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FANTAISISTE, adj.
A.− [Correspond à fantaisie A] Qui est du domaine de l'imagination :
1. − Ce sont mes trois fées. Elles ne m'ont jamais quitté depuis que je suis né au pays de Galitch (...). Le prince n'avait pas fini de nous donner cette fantaisiste explication de la présence des trois vieilles aux jardins de Babylone, que Walter, le valet du vieux Bob, apporta une dépêche à Rouletabille. Leroux, Parfum,1908, p. 75.
1. Vx, B.-A., littér. [En parlant d'un artiste, d'un écrivain; p. méton. d'une œuvre] Qui donne libre cours à ses facultés imaginatives, qui fait la part belle à l'imagination. L'écrivain fantaisiste, exposé à perpétrer un « roman-feuilleton », fait tout déranger [à la Bibliothèque nationale], et dérange tout le monde pour une idée biscornue qui lui passe par la tête (Nerval, Filles feu,Angélique, 1854, p. 511).J'ai acheté l'autre jour à la Porte Chinoise des dessins japonais (...). Je n'ai jamais rien vu de si prodigieux, de si fantaisiste, de si admirable et poétique comme art (Goncourt, Journal,1861, p. 931).Doré plus fantaisiste, plus dramatique, plus outré; Crane moins dissonant, plus simple, suivant la vérité pas à pas, introduisant toujours une atmosphère de réel même dans la féerie (Huysmans, Art. mod.,1883, p. 215).
Emploi subst. Artiste, écrivain qui donne libre cours dans ses œuvres à ses facultés imaginatives sans se soucier des règles formelles. Anton. réaliste.On voyait là des réalistes, des fantaisistes, des critiques, des romanciers, (...) tous les échantillons du grand ordre de la plume (Goncourt, Ch. Demailly,1860, p. 117):
2. Le public connaît depuis peu ce fantaisiste italien [Arcimboldo] qui imagina de ressusciter la verve baroque du moyen âge, ce grand consommateur de « têtes de feuilles » et autres fantaisies ornementales. Lhote, Peint. d'abord,1942, p. 92.
2. P. ext., usuel
a) Péj. Qui est purement imaginaire, inventé de toutes pièces. Alors se déroula une histoire fantaisiste, éclose dans l'imagination de ces millionnaires ignorants (Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Boule de suif, 1880, p. 144).Je rédigeai je ne sais plus quel fantaisiste texte de dépêche que je fis expédier à une adresse imaginaire (Gide, Isabelle,1911, p. 634).
P. ext. [En parlant d'une pers.; p. méton., de son activité intellectuelle ou autre] Qui manque de sérieux. Historien, thèse fantaisiste. Synon. amateur, fumiste (fam.).Un astronome fantaisiste annonçant la venue d'une comète, dont la queue devait balayer la terre comme un grain de sable (Zola, Joie de vivre,1884, p. 1058).Comment le conseil de guerre pourrait-il refaire en séance la fantaisiste expertise d'écritures qui va lui être présentée? (Clemenceau, Iniquité,1899, p. 116).Mais Littré a peu de mots, peu de sens, des étymologies fantaisistes (Larbaud, Journal,1934, p. 339).
b) Qui sort de l'ordinaire. Dans un accoutrement fantaisiste (Romains, Hommes bonne vol.,1939, p. 193).
TYPOGR. Une étiquette était collée où, écrit à la main en majuscules fantaisistes, on pouvait lire : antiseptic (Gide, Caves,1914, p. 798).
B.− [Correspond à fantaisie B; en parlant d'une pers., p. méton., de son comportement] Qui témoigne d'un esprit imaginatif et plein d'imprévu; qui est d'une originalité amusante. Tu ne sais pas ce que peut l'ennui sur une femme aussi fantaisiste que moi! (Crémieux, Orphée,1858, II, 3etabl., 1, p. 56).Le capitaine Pilfold était un vieux marin, brave et jovial, (...) qui préférait mille fois son neveu fantaisiste au solennel beau-frère Timothy (Maurois, Ariel,1923, p. 61).Son mode de vie fantaisiste, son cosmopolitisme et sa prodigalité en ont fait [Whistler], pour trois générations, le type même de l'artiste (Morand, Londres,1933, p. 155).
Emploi subst. Personne qui se singularise par son esprit imaginatif et un comportement imprévu et amusant. Synon. hurluberlu (fam.), loufoque, original.Quand son cœur satisfait ou soulagé permet à son esprit de s'égayer, c'est le fantaisiste le plus inouï (Sand, Hist. vie,t. 4, 1855, p. 89).Il nous pria en compensation de venir prendre le café chez lui, dans sa péniche, parce que c'était sa fête qu'il a ajouté (...) et que ça tombait justement bien parce qu'ils étaient treize à table... Un homme jeune que c'était, le patron, un fantaisiste (Céline, Voyage,1932, p. 494).Cf. aussi artiste ex. 13 :
3. L'hôtel est le séjour préféré d'une nuée d'originaux qui, dès l'instant qu'ils règlent leurs notes, étalent leurs manies et sonnent à tout propos. J'ai connu un fantaisiste qui, sur ses vieux jours, s'était constitué dans son appartement une collection d'objets volés dans les établissements où il avait séjourné (...). Tel autre, qui ne se lavait les dents et les mains qu'à l'eau de Contrexéville, avait besoin d'un livreur particulier... Fargue, Piéton Paris,1939, p. 198.
Spéc. Artiste de variétés se produisant dans un numéro comique. Mallet m'avait parlé des bras blancs de Damia, et de sa voix : j'allai l'entendre à Bobino. Fantaisistes, chanteurs, équilibristes, tout m'était neuf et j'applaudissais tout (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 241).
Rem. La docum. atteste les dér. a) Fantaisisme, subst. masc., vx, didact. Tendance à privilégier dans la création artistique ou littéraire le rôle de l'imagination, au détriment des règles formelles. Le fantaisisme conduit tout droit à l'adoration des monstres (Nerval, Bohême gal., 1855, p. 178). P. ext. Aspect, caractère fantaisiste. [Nous ne sûmes monter dans un hamac] qu'après une série d'expériences infructueuses et d'exercices gymnastiques dont l'extravagant fantaisisme amusa beaucoup Thierry (A. Humbert, Mon bagne, 1880, p. 60). b) Fantaisistement, adv. D'une manière fantaisiste. Dédaigneux de suivre la mode, jaloux plutôt de l'imposer, il est vêtu richement et fantaisistement (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p. 339). Elle [Denise] (...) répondait fantaisistement aux interrogations périodiques de son oncle (L. Daudet, Entremett., 1921, pp. 115).
Prononc. et Orth. : [fɑ ̃tεzist] ou p. harmonis. vocalique [fɑ ̃te-]. Ds Ac. 1932. Étymol. et Hist. 1. 1845 subst. « artiste qui n'obéit qu'à sa propre fantaisie » (Besch.); 2. 1853 adj. péj. « qui n'obéit qu'à sa fantaisie, peu sérieux » (H. Castille, Les Hommes et les mœurs sous le règne de Louis-Philippe, p. 94 ds Quem. DDL t. 15). Dér. de fantaisie*; suff. -iste*. Fréq. abs. littér. : 148. Bbg. Klein (J.-R.). Le Vocab. des mœurs de la Vie parisienne sous le Second Empire. Louvain, 1976, pp. 111-112.