[ɔ̃]=>pudibonderie
— la finale comporte un autre graphème que -d ou n'en comporte pas :boyau[o]=>boyauderie butor[ɔ:ʀ]=>butorderie Dinant[ɑ̃]=>dinanderie faisan[ɑ̃]=>faisanderie[z] :
— le graphème final est -s, -x :bois[wɑ/a]=>boiserie gaulois[wa]=>gauloiserie gueux[ø]=>gueuserie niais[ε]=>niaiserie
— la voyelle finale passe de [ø] à [ɔ] :lépreux[ø]=>léproserie
— la voyelle finale ne comporte pas de graphème :Bon Dieu[ø]=>bondieuserie lama[a]=>lamaserie[b] :
— le graphème final est -b :plomb[ɔ̃]=>plomberie[ʃ] :
— le graphème final est -c :porc[ɔ:ʀ]=>porcherieRem. Le mot saloperie est, selon la règle gén., dér. sur la forme fém. de l'adj. (salope) mais l'on trouve, chez les Goncourt notamment, la var. salauderie; avocasserie (et avocassier) ont pour base avocat (graphème final -t). 2. Dénasalisation de la voyelle finale par développement de [n] : [ɑ̃] :charlatan=>charlatanerie paysan=>paysannerie ruban=>rubanerie[ε̃] :crétin=>crétinerie gamin=>gaminerie gredin=>gredinerie[ɔ̃] :bouffonn=>bouffonnerie charbon=>charbonnerie faucon=>fauconnerie3. Alternance [o]/[εl] :bateau=>batellerie couteau=>coutellerie oiseau=>oisellerie4. Effacement de la voyelle finale :affété[e]=>afféterie[tʀi]étourdi[i]=>étourderie[dəʀi]roué[e]=>rouerie[ʀuʀi]5. -erie s'ajoute directement à la voyelle :acier[je]=>aciérie fée[e]=>féerie soie[wa]=>soierie voie[wa]=>voierie6. La base est un subst. en -eur; il y a passage à -orerie [-ɔrri] :facteur[-œ:ʀ]=>factorerie[-ɔrri]sénateur[-œ:ʀ]=>sénatorerie[-ɔrri]7. -erie commutant avec -ier est en contact avec une voyelle :métayer[eje]=>métairie[-eʀi]plaidoyer[waje]=>plaidoirie[-waʀi]Rem. On notera alors, au plan graphique, que le -y- dont la fonction était de noter simultanément ai, oi d'une part et le yod de -ier d'autre part devient -i-, n'ayant plus à noter de yod dans métairie et plaidoirie. On notera également l'absence du graphème e.
B.— Élargissements du suff. 1. La base est un subst. :buffle=>buffleterie louve=>louveterie miroir=>miroiterie verre=>verroterieRem. Dans miroir, le -r final n'était pas prononcé en m. fr. 2. La base est un subst. en -ier :papier=>papeterie sorcier=>sorcellerie3. La base est un verbe du 2e groupe; le suff. a la forme -isserie :blanchi=>blanchisserie nourri=>nourricerie (ou -isserierôti=>rôtisserie
Prononciation
[-(ə)ʀi].
Étymologie et histoire
A.— Étymol. L'étymol. la plus gén. admise (Nyrop t. 3 1936; Meyer-L. t. 2 1966) est celle qui fait remonter -erie à des noms de pers. en -ier auxquels on a ajouté le suff. -ie, p. ex. dans cheval-ier/chevalerie qui désigne « l'état du chevalier » ou tuil-ier/tuilerie « lieu où travaille le tuilier ». Mais chevalerie peut également désigner « l'ensemble des chevaux dont se sert le chevalier » et tuilerie « le lieu où sont fabriquées les tuiles », de telle sorte que la base paraît être : cheval et tuile ; d'où la formation d'un nouv. suff. -erie qui va peu à peu remplacer -ie : biscuiterie, toilerie.
— Il se peut d'autre part que les formations du type : charpentier, charpenterie, à côté de charpenter et gab, gaberie, à côté de gaber, aient entraîné p. anal. des formations en -erie à partir de verbes.
— D'autres grammairiens (Moldenhauer et Gamillscheg) considèrent que les formations primitives sont post-verbales, et que l'on a accolé -ie à des verbes en -(i)er : chanter/chanterie; piper/ piperie; tricher/tricherie. Baldinger 1950, p. 43, tout en reconnaissant que les dénominaux en -erie sont plus nombreux en a. fr. que les déverbaux, ne se prononce pas sur l'orig. de ce suff.
B.— Hist. Dès le xiie s., -erie est productif et concurrence -ie; au xvie s., -erie a totalement supplanté -ie.
1. -erie formateur de dér. à valeur péj. ou affective. Dès le xiie s. on a des dér. à partir de subst. ou d'adj. : bougrerie, drôlerie, fourberie, etc.; on trouve aussi des dér. à partir de verbes : boquelerie « chicane », chaplerie « massacre », desverie « folie », goderie « plaisanterie », etc. En m. fr., ils foisonnent. Pour les dér. formés à partir de subst. ou d'adj., Lew. 1960 donne pour les xve et xvie s. : belistrerie. « Art du belistre » besterie. « Bêtise » cafarderie. Synon. de bigoterie mincerie. « Pauvreté » ruderie. « Mauvais traitements »
— Pour les dér. (formés à partir d'un verbe) apparus en m. fr., Baldinger 1950, pp. 44-45, cite : babillerie, cajolerie, caqueterie, causerie, clocherie, criaillerie, crierie, croquetterie, écorniflerie, engorgerie, ergoterie, flânerie, gaubergerie, giberie, grognerie, gronderie, japperie, jaserie, joncherie, juperie, maugreerie, minauderie, picoterie, taquinerie.
2. -erie formant des dér. exprime l'activité, l'état, le lieu.
a) Le dér. exprime l'idée de fabrication.
— La base est un subst. : carderie (< cardier). « Métier de cardeur » chaussetterie. « Fabrication des chaussettes » cousturerie. « Métier de couturier » cuvellerie. « Métier de fabricant de cuves » forceterie. « Métier du forcetier » imagerie. « Art de l'imagier »
— La base est un verbe (les ex. sont relativement rares en a. et m. fr.) : aunerie. « Mesurage à l'aune » filerie. « Action de filer » grasserie. « Action d'engraisser une bête »
b) Le dér. désigne une dignité, un état : baronerie. « Dignité de baron » capitainerie. « Charge de commandant » censorerie. « Charge de censorier » chevalerie. « Ensemble des qualités chevaleresques » minerie. « Qualité de médecin »
c) Le dér. évoque l'idée de lieu où l'on fabrique : corderie et tuilerie.
— Le dér. désigne le lieu, sans idée de production. Cf. Baldinger 1950, p. 199 : audiencerie. « Lieu où l'on appelle et juge les causes » chefferie. « Bureau du commandement » justiserie. « Tribunal » prévosterie. « Tribunal du prévôt » recluserie. « Couvent » tavernerie. « Taverne »
3. -erie formateur de collectifs (cf. ibid., pp. 193-196).
a) Le dér. désigne l'ensemble des produits fabriqués ou vendus.
— La base est un subst. : blacterie (< blactier « marchand de blé »). « Les diverses espèces de blé » cousticerie (< cousticier « faiseur de matelas »). « Tout ce qui a rapport aux matelas » frenerie. « Objets fabriqués par le frenier » lormerie. « Objets fabriqués par le lormier »
— La base est un verbe : baterie. « Engins d'artillerie » croiserie. « Ouvrage de vannerie » cueillerie. « Ce qu'on récolte » diaprerie. « Action d'orner un travail » et « travail orné »
b) Le dér. est un collectif de l'animé. Il désigne :
— des hommes : ancesserie. « Ensemble des ancêtres » bachelerie. « Jeunesse guerrière » chenillerie. « Groupement de personnes dangereuses » escuierie. « Classe des écuyers » goujaterie. « Ensemble des valets d'armée » grosserie. « Ensemble des domestiques d'une maison »
— des animaux : chenerie. « Ensemble de chiens » gelinerie. « Poulailler » porchaillerie. « Troupe de porcs » vacherie. « Troupeau de vaches » volaillerie. « Ensemble des volailles »
Bibliographie
Baldinger 1950, pp. 43-54, 189-207, 221-224, 244-246. — Becherel (D.). La Dér. des n. abstraits en fr. Thèse, Paris-Sorbonne, 1976, pp. 240-243. — Darm. 1877, p. 72; pp. 97-100. — Dub. Dér. 1962, p. 7, 14, 16; pp. 61-62; p. 95, 107. — Gall. 1955, p. 352. — Lew. 1960, p. 16; pp. 103-114, 125-127, 129-132, 176-178, 187-192, 206-208. — Lüdtke (J.). Prädikative Nominalisierungen mit Suffixen im Französischen, Katalanischen und Spanischen. Tübingen, 1978, pp. 150-151, 160-161, 191-193, 206-211. — Moldenhauer (G.). Suffixstudien. Z. fr. Spr. 1934, t. 58, pp. 296-306. — Spitzer (L.). Warum ersetz frz -erie (dtsch -erei) das alte -ie (-ei) ? Z. rom. Philol. 1931, t. 51, pp. 70-75. — Tomassone (R.), Combettes (B.). Rem. sur la formation des collectifs de n. d'arbres et de plantes. R. Ling. rom. 1970, t. 34, pp. 224-233.