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SOUCI1, subst. masc.
A. − État d'esprit plus ou moins douloureux, permanent ou répété, de quelqu'un qui s'inquiète à propos d'une personne ou d'une chose à laquelle il accorde de l'importance. Synon. inquiétude, préoccupation, tourment, tracas.Grand, petit souci; souci constant, dominant; épargner un, des souci(s) à qqn; oublier ses soucis. C'est un état assez heureux que celui qu'on goûte en voyageant à son aise: on est débarrassé des soucis, des soins et des devoirs ordinaires de la vie (Maine de Biran,Journal, 1816, p. 132).[Lucien] se rua, selon l'expression de La Fontaine, en cuisine, et noya ses soucis dans le vin (Balzac,Illus. perdues, 1839, p. 489).J'ai un souci moi... Un souci métaphysique! Permanent! Irrécusable! Oui! Et qui ne me laisse pas tranquille! Jamais! Même comme ça quand j'en ai pas l'air! Quand je te cause de choses et d'autres! Je suis tracassé! (Céline,Mort à crédit, 1936, p. 437).
SYNT. Souci exclusif, dévorant, grave, lancinant, majeur, moral, permanent, personnel, rongeur, vital; cruel, grave, gros souci; noirs soucis; éviter un, des souci(s) à qqn; donner du, des souci(s); être débarrassé d'un souci.
1. Au sing.
a) [L'accent est mis sur la perte de la tranquillité d'esprit]
Avoir du souci. S'inquiéter. On a quelquefois bien du souci avec les enfants. Quand ils grandissent. Elle l'avait bien dit à Joseph. Ça finirait mal (Péguy,Myst. charité, 1910, p. 107).
Se faire du souci, bien du souci, tant de souci (à cause de, à propos de, pour, au sujet de qqn, qqc.). S'inquiéter. Synon. pop., fam. se faire de la bile*, du mouron*, du mauvais sang*.Pourquoi me dévisagez-vous? Vous n'allez pas vous faire du souci? Ce serait trop bête! (Mauriac,Mal Aimés, 1945, ii, 8, p. 209).
Tenir (qqn) en souci (vx). Inquiéter (quelqu'un). Ton brusque départ me tenait en souci; Mais j'ai bien deviné que tu serais ici (Ponsard,Honn. et argent, 1853, iii, 6, p. 80).
Être en souci (de) (vieilli). Être inquiet, préoccupé. Être en souci de la santé de qqn. Quand il était trop en souci d'un malade, il descendait au jardin et donnait une façon à quelque carreau de légumes (Pourrat,Gaspard, 1931, p. 109).
Loc. adj. ou adv. Sans souci. Sans inquiétude. Synon. insouciant.Être, vivre sans souci; enfants sans souci. J'étais, dans ma jeunesse, d'un caractère gai, folâtre, sans souci, sans réflexion (Restif de La Bret.,M. Nicolas, 1796, p. 66).
Locution proverbiale, iron. et fam., vx. Vous vivrez peu, vous prenez trop de souci. Mêlez-vous de ce qui vous regarde. (Dict. xixeet xxes.).
b) [L'accent est mis sur le sentiment douloureux d'inquiétude et d'angoisse] Synon. chagrin.Donner du souci; endurer du souci. La jeune fille ainsi Se laisse choir aux pieds de Charlemagne, Le cœur brisé par un si grand souci (Banville,Exilés, 1874, p. 110).Je crains bien que cette espèce de pressentiment noir dont je suis obsédée pendant mon service ne se rapporte à l'enseignement même. (...) Le souci naît, le soir, avec la fatigue, avec la diminution du vacarme scolaire (Frapié,Maternelle, 1904, p. 100).
2. P. méton.
a) [Avec l'art. indéf. ou au plur.] Cause, motif d'inquiétude. Synon. ennui; (fam.) embêtement, empoisonnement, emmerdement (vulg.).Souci domestique; soucis familiaux, ordinaires, professionnels, quotidiens; soucis du jour, du ménage, du moment; front lourd de soucis; avoir des soucis, n'avoir aucun souci; enlever (un gros) souci à qqn. Il s'y était plongé [dans le travail], englouti, et tout le reste en apparaissait plus lointain. Un souci chasse l'autre (Van der Meersch,Invas. 14, 1935, p. 479).Louise: (...) J'imaginais vos soucis, votre tourment... Clérambard: − Quels soucis? Quel tourment? Louise: − Hélas! Ils ne vous manquent pas. La maison, le travail, les créanciers, une situation qui va s'aggravant... (Aymé,Cléramb., 1950, ii, 3, p. 80).
Souci matériel ou souci d'argent. Elle avait d'autres ennuis, des soucis matériels qui la préoccupaient davantage. Jean continuait à n'être pas raisonnable, il la harcelait toujours de demandes d'argent (Zola,Bonh. dames, 1883, p. 538).Mère chargée de quatre enfants et de soucis d'argent (Colette,Mais. Cl., 1922, p. 195).
b) Personne, chose qui préoccupe, inquiète. Son fils est son principal souci. La nuit, si par malheur on a du souci, il vous saute dessus, se carre sur vos épaules; tant va la route (...). Moi, mon souci, c'était la Douloire (Giono,Baumugnes, 1929, p. 195).Il était le souci, la crainte, la gêne de ses professeurs. Son regard immobile glaçait la réprimande sur leurs lèvres (Green,Autre sommeil, 1931, p. 13).
B. − Gén. au sing. État d'esprit de la personne qui s'intéresse particulièrement à quelqu'un, quelque chose, s'adonne à une activité, veut parvenir à un but. Synon. préoccupation.Un bon maître a ce souci constant: enseigner à se passer de lui (Gide,Journal, 1922, p. 732):
− Et j'apprécie infiniment, (...) le souci du baron Schoudler de veiller à la conservation d'un patrimoine légitime de ses petits-enfants (...). Et je suis persuadé que le même souci anime la famille Leroy, en ce qui la concerne. Druon,Gdes fam., t. 2, 1948, p. 199.
1. [Déterminé par un adj. ou un compl.]
Souci(s) + adj.[L'adj. exprime la nature de l'intérêt, de l'attention] Souci esthétique, moral, pédagogique. Il sentait déjà si lointains ses soucis humanitaires, sa sollicitude pour les ouvriers, les humbles! (Van der Meersch,Invas. 14, 1935, p. 469).Tout ce qui le peut est présenté [au marché] en guirlandes, en régimes nattés, en bouquets, avec ce souci décoratif propre aux races du Midi européen (T'Serstevens,Itinér. esp., 1933, p. 135).
Souci de
Souci de qqc.[Le compl. désigne l'objet de l'intérêt, de l'attention] Souci des affaires, de l'avenir, du bien public, du bonheur, du confort, de l'élégance, de la forme et du fond, de la perfection, de la propreté, de la vérité; un souci d'équité, d'objectivité, d'ordre. Le souci de la clarté et de la netteté est un souci moral (Blondel,Action, 1893, p. 238).Les amoureuses pleines du souci de leur gloire que seront Chimène et Émilie (Brasillach,Corneille, 1938, p. 85).
Souci de + inf.Souci d'éviter (qqc.), d'instruire, d'obtenir, de plaire; souci d'être clair, vrai. L'homme s'ingénie et le souci constant de rendre son existence meilleure le conduit à créer les sciences (Gaultier,Bovarysme, 1902, p. 180).Mmede Guermantes montrait dans ses robes le même souci de suivre la mode que si, se croyant devenue une femme comme les autres, elle avait aspiré à cette élégance de la toilette dans laquelle des femmes quelconques pouvaient l'égaler, la surpasser peut-être (Proust,Guermantes 2, 1921, p. 29).
2. Loc. et expr.
Le dernier souci, le cadet, le dernier de mes (tes, ses) soucis. Ce qui passe après le reste. Le dernier de mes soucis est de savoir ce qu'ils ont pu penser! (Verne,Île myst., 1874, p. 130).Morel (...) n'avait pas songé à ce que deviendrait le baron, lequel était le cadet de ses soucis (Proust,Sodome, 1922, p. 1008).Petits possédants dont le dernier souci est certainement d'encourager les grèves (Camus,Homme rév., 1951, p. 263).C'est (là) le cadet, le dernier, le moindre de mes soucis. Cela ne m'intéresse pas du tout. J'entrevois bouger en tous sens mille poissons pour lesquels il me semble toujours que je n'aurai jamais assez de temps pour m'en occuper. Que d'autres poissons viennent du dehors les rejoindre [dans ma vie intérieure], c'est le cadet de mes soucis (Du Bos,Journal, 1923, p. 374).
Avoir souci de, n'avoir guère / jamais souci de (qqn, qqc.). (Ne... pas) s'occuper de (quelqu'un, quelque chose). Synon. (ne pas) se soucier de.Ce ne devrait pas être de la part d'un homme un tour de force impossible, bien que d'ordinaire les hommes n'en aient aucunement souci (Romains,Hommes bonne vol., 1939, p. 87).
N'avoir d'autre souci que + subst. Ne s'occuper que de. Le gouvernement ne saurait avoir d'autre souci que la vérité, ni d'autre intérêt que la justice impartiale pour tous (Clemenceau,Iniquité, 1899, p. 13).
Avoir (grand) souci que + subj. (littér.). Attacher beaucoup d'importance à ce que. J'ai eu parfois grand souci qu'on m'admirât, ou du moins qu'on m'aimât (Bernanos,Joie, 1929, p. 555).
N'avoir (ni) souci ni cure de + subst. (vieilli). Ne pas s'inquiéter de quelque chose. Suis-je d'un sang si vil, de race tant obscure, Roi, que du châtiment il n'ait souci ni cure? (Leconte de Lisle,Poèmes barb., 1878, p. 292).
Avoir d'autres soucis en tête. S'occuper d'autre chose. Marius au fond, tu as bien raison, et j'ai bien tort de m'en mêler. J'ai d'autres soucis en tête, heureusement (Pagnol,Marius, 1931, i, 11, p. 89).
Vieilli
Prendre souci de (qqn, qqc.). S'occuper de (quelqu'un, quelque chose). L'emmanchure de ses blouses déchirée jusqu'aux hanches, car la femme de ménage n'en prenait guère de souci (Flaub.,MmeBovary, t. 2, 1857, p. 201).Vous seriez une grande dupe, Monsieur, me répondit ma gouvernante, si vous preniez souci de cette créature (France,Bonnard, 1881, p. 283).Prendre souci et soin de (qqn, qqc.). Il en prit souci et soin [de Jean] comme de quelque chose de très fragile et de très recommandé (Hugo,N.-D. Paris, 1832, p. 174).
Tenir à souci de + inf. Se préoccuper de. Il tenait à souci de me marquer sa confiance, et la mienne envers lui est très grande (Gide,Journal, 1928, p. 883).
Avec le/un souci de, dans le/un souci de, par souci de + subst. ou inf. Avec la préoccupation de. Informer nos concitoyens dans un souci de scrupuleuse objectivité (Camus,Peste, 1947, p. 1314).
Sans souci de + subst. ou inf. Vivre au jour le jour, sans souci du lendemain, sans préoccupations pour l'avenir (Flaub.,Corresp., 1839, p. 40).
Sans souci que + subj. Il jetait les idées comme un lanceur de graines, sans souci qu'on en tirât parti avant lui (Guéhenno,Jean-Jacques, 1948, p. 228).
3. P. méton. Personne qui est l'objet d'une attention constante, de soins attentifs. J'avais laissé non loin, sous l'aile maternelle, Ma fille, mon enfant, mon souci, mon trésor (Lamart.,Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 138).
Littér. [P. allus. à Malherbe, Poésies, Paris, Droz, 1936 [1630], p. 148: Beauté mon beau souci] Ce qui est l'objet de soins agréables et constants. Est-ce moi qui pleurais ainsi − Ou des veaux qu'on empoigne − D'écouter ton pas qui s'éloigne, Beauté, mon cher souci? (Toulet,Contrerimes, 1920, p. 28).
REM. En compos.
Sans-souci* --
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Prononc. et Orth.: [susi]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1217-22 « inquiétude, angoisse que causent les dangers, les difficultés » geter aucun de mout grant soussi (Jean Renart, Roman de la Rose ou de Guillaume de Dole, éd. F. Lecoy, 5596); 1225-30 estre en souci (Guillaume de Lorris, Rose, éd. F. Lecoy, 2577); ca 1280 metre aucun en soussi (Girart d'Amiens, Escanor, 5477 ds T.-L.); 2. 1225-30 « fait de se préoccuper de quelque chose » n'avoir sousi de nule rien fors de... (Guillaume de Lorris, op. cit., 570); id. estre en mout grant sousi que + subj. (Id., op. cit., 3997); 3. a) fin xives. « préoccupation, inquiétude amoureuse » (Eustache Deschamps, Virelai ds Œuvres, éd. Queux de St-Hilaire, t. 4, p. 175); 1remoit. xves. [ms.] estre en grant soussi de cuer (Froissart, Chron., I, éd. S. Luce, § 168, leçon ms. d'Amiens, t. 2, p. 368); b) av. 1577 « objet de préoccupation amoureuse » (R. Belleau, Eglogues sacrées, I ds Œuvres, éd. Ch. Marty-Laveaux, t. 2, p. 302: Avance toy, mon Cœur, et vien choisir ta place Pres de moy, mon souci); av. 1589 (A. de Baïf, Églogues, VII ds Œuvres, éd. Ch. Marty-Laveaux, t. 3, p. 41: Muses, mon cher soucy); 4. 1549 « ce qui constitue un sujet d'inquiétude » le plus grand soulci que j'aye; diminuer les soulcis (Est.). Déverbal de soucier*.