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DÉCOURONNER, verbe trans.
A.− [L'obj. désigne une pers.] Rare. Ôter la couronne* (en particulier la couronne royale, cf. couronne A 3) de la tête de quelqu'un; p. ext. priver du pouvoir, des honneurs dus à un rang social élevé. Découronner un prince, un roi, un souverain. Cette Chambre plus que royaliste, accusée à bout portant de désemparer, de découronner, de décapiter la royauté! (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 4, 1863-69, p. 279).
Emploi pronom. réfl. Renoncer à la couronne (cf. couronne A 3), se priver du pouvoir. Eux-mêmes devant toi les rois se découronnent (Quinet, Napoléon,1836, p. 226).
Au fig. [L'obj. désigne une pers., un inanimé concr. ou abstr.] Détruire le prestige, la gloire, la renommée; déshonorer. Découronner un héros. Cette prairie [Cours la Reine] découronnerait l'Irlande de son diadème d'émeraudes (Barb. d'Aurev., 3eMemor.,1856, p. 85).Et l'on croit remédier au mal [de la famille] en découronnant l'homme, en émancipant la femme (Proudhon, Pornocratie,1865, p. 257).
B.− P. anal. Ôter ce qui ressemble à une couronne.
1. [P. anal. de position; p. réf. à la position de la couronne au sommet de la tête] Ôter, enlever la partie supérieure, le sommet, la cime de quelque chose. Spéc., ART MILIT. Prendre les fortifications qui couronnent une hauteur, après en avoir chassé les troupes. Découronner une hauteur.
Rem. Attesté ds Ac. Compl. 1842, Besch. 1845, Lar. 19e-20e, Littré, DG, Quillet 1965.
2. [P. anal. de forme et de position; p. réf. à la forme circulaire de la couronne et à sa position au sommet de la tête] Enlever la partie supérieure et circulaire de quelque chose. Découronner un édifice. Qui m'a découronnée, (...) de mon diadème de cheveux, roulés autour de mon front comme les tresses d'une grave et jeune Cérès? (Colette, Vagab.,1910, p. 159).Un gâteau architectural, (...) semblait trôner là à tout hasard (...) pour le cas où il aurait pris fantaisie à Gilberte de le découronner de ses créneaux en chocolat et d'abattre ses remparts aux pentes fauves et raides (Proust, J. Filles en fleurs,1918, p. 560):
1. La Cathédrale. Il y a des roses de pierre sur ma tige; il y a des guirlandes de pierre autour de ma tête. Enfants, si vous pouvez, découronnez ma tête et reprenez vos roses sur ma tige. Le Pape Grégoire. Et moi, qu'ai-je à faire désormais de ma double croix et de ma triple couronne? Quinet, Ahasvérus,1833, 3ejournée, p. 268.
En partic. Découronner un arbre. Couper, arracher les branches supérieures d'un arbre. Qu'un autre obus venait de découronner, se brisait, s'effondrait, ainsi qu'une charpente de cathédrale (Zola, Débâcle,1892, p. 358).P. ext. Découronner un bois, une terre, etc. Couper les arbres, les bois. Il la [sa terre] vendit, plutôt que de la découronner (...) couper les bois pour payer les dettes (Montesquiou, Mém.,1921, p. 125).
Emploi pronom. réfl. S'ôter de la tête ce qui ressemble à une couronne par sa position et sa forme :
2. La cruche n'était plus sur le front un fardeau, Couronne du travail faite de terre et d'eau. Une ancienne, le bras recourbé comme une anse Et qui rentrait du puits, respirait la puissance. Elle s'arrêta net, (...) avant de se découronner. Jammes, Les Géorgiques chrétiennes,1911, p. 19.
C.− P. métaph. [P. réf. à l'aspect ornemental et parfait de la couronne] Découronner (de).
1. Ôter la couronne (cf. couronne C 3), la parure, la perfection. (Quasi)-synon. défigurer, détruire, enlaidir; (quasi)-anton. orner, parachever, parer.Waldeck, tant prôné, tant vilipendé, a abouti à ceci : découronner le pays de ses savants et bienfaisants religieux, qui étaient une de ses plus belles parures intellectuelles et morales (L. Daudet, Temps Judas,1920, p. 22).Ici éclate la disproportion faussant toute classification du monde vivant (...) où l'homme ne figure logiquement que comme un genre (...). Erreur de perspective qui défigure et découronne le phénomène universel! (Teilhard de Ch., Phénom. hum.,1955, p. 201):
3. Quand donc lui-même il [Hugo] arrêta l'entreprise, ce n'était jamais qu'une série qu'il arrêtait. Ce n'était point une œuvre, organique, un être, d'ensemble, qu'il décapitait ou qu'il découronnait, une œuvre qu'il incapitait ou qu'il incouronnait. C'étaient des chaînons qui manqueraient à une chaîne, non point, nullement une tête qui manquerait à un corps, une couronne à une tête. Péguy, Victor-Marie, comte Hugo,1910, p. 801.
2. Poét., vx. Donner du dépit, affliger, contrarier, frustrer quelqu'un dans ses espérances, ôter la suprême satisfaction. (Quasi)-anton. combler, honorer.Découronner les vœux. Se rappelait-il [Stéphane] seulement la visite de la cousine venue de Belpech, ce rire un peu sot qui avait si bien découronné ses rêves? (Estaunié, Simple,1891, p. 35).
En partic., domaine amoureux. Pourquoi l'appeler (...) votre reine, pour la découronner ensuite de la seule couronne qu'elle ambitionnât, de celle de votre amour? (Dumas père, Jeunesse Mousquet.,1849, V, 15, p. 217).
Prononc. et Orth. : [dekuʀ ɔne], (je) découronne [dekuʀ ɔn]. Ds Ac. 1878 et 1932. Étymol. et Hist. Av. 1175 adj. descoronnez « à qui on a enlevé la couronne » (B. de Ste-Maure, Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 18711); ca 1190 descoroner (Herman de Valenciennes, Bible ds Bonnard, Trad. de la Bible, p. 16); 1828 fig. (Hugo, Odes et ball., p. 234 : De quel droit viennent-ils [les étrangers] découronner nos gloires?). Dér. de couronner*; préf. dé-*. Fréq. abs. littér. : 25.