Police de caractères:

Surligner les objets textuels
Colorer les objets :
 
 
 
 
 
 

Entrez une forme

options d'affichagecatégorie :
COUDRE1, verbe trans.
A.− Attacher ou assembler par des points faits avec un fil passé dans une aiguille.
1. [Avec la seule idée d'un assemblage de parties libres]
a) Coudre qqc. à (parfois sur, au milieu de).Coudre un ruban à un corsage, une semelle à une chaussure, des paillettes sur un habit. La vieille tira solennellement un pan de culotte, une pièce qu'elle voulait y coudre, des aiguilles, un dé (Huysmans, Sœurs Vatard,1879, p. 186):
1. Leur grand labeur était accompli. Maison payée. Pour finir les traites plus vite, les dernières, elle s'était même mise à coudre des boutons sur des gilets, pour le compte d'un grand magasin. « Ce qu'il faut en coudre pour cent sous, c'est pas croyable! » Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 312.
Loc. proverbiale, vx. Coudre la peau du renard à celle du lion. Joindre la ruse à la force. Flaminius (...) qui savait, comme l'autre, coudre la peau du renard à celle du lion (Michelet, Hist. romaine,t. 2, 1831, p. 55).
[P. ell. du compl. prép.] Coudre des agrafes, de la dentelle. Le petit Belin coud les boutons de sa capote avec du fil téléphonique (Dorgelès, Croix de bois,1919, p. 76).
b) [Le compl. d'obj. désigne les parties à assembler] Elle coud les pièces d'un couvre-lit multicolore (Green, Journal,1941, p. 128):
2. Il ne restait plus que quelques mauvais fragments [d'étoffe] usés et fatigués; cependant, en les cousant les uns au bout des autres, le tailleur parvint à dresser un petit collet qui arrivait au milieu du dos de Robert. Champfleury, Les Souffrances du professeur Delteil,1855, p. 228.
RELIURE. Passer un fil à l'intérieur de chaque cahier d'un livre pour les assembler en volume. Finir un livre, c'est coudre les feuilles et leur mettre une couverture (Renard, Journal,1901, p. 682).
P. méton. de l'obj., [le compl., qui peut être précédé de l'art. partitif, désigne la matière dont est fait l'obj.] Des femmes assises cousaient de la toile pour faire des tentes (Flaub., Bouvard,t. 1, 1880, p. 121).Ceux qui cousent, accroupis, le cuir ou la laine (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 172).
c) [Le compl. d'obj. désigne l'obj. complexe résultant de l'assemblage de parties libres] Fabriquer en assemblant les morceaux. Coudre une chemise, un jupon, des guêtres, un sac, des souliers. Que le cordonnier se remette à coudre des bottes (Flaub., 1reÉduc. sentim.,1845, p. 250).Les drapeaux que les femmes cousaient avec des morceaux de soie taillés dans leurs robes (Green, Journal,1933, p. 177):
3. À quelques jours de là, maman revint d'une course en ville avec un énorme ballot qu'elle ouvrit, le soir, sur la table. C'étaient des pantalons d'homme, tout coupés; il ne restait plus qu'à les coudre. Duhamel, Chronique des Pasquier,Le Notaire du Havre, 1933, p. 187.
RELIURE. Jean fut un petit enfant chétif que sa mère nourrissait tout en cousant les livres, feuille à feuille, avec l'aiguille courbe (A. France, Servien,1882, p. 1).
d) [Avec un compl. d'obj. interne] En train de coudre de petits points blancs, rapides et méticuleux (Malègue, Augustin,t. 2, 1933, p. 122).
e) Emploi abs. Coudre habilement, maladroitement; coudre serré; aimer coudre; aiguille à coudre. Elle cousait à points réguliers, avec une application d'ouvrière (Zola, Page amour,1878, p. 1008).On cousait sans relâche (Bosco, Mas Théot.,1945, p. 16):
4. ... elle qui disait toujours qu'elle ne pouvait pas coudre si elle n'avait pas le numéro de fil et les boutons qu'il fallait. Proust, Le Temps retrouvé,1922, p. 1033.
Dé à coudre. Le dé à coudre de maman frappant rêveusement la table (Duhamel, Terre promise,1934, p. 75).
Machine à coudre. J'ai vu à l'Exposition de l'Industrie une machine à coudre, qui fait le travail de 25 ouvrières par jour (Goncourt, Journal,1855, p. 207).
Rem. Coudre est souvent associé aux verbes suiv. couper, tailler, faufiler, piquer, surfiler, broder.
2. [Avec une idée ou une visée de fermeture]
a) [L'action implique la fermeture de qqc. qui est, primitivement ou normalement, ouvert] Il ne peut s'empêcher de mettre ses mains dans ses poches (...). Elle finit par coudre un jour les poches, avec les mains (Renard, Poil Carotte,1894, p. 298).
CHIR. Synon. de suturer.Coudre une plaie, les bords, les lèvres d'une plaie (Ac.1798-1932).
b) Coudre qqc./qqn dans qqc.Enfermer dans un contenant cousu. Coudre qqn dans un linceul, coudre de l'or dans le revers d'une veste. Elle cousit dans un sachet, divers brimborions magiques (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 256):
5. Pendant la traversée, la petite Francine fut si mal qu'on la crut morte. On allait la coudre dans un pavillon et la jeter par-dessus bord. A. France, Le Génie latin,1909, p. 55.
Rem. On rencontre except. l'expr. fig. coudre dans un même sac, équivalent à mettre dans le même sac, au sens de « considérer de la même façon (souvent avec réprobation) ». Il coud dans le même sac les réactionnaires, les modérés, les radicaux socialistes (Jaurès, Ét. soc., 1901, p. 24).
B.− Au fig.
1. Attacher, joindre, lier.
a) [En parlant de pers.] Tenir lié, attaché. MmeShermier (...) qui cousit sa fille à ses jupes (Colette, Naiss. jour,1928, p. 21).
b) [En parlant de réalités abstr., de créations de l'esprit, d'entités soc.] Assembler, attacher, joindre. Coudre deux idées; coudre des phrases les unes aux autres; coudre une métaphore dans un style. Ces terribles scènes sont cousues dans la trame du livre (Balzac, Œuvres div., t. 3, 1850, p. 384).Il me reste deux rallonges à coudre au bout de ce discours (Cocteau, Poésie critique 2,1960, p. 169):
6. Ce sont ceux [des radicaux] qui, après avoir, avec l'appui des socialistes, réalisé leur programme, s'étaient dit : Il faut y coudre un programme social. Jaurès, Le Guêpier marocain,1914, p. 140.
Emploi pronom. La pauvre vieille commençait à balbutier des lambeaux de phrases qui se cousaient mal les uns aux autres (Zola, Th. Raquin,1867, p. 163).
2. [Avec une idée de fermeture] (Se) coudre la bouche. (Se) forcer à se taire, à rester muet. Elle avait toujours eu plus de propension à se coudre la bouche qu'à se dépendre la langue (Feuillet, Bellah,1850, p. 171).Pour les aimer [ces dames], il faudrait d'abord leur coudre la bouche (Renard, Journal,1898, p. 485).
Rem. 1. La docum. atteste le subst. masc. cousage. Action de coudre ensemble les cahiers d'un livre en vue de sa reliure (d'apr. Bél. 1957); Nouv. Lar. ill. Suppl. 1907 atteste, dans le même sens, le subst. fém. cousure. 2. Lar. 20eatteste le verbe intrans. cousailler, rare, pop. Coudre, raccommoder, en y mettant peu de soin, sens également illustré par cousillonner que l'on trouve chez Balzac (Corresp., 1819, p. 53) : Carrick Tourangeau que le céleste Grogniard de boustiquante mémoire a cousillonné.
Prononc. et Orth. : [ku:dʀ ̥], (je) couds [ku]; cousu, ue [kuzy]. Ds Ac. depuis 1694. Conjug. Présente un d (apico-alvéodentale) dans la graph. là où l'anc. s (prédorso-alvéolaire) et l'r (apico-alvéolaire) de co(n)s(ue)re = cosre se sont trouvés en contact développant une consonne de transition : cosdre. L's devenu implosif devant d a ensuite disparu, cette disparition n'étant pas marquée par l'accent circonflexe. Le d s'est étendu p. anal. à d'autres formes. L'on a donc d : à l'inf. coudre; à l'ind. prés., aux 1re, 2e, 3epers. du sing. je, tu couds, il coud; au fut. de l'ind. et au cond. prés., à toutes les pers. je coudrai, tu coudras, il coudra, nous coudrons, vous coudrez, ils coudront, je coudrais, tu coudrais, il coudrait, nous coudrions, vous coudriez, ils coudraient; à l'impér. couds. Ailleurs, d ne paraît pas : imp. je cousais, etc.; passé simple je cousis, etc.; part. passé cousu; part. prés. cousant; subj. prés. que je couse, etc.; subj. imp. que je cousisse, etc. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1160 coldre « assembler au moyen d'un fil passé par une aiguille » (Eneas, éd. Salverda de Grave, 7085); d'où expr. fin xves. [requérir] bouche cousue (Farce du Pont-aux-Asgnes ds Anc. théâtre fr., éd. Viollet-le-Duc, t. 2, p. 44); 1677 cousu de fil blanc (Miège); 1857 machine à coudre (Chesn.); b) 1661 fig. « assembler, joindre sans art (ici les divers éléments d'une pièce de théâtre) » (Molière, Les Fâcheux, Avertissement); c) 1835 « enfermer dans une enveloppe cousue » coudre qqn dans un linceul (Balzac, Goriot, p. 306); 2. 1160-70 « ficher, enferrer » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, 3epart., vers 8745), d'où emploi techn. p. ex. 1845 coudre un treillage (Besch.). D'un lat. vulg. *cosere, réfection du class. cōnsuere (dér. de suere « coudre »). Fréq. abs. littér. : 667 (Cousant : 46). Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 423, b) 809; xxes. : a) 1 314, b) 1 255. Bbg. Gottsch. Redens. 1930, p. 36, 108. − Quem. 2es. t. 3 1972 (s.v. cousillonner). − Thomas (A.). Nouv. Essais 1904, p. 226.