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* Dans l'article "TRAVERS,, subst. masc."
TRAVERS, subst. masc.
I. − Étendue d'un corps, d'un espace, envisagée perpendiculairement à sa plus grande dimension (longueur ou hauteur), et qui constitue l'épaisseur, la largeur ou la profondeur de ce corps; distance correspondant à cette étendue. Il faudrait encastrer une bande de fer sur le travers de cette porte (Jossier1881).De temps en temps, une voix se faisait entendre d'un travers de rue à l'autre (Sand, Péché de M. Antoine, t. 1, 1845, p. 7).
Locutions
Un travers de doigt, de main. (Étendue correspondant à) la largeur d'un doigt, d'une main. L'aspect de la blessure [du roi] (...) d'environ trois travers de doigt, les rassura [les chirurgiens] pleinement (Balzac, Œuvres div., t. 1, 1830, p. 541).La partie inférieure de l'anse en U [de l'appareil d'extension] passe à un travers de main au-dessous de la plante du pied (Judet, Fractures membres, 1948, p. 16).
D'un travers à l'autre (région. (Canada)). De part en part Regarde-moi donc: j'suis mouillé quasiment d'un travers à l'autre! (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 134).
A. − [Pour désigner l'étendue, la direction, la partie transversale d'une chose, p. oppos. à sa longueur, à son étendue longitudinale]
1. Chemin permettant de couper perpendiculairement un lieu; traverse. M. Richard a pris le travers de la forêt (A. Daudet, Pte paroisse, 1895, p. 260).
2. Spécialement
a) BOUCHERIE
α) Partie musculaire située dans la région lombaire du bœuf, du mouton, entre la dernière côte et la partie antérieure du bassin. Synon. aloyau (pour le bœuf).Le travers ou l'aloyau. Cet endroit est indispensable à consulter [chez les bovins]. Son maniement permet d'apprécier l'épaisseur des plans musculaires situés au-dessus et au-dessous des apophyses transverses des vertèbres lombaires. (...) Pour les ovins, le travers est un maniement très important. Il permet d'apprécier l'état d'engraissement mais aussi le développement des muscles du rein (Boucher-charcutier, Paris, Delachaux, Niestlé, Spes, t. 1, 1980, p. 83).
β) Travers de porc. Découpe transversale effectuée dans la partie haute des côtes du porc. Synon. haut(-)de(-)côtelette.Travers de porc laqué. Dans la cuisine américaine, morceaux de travers de porc (hauts de côtes) grillés au barbecue, après avoir macéré dans un mélange de sauce soja, de ketchup, de sucre et de gingembre (CourtineGastr.1984, s.v. spare ribs).
b) MARINE
α) Travers (d'un bâtiment, d'un navire, ...). Côté, axe transversal d'un bâtiment, d'un navire. Travers babord, tribord. Le navire, qui présentait le travers à la lame, roulait beaucoup (Malot, R. Kalbris, 1869, p. 215).
β) Direction perpendiculaire au cap d'un navire, à la route qu'il suit. Le commandant fit donc tenir le travers, afin de mettre garnison à bord du brick pour pouvoir continuer de donner la chasse à la goëlette (Sue, Atar-Gull, 1831, p. 27).
γ) Direction perpendiculaire au sens du courant. Prendre le travers du courant. Ses mâts craquant sous la folie de la toile ivre de brise, elle [la barque] fila dans le travers des lames (Hamp, Marée, 1908, p. 34).
c) RELIURE. Filet doré gravé horizontalement sur le dos d'un livre relié. (Dict. xixeet xxes.).
d) SPORTS
α) AUTOMOB. Fait, pour une voiture, de déraper, de se mettre en travers de la route. Abordant ce virage de plus en plus vite, il finit par un splendide travers (L'Équipe, 26 sept. 1970ds Petiot 1982).
β) ÉQUIT. Faire un travers. Synon. de appuyer* tête au mur. (Ds Petiot 1982).
γ) TENNIS. Chacune des cordes transversales d'une raquette. Des cordes de boyaux de mouton sont tendues sur le cadre [de la raquette], les unes verticales (montants), les autres horizontales (travers) qui passent alternativement sur et sous les montants (Petiot1982, s.v. raquette).
e) TECHNOLOGIE
α) BÂT. ,,Bande de marbre qui supporte la tablette d'un chambranle de cheminée et qui elle-même est supportée par les deux montants`` (Jossier 1881; dict. xixeet xxes.).
β) MÉTALLURGIE
Vieilli. Crevasse transversale constituant un défaut dans l'acier, le fer. (Dict. xixes.).
,,Amélioration de la résistance d'un acier laminé dans le sens de l'allongement, au détriment de la résistance transversale`` (Peyroux Techn. Métiers 1985).
B. −
1. Vieilli. Irrégularité, déviation, tracé défectueux d'un bâtiment, d'une construction, d'un lieu. Il y a bien du travers dans ce bâtiment (Ac. 1798-1878).
2. Au fig. Léger défaut d'une personne, se manifestant dans son comportement. Travers d'esprit; donner, tomber dans un/des travers; plaisanter des petits travers de qqn. Un pastiche de ce journal dans une revue. C'est drôle sans méchanceté et cela m'a fait rire. J'ai reconnu beaucoup de mes travers et de mes tics, mais l'auteur ne me connaît pas bien (Green, Journal, 1955, p. 136):
1. ... la règle que je me suis faite de varier mes petites compositions, et de faire succéder, autant que je puis, une esquisse légère de nos goûts, de nos plaisirs, de nos travers ou de nos ridicules, à la peinture plus sérieuse de nos vertus, de nos malheurs ou de nos vices... Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 297.
II. − À travers, loc. prép. et adv.
A. − Loc. prép. En parcourant, en franchissant, en pénétrant quelque chose.
1. [Le compl. prép. est d'ordre spatial]
a) [L'idée dominante est celle de la pénétration d'un corps de part en part] Piquer une aiguille à travers une étoffe. J'ai reçu un coup d'épée dans la poitrine et un coup de dague à travers le bras (Dumas père, Reine Margot, 1847, ii, 4, p. 67).
b) [L'idée dominante est celle d'un mouvement, d'un déplacement, d'un parcours transversal d'un bout à l'autre d'un endroit, d'un milieu, d'une surface] Aller, marcher... à travers une chambre, une pièce, des couloirs, un jardin, un parc, des allées, des rues, la forêt, les champs, les bois, les prés, la campagne, la ville; voyager à travers la France, l'Europe, le monde; voler à travers les airs. On pouvait, ainsi que Platon l'indique assez positivement, chercher le beau à travers le monde, par le moyen du monde, dans le monde; l'extraire du monde, et le renvoyer au monde (P. Leroux, Humanité, 1840, p. 78).Bernard dormait longtemps; le soir, il allait rôder à travers Paris (Nizan, Conspir., 1938, p. 162).
α) [Dans un cont. métaph.] L'annonce officieuse de son prochain mariage faisait déjà courir à travers les salons bien pensants un petit rire (Bernanos, Joie, 1929, p. 629).
β) [Dans des expr. souvent figées, avec ell. de l'art. déf.] À travers bois. Esquinté par treize jours de marche à travers monts et combes, presque mort de soif, il était arrivé sac au dos aux pierrières de la Grésigne (Cladel, Ompdrailles, 1879, p. 123).Ces marches de nuit, ces longs détours à travers champs et prés pour éviter le moindre village (Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 225).
c) [L'idée dominante est celle d'un obstacle à franchir] Se faufiler à travers la foule. Les défenseurs des barricades, à l'approche du cortège, écartaient pavés, tonneaux, voitures, pour ouvrir, à travers les obstacles, un passage au blessé (A. France, Pt Pierre, 1918, p. 186).Pour atteindre le boulevard Montparnasse, j'ai dû me frayer un chemin à travers les couples dansants (Mauriac, Nœud vip., 1932, p. 202).
[Dans un cont. métaph.] Cette méfiance lui permettrait de tirer toujours son épingle du jeu, de glisser, insaisissable, à travers les plus dangereuses aventures (Proust, Sodome, 1922, p. 1034).
α) [Le compl. désigne un corps, un objet, un ensemble de choses présentant des interstices, des espaces vides] Synon. entre.Regarder à travers ses cils, à travers les fentes du volet. Mon homme achète deux perdrix, qu'il met dans sa carnassière, et dont il a grand soin de faire sortir les pattes à travers les mailles du filet (Jouy, Hermite , t. 4, 1813, p. 186).Les enfants vinrent pépier autour de sa cage (...) lui passant à travers les barreaux de petits morceaux de biscuit et de gâteau (Pergaud, De Goupil, 1910, p. 217).
Loc. fig. Passer à travers les mailles (du filet). V. maille1.
β) [Le compl. désigne un corps, un objet, une matière constituant un écran, un obstacle à la vue, à l'ouïe, au toucher] Écouter à travers la cloison, la porte; regarder à travers la vitre, les rideaux. [Le perroquet] tâchait toujours de le pincer [le garçon boucher] à travers sa chemise (Flaub., Cœur simple, 1877, p. 53).Il se rappelait parfois qu'il avait, bien des années auparavant, essayé un jour de lire à travers l'enveloppe une lettre adressée par Odette à Forcheville (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 523).
[Dans un cont. métaph.] Je refermai ce livre dont les caractères m'apparaissaient vides de sens à travers le voile de mes doutes (Dumas fils, Dame Cam., 1848, p. 233).
γ) [Le compl. désigne une réalité non tangible perçue comme un obstacle à franchir] Marcher à travers le brouillard, l'obscurité, les ténèbres. Nous étions à cet instant deux chasseurs lancés à travers la nuit (Gracq, Syrtes, 1951, p. 62).
Loc. fig. Lire à travers les lignes. Découvrir un sens caché à un texte, p. ext. à une réalité quelconque. Synon. lire entre les lignes (v. lire1I B 3).À travers les lignes du même texte, que déchiffrait Van Gogh, Cézanne lit la sûreté de construction du travail plutonique. « Pour bien peindre un paysage, je dois découvrir d'abord les assises géologiques » (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p. 93).
2. P. anal. [Le compl. prép. est d'ordre temporel] D'un bout à l'autre d'une certaine période, d'un certain laps de temps. Remonter, voyager à travers l'histoire, les siècles, le temps. Ces saintes douairières (...) mortellement haineuses, n'avaient jamais voulu parler la langue des conquérants, passées, sans contact, à travers plusieurs générations, ces bonnes vieilles hablaient toujours la divine langue castillane (Borel, Champavert, 1833, p. 105).Les mythes sont la manifestation de la spiritualité à travers les âges (Durry, Nerval, 1956, p. 80).
3. Au fig.
a) En dépit de, malgré (une difficulté, un obstacle). Ce n'est (...) pas assez de la décréter [l'action voulue] ni même de la produire; il en faut étudier la production à travers les obstacles ou les résistances (Blondel, Action, 1893, p. 144).Le travail de modelage intérieur auquel depuis vingt ans, à travers tant d'alternatives, d'échecs et de partielles réussites, je me reprends sans cesse (Du Bos, Journal, 1927, p. 239).
b) Par le biais, l'intermédiaire de quelqu'un, quelque chose; en se référant à quelqu'un, quelque chose. Ce soir visité l'horrible énormité de Saint-Pierre. Je vois Rome à travers Stendhal, malgré moi (Gide, Journal, 1895, p. 65):
2. ... à travers les citations, les énumérations précises, les faits qui ne tiennent qu'une place relative, il lui faut [à l'historien] conserver cette chaleur qui anime le récit et en fait autre chose qu'un extrait de gazette. Delacroix, Journal, 1850, p. 393.
B. − Loc. adv. D'un bout à l'autre; de part en part. Une espèce de cabane dans le genre des constructions que les enfants exécutent avec des feuilles de carton, des murs de crépi et un toit rouge, rien de plus insolemment ouvert et banal, on voit à travers (Claudel, Convers. Loir-et-Cher, 1935, p. 77).
À tort et à travers. V. tort A 3 d.Passer à travers (fam.). V. passer11reSection I B 1 a.
III. − Au travers (de), loc. prép. et adv.
A. − Loc. prép. En franchissant, en pénétrant quelque chose.
1. [Le compl. prép. est d'ordre spatial]
a) [L'idée dominante est celle de la pénétration d'un corps de part en part] Un pêcher n'est pas mieux défendu qui pousse au travers d'un figuier de Barbarie (Claudel, Soulier, 1944, 1repart., 1rejournée, 2, p. 948).
b) [L'idée dominante est celle du franchissement, d'un bout à l'autre, d'un endroit, d'un milieu, dans lesquels existent généralement des obstacles] Aller, marcher au travers des fourrés, des ronces; passer au travers des balles, des lignes ennemies. Ce fleuve coulait lentement au travers d'une majestueuse forêt (Sue, Atar-Gull, 1831, p. 4).Chouteau devait avoir entendu les paroles de Maurice, son plan de fuite au travers d'un taillis (Zola, Débâcle, 1892, p. 472).
α) [Dans un cont. métaph.] Et ma vie solitaire, rêveuse, poétique, marchait au travers de ce monde de réalités, de catastrophes, de tumultes, de bruit (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 3).
β) [Le compl. désigne un corps, un objet constituant un écran, un obstacle à la vue, à l'ouïe, au toucher] Écouter au travers d'un mur. Je le trouvai considérant avec la plus grande attention au travers d'une fiole remplie d'un liquide bleuâtre (Toepffer, Nouv. genev., 1839, p. 145).Elle n'entendait plus que ces coups précipités du tambour au travers d'un épais coussinet (Boylesve, Leçon d'amour, 1902, p. 221).
γ) [Le compl. désigne une réalité non tangible, perçue comme un obstacle à franchir] Je conduirai les Natchez, et les mènerai, au travers des ombres, à l'escalade du fort (Chateaubr., Natchez, 1826, p. 486).
2. P. anal. [Le compl. prép. est d'ordre temporel] D'un bout à l'autre (d'une certaine période). Les chefs d'œuvre immortels s'avancent en silence au travers des siècles à venir (Stendhal, Hist. peint. Ital., t. 2, 1817, p. 235).
3. Au fig.
a) En dépit de, malgré (une difficulté, un obstacle). Il venait pourtant de sauver encore Maurice, puisque c'était lui qui l'avait rapporté là, au travers de tant de dangers (Zola, Débâcle, 1897, p. 619).
b) Par le biais, l'intermédiaire de quelqu'un, quelque chose. La musique concrète va se manifester au travers d'une série de transformations brutales dont le seul parallèle possible se trouve dans la peinture, et ce depuis l'impressionnisme (Schaeffer, Rech. mus. concr., 1952, p. 192).
B. − Au travers, loc. adv. En parcourant, en pénétrant (un corps, un objet, une matière) de part en part. Je trouve une porte (...) je pousse de toutes mes forces, et vlan! je passe au travers (Dumas père, L. Bernard, 1843, iii, 8, p. 251).La Révolution s'en est prise aux lieux célèbres: les souvenirs du passé sont obligés de pousser au travers et de reverdir sur des ossements (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 68).
Loc. fig.
Aller tout au travers. Progresser tant bien que mal. Quant au style [de Benjamin Constant dans ses premières lettres], il est ce qu'il peut, il n'est pas formé encore, mais l'esprit va son train tout au travers (Sainte-Beuve, Portr. littér., t. 3, 1844, p. 191).
Passer au travers (fam.). V. passer11reSection I B 1 a.
En partic. Manquer une affaire, une rémunération; ne pas avoir sa part dans une distribution. (Ds Esnault, Notes compl. Poilu, [1919] 1956 et Carabelli, [Lang. fam.], s.d.).
IV. − De travers (à), loc. prép., adj. et adv.
A. − Loc. prép., MAR. (Naviguer) de travers à la lame, au vent. Naviguer perpendiculairement à la direction de la lame, du vent. (Ds Merrien 1958).
B. − Loc. adj. [Le subst. désigne une partie du visage] Dévié, tordu. Avoir la bouche de travers. Ses yeux luisaient de reconnaissance; son nez de travers semblait tout attendri (Benjamin, Gaspard, 1915, p. 86).Le vieux rigolait de son œil de travers, sous un sourcil tellement touffu qu'il semblait postiche (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 521).
C. − Loc. adv.
1. (Qui est placé, situé) dans une position déviée, oblique par rapport à la normale, d'une manière non conforme à ce qui est attendu; qui n'est pas d'aplomb, d'équerre. Synon. de biais, de côté, de guingois, de traviole (pop.).Aller, marcher de travers; poser du papier peint de travers. Tous les buveurs du dimanche, portant de travers leur feutre large, étaient attablés devant les portes (Loti, Mon frère Yves, 1883p. 54):
3. ... deux gamins s'accroupissent sur une planche supportée par quatre roues hautes de trois doigts; les camarades poussent, appuyés à la planche et au chargement; avec un formidable vacarme de cris et de roulement, le traîneau, mené de travers, heurte les boutiques ou verse sur la chaussée. Frapié, Maternelle, 1904, p. 66.
a) [Précédé de l'adv. tout renforçant la loc.] Fô, que l'or noir des tisanes Enivre, ou bien ses vers, Chante, et s'en va tout de travers Entre deux courtisanes (Toulet, Contrerimes, 1920, p. 16).
b) Loc. fam.
Avaler de travers. Laisser pénétrer involontairement, sous l'effet de la surprise ou de la contrariété, une petite quantité de boisson ou de nourriture dans sa trachée. Julie devint écarlate. Elle avala de travers son morceau de brioche (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p. 164).
(Avoir toujours un) pet* de travers.
Mettre/avoir mis son bonnet* de travers.
2. Au fig.
a) [Accompagnant des verbes ou des loc. verb. indiquant une opération de l'esprit] D'une manière inexacte, contraire au bon sens. Comprendre, interpréter, raisonner, répondre de travers. Très intelligent, d'un esprit éveillé, il devinait plus qu'il ne comprenait; il devinait souvent de travers; il était le premier à rire de ses bévues (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1499).
[Précédé de l'adv. tout renforçant la loc.] Dans cet énivrement de joie, il prit son violon, et en joua tout de travers (Sand, Consuelo, t. 2, 1842-43, p. 315).Je m'y prenais tout de travers, laissant voir ma partialité, accumulant les exagérations et les invraisemblances (A. France, Vie fleur, 1922, p. 318).
b) [Accompagnant des verbes indiquant le déroulement d'une action] Aller, marcher... de travers. Ne pas se passer comme il convient, comme on l'espère. Depuis que ce mirliflor a mis le pied dans ma maison, tout y va de travers (Balzac, E. Grandet, 1834, p. 116).Mon père et ses amis parlaient inlassablement de politique et je savais que tout allait de travers (Beauvoir, Mém. j. fille, 1958, p. 227).
c) [Accompagnant des verbes ou des loc. verb. traduisant un comportement, un propos, un regard] En manifestant de l'animosité, de l'hostilité. Jeter, lancer un mot, une parole, un regard de travers. S'il m'avait seulement répondu de travers, je l'aurais fichu dehors, il n'y a pas de curé qui tienne! (Bernanos, Crime, 1935, p. 817):
4. Kléber se mit à rire dans l'épaule de Menou, au point de lui faire verser son verre sur un vieil aga, et Bonaparte les regarda tous deux de travers, en fronçant le sourcil. (...) il avait raison (...) en présence d'un général en chef, un général de division ne doit pas se tenir indécemment, fût-ce un gaillard comme Kléber... Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p. 150.
Prendre (qqc.) de travers. Se fâcher, se vexer pour des actes, des propos généralement mal interprétés. Il employa son esprit à laisser entrevoir son trouble sans être ridicule. Si elle prend la chose de travers, se disait-il, je me perds à jamais (Stendhal, Chartreuse, 1839, p. 96).
V. − En travers (de), loc. prép. et adv.
A. − [L'idée dominante est celle d'une direction, d'une position d'un corps, d'un objet transversale par rapport à la normale ou par rapport à un autre corps ou objet pris comme référence] Le cadavre du comte se trouvait dans la ruelle du lit, presque en travers, le nez tourné vers les matelas (Balzac, Gobseck, 1830, p. 434).Il avait mis sa carabine en travers de ses genoux, il s'est assis (Ramuz, Gde peur mont., 1926, p. 214).
En long, en large et en travers. Dans tous les sens; au fig., fam., sous tous les aspects. Parcourir des souterrains en long, en large et en travers. Il expliqua en long, en large et en travers les circonstances dans lesquelles il avait pris la stoppeuse à son bord (J. Vautrin, Billy-Ze-Kick, Paris, Mazarine, 1980 [1974], p. 137).
MAR. (Être, se mettre, tomber...) en travers ou en travers à/de (la houle, la lame, le vent). À cause de ce danger de tomber en travers à la lame, on n'aurait pas pu s'arrêter (Loti, Mon frère Yves, 1883, p. 134).Pendant la nuit nous constatâmes la présence d'un courant violent qui malgré la forme du vent maintenait notre bâtiment en travers (Carcot, Rapp. prélim. camp. « Pourquoi-Pas? », 1934, p. 9).
Mettre en travers. Synon. de mettre en panne (v. panne3I A). (Dict. xixeet xxes.).
B. − [L'idée dominante est celle d'un corps, d'un objet dont la position constitue une gêne, un obstacle] Laisser une voiture en travers de la chaussée. Je mets ma lance en travers, de façon à barrer la rue, si bien que, de prime abord, les camarades furent arrêtés (Mérimée, Carmen, 1845, p. 36).La souche noire (...) restait là, dans mes yeux, comme un morceau trop gros reste en travers d'un gosier (Sartre, Nausée, 1938, p. 168).
1. [Dans un cont. métaph.] Cela lui reste en travers du gosier. Pour lui, jamais rien ne représenterait plus tragiquement le passé que la dépouille de cet être omnipotent qu'il avait toujours trouvé en travers de sa route (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p. 1306):
5. L'idée de démolition nous préoccupe et nous aveugle. Le christianisme, par exemple, n'est plus aujourd'hui qu'un barrage, une pyramide en travers du chemin, une montagne de pierres qui entrave les constructions nouvelles. A-t-on mal fait pour cela de bâtir la pyramide? Renan, Avenir sc., 1890, p. 383.
2. Au fig. [L'idée dominante est celle d'une action menée pour contrecarrer qqc., pour faire opposition à l'exécution de qqc.] Tout allait comme sur des roulettes [pour le canal de Gibraltar], quand les Anglais sont venus se mettre en travers (Augier, Contagion, 1866, p. 371).Le père se dressait en travers de l'avenir. Une même idée les effleura: « Comme tout s'arrangerait, si subitement... » (Martin du G., Thib., Cah. gris, 1922, p. 716).
VI. − Par le travers (de), loc. prép. et adv.
A. − Loc. prép. Dans une direction perpendiculaire à quelque chose. Synon. en travers (de).Le vaisseau se trouvait par le travers de l'île de Corse (Stendhal, Armance, 1827, p. 301).Tous ceux qui ont descendu la vallée du Rhône ont remarqué, aux approches de Valence, une montagne de forme conique (...) Isolée, presque insolente, elle se campe par le travers de la vallée (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr., 1908, p. 268).
Au fig. Par le biais, l'intermédiaire de quelque chose. Synon. à travers, au travers (de).Univers inconnaissable par les moyens actuels de la science, nous l'atteignons par le travers des mots, par cette méthode de connaissance qui s'appelle la poésie, et nous gagnons ainsi des années et des années sur le temps ennemi des hommes (Aragon, Crève-cœur, 1941, p. 75).
B. − Loc. adv., MAR. Perpendiculairement à l'axe longitudinal d'un navire. Voilà le grain qui nous prend par le travers, il s'agit de tenir la barre (Mérimée, Jaquerie, 1828, p. 382).Le navire s'incline malgré l'abri des hautes terres situées devant nous, recevant la brise par le travers (Bellot, Voy. mers polaires, 1863, p. 132).
REM.
Travers-banc, subst. masc.,mines. Galerie horizontale au rocher, creusée pour recouper perpendiculairement les veines de charbon. Pour reconnaître le gisement à un niveau inférieur au point le plus bas de l'affleurement, on sera obligé de percer une galerie (...) dite travers-banc (Haton de La Goupillière, Exploitation mines, 1905, p. 34).
Prononc. et Orth.: [tʀavε ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. En travers a) ca 1100 en traver « par un chemin de traverse » (Roland, éd. J. Bédier, 3239); b) 1160-74 en travers « de part en part » (Wace, Rou, éd.A. J. Holden, III, 8273); 1885 fig. ça me reste en travers (Zola, Germinal, p. 1231); c) 1691 mar. « se dit de la position d'un bâtiment dont la direction de la quille est perpendiculaire à la direction du vent ou du courant » (Ozanam, p. 278); 1771 mar. mettre en travers (Bougainville, Voy., II, p. 315 ds Littré); 1876 s'échouer en travers (Lar. 19e); d) 1829 en travers de « de manière à contrecarrer quelque chose » (Dumas père, Henri III, I, p. 1); 1834 fig. se mettre en travers de (Balzac, Œuvres div., t. 2, p. 669); 1861 en travers du chemin (de qqn) (Augier, Effrontés, pp. 373-374); e) 1847 « dans une position transversale par rapport à l'axe de l'objet considéré » (Mérimée, A. Guillot, p. 90); 2. à travers a) 1160-74 a travers (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, 1531); b) id. travers les chans (Id., ibid., III, 4467); 1606 à travers les champs (Nicot); 1640 à travers champs « sans suivre de chemin particulier » (Oudin, Curiositez); c) 1573 ils gravirent à travers les roches (Garnier, Hippolyte, éd. W. Foerster, sujet 30, II, p. 6); 1734 envisager à travers qqc. « conformément à » (Massillon, Or. fun. Villars ds Littré); 1861 à travers les âges (Baudelaire, L'Art romantique, éd. de Le Dantec, p. 493); 3. de travers a) ca 1155 « en travers de » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 5310); ca 1200 « d'une extrémité à l'autre dans le sens de la largeur » (Godefroy de Bouillon, 245 ds T.-L.); 1588 « dans le mauvais sens, pas en place » (Montaigne, Essais, I, 25, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 139); 1850 avaler de travers (Labiche, Fille bien gardée, 2, p. 275); b) ca 1155 prendre de travers « entendre de travers » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 1746); 1585 prendre tout de travers « dans un mauvais sens » (N. Du Fail, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, II, p. 254); 1611 paroles de travers « de raillerie » (Cotgr.); 1666 prendre (les choses) de travers « s'en fâcher » (Molière, Misanthrope, IV, 1); c) ca 1280 regarder qqn de travers « de côté, de biais » (Girart d'Amiens, Escanor, 22887 ds T.-L.); cf. 1160 regarder qqn en travers (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 1791); d) ca 1440 repondre de travers « d'une manière contraire au bon sens » (Nat. de J. C., Mystère inédit du XVe, éd. A. Jubinal, II, p. 72); 1577 aller de travers « ne pas se dérouler dans un sens favorable » (R. Belleau, Reconnue, II, 4 ds Œuvres, éd. Ch. Marty-Laveaux, II, p. 387); 1679 aller tout de travers « d'une manière qui n'est pas conforme à ce qui est ou devrait être » (Mmede Sévigné, Corresp., 8 nov., éd. R. Duchêne, t. 2, p. 729); e) 1671 avoir l'esprit de travers « être peu intelligent » (La Rochefoucauld, Maximes, 318 ds Littré); 4. au travers de ca 1210 « d'une extrémité à l'autre dans le sens de la largeur » (Folque de Candie, éd. O. Schultz-Gora, 10477); 1561 « au milieu de, parmi » (J. Grevin, L'Olympe, éd. L. Pinvert, p. 281); 1667 « par l'intermédiaire de quelque chose » (Racine, Britannicus, II, 2); 5. au travers ca 1225 « d'une extrémité à l'autre dans le sens de la profondeur » (Renclus de Molliens, Miserere, éd. A. G. Van Hamel, XCVI, 5); ca 1280 « de côté » (Girard d'Amiens, Escanor, 9085); ca 1393 « à travers » (Ménagier, éd. G. E. Brereton et J. M. Ferrier, 223, 5); 6. a tort et a travers a) ca 1200 venir de tort en travers « venir se mettre en travers (du chemin de quelqu'un) » (Escoufle, 6228 ds T.-L.); ca 1316 a tort et a travers (Geffroy de Paris, Chron. métrique, éd. A. Diverrès, 2763); b) 1511 parler à tort, à travers « sans réfléchir », « à mauvais escient » (P. Gringore, Le jeu du prince des sotz et mere sotte, éd. A. de Montaiglon et C. d'Héricault, I, p. 223). B. Subst. masc. 1. a) ca 1210 « chemin de traverse » (Folque de Candie, éd. O. Schultz-Gora, 8534); 1389-92 « étendue transversale d'un corps d'une extrémité à l'autre » (Compt. de Nevers, CCL, fo35 ro, A. Nevers ds Gdf. Compl.); 1585 travers de doigt (Paré, Œuvres, XVI, 27, éd. J.-Fr. Malgaigne, t. 2, p. 575); b) 1563 « distance représentée par la largeur ou l'épaisseur de quelque chose » (B. Palissy, Recepte, p. 83); c) 1680 « filet doré placé sur le dos d'un livre relié », « corde transversale d'une raquette » (Rich.); d) 1704 mar. par le travers « parallèlement au flanc d'un navire » (25 août, Dossier du Comte de Toulouse, Arch. de la mar. ds Jal 1848); 1952 vent de travers (Gruss); e) 1878 bouch. (Lar. 19e Suppl.); f) 1970 automob. « mise en travers d'une voiture » (L'Équipe, 26 sept. ds Petiot 1982); 2. a) 1637 « défaut, imperfection d'une personne » (Corneille, Lettre apolog. ds Littré); 1828-29 donner dans le travers « tomber dans l'inconduite » (Vidocq, Mém., t. 3, p. 411); 1906 donner dans ce travers (Gide, Journal, p. 211); b) 1694 « défaut de ce qui n'a pas une ligne normale, de ce qui est dévié » (Ac.); 1803 « défaut de l'acier dans le canon d'un fusil » (Boiste). Du lat. traversus, var. de transversus « oblique, transversal »; fig. « contrariant »; part. passé adj. de transvertere « tourner vers, à travers », « transformer », « détourner ». Fréq. abs. littér.: 15 264. Fréq. rel. littér.: xxes.: a) 16 300, b) 22 378; xxes.: a) 22 313, b) 25 598. Bbg. Darm. 1877, p. 22. − Quem. DDL t. 8, 10, 21. − Reiner Doublets 1982, p. 105.