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ADROIT, OITE, adj.
A.− [En parlant de pers.] Qui parvient aisément, grâce à des dispositions acquises ou innées, à atteindre un but, à obtenir un résultat.
1. [Se dit d'une pers. envisagée dans son être physique ou, p. méton., d'une partie du corps (le plus souvent la main)] Qui, en excellant dans les exercices physiques ou dans les travaux ou métiers manuels, parvient aisément aux buts qu'il s'est assignés :
1. La déclaration des droits de l'homme, par son titre seul, animait le peuple, flatté d'entendre parler de ses droits. Les hommes ne naissent malheureusement pas égaux en droits, car dans l'état de nature, l'homme faible ou inepte n'a pas un droit égal à celui de l'homme fort et adroit, sur les animaux propres à sa subsistance. La nature, s'il m'est permis de me servir d'une telle comparaison, semble avoir établi un arbre de cocagne, au haut duquel sont les objets nécessaires à la subsistance de l'homme et à sa conservation. Les plus adroits et les plus agiles atteignent le but, les autres languissent et meurent. G. Sénac de Meilhan, L'Émigré,1797, p. 1842.
2. Chaque fois, parvenu à peu près à la moitié de la phrase, je retombais, comme plus tard au régiment dans l'exercice appelé portique. Je n'en avais pas moins pour le nouvel écrivain l'admiration d'un enfant gauche et à qui on donne zéro pour la gymnastique, devant un autre enfant plus adroit. M. Proust, À la recherche du temps perdu,Le Côté de Guermantes 2, 1921, p. 327.
3. ... ceux qui, tel Amable, ne l'aimaient pas d'avance le haïrent davantage de le savoir non seulement adroit à l'ouvrage et agréable aux filles, mais encore habile à se battre et aussi fort qu'un bœuf. G. Guèvremont, Le Survenant,1945, p. 138.
4. Spaier a mis en évidence certaines maladresses très profitables et parfaitement calculées bien que dans le jour d'une demi-conscience. Il a observé huit sujets plus ou moins malades imaginaires. L'un simule toujours l'impossibilité de boucler ses malles, de mettre ses valises dans le filet, etc., mais il apparaît que c'est dans l'intention inavouée de se faire servir. L'autre est adroit aux exercices qui lui plaisent (piano, couture), mais toujours maladroit quand il s'agit de ranger la vaisselle ou de dresser le couvert. E. Mounier, Traité du caractère,1946, p. 200.
[En parlant d'un animal] :
5. Le rossignol (...) ne sait rien faire. Le moindre des petits oiseaux est cent fois plus adroit que lui du bec, de l'aile et de la patte; il n'a que la voix, ... J. Michelet, L'Oiseau,1856, p. 260.
Par personnification. [En parlant d'un végétal] :
6. Les magnifiques moisissures de la mer mettaient du velours sur les angles du granit. Les escarpements étaient festonnés de lianes grandiflores, adroites à ne point tomber, et qui semblaient intelligentes, tant elles ornaient bien. Des pariétaires à bouquets bizarres montraient leurs touffes à propos et avec goût. Toute la coquetterie possible à une caverne était là. V. Hugo, Les Travailleurs de la mer,1866, p. 282.
Rem. 1. Constr. de l'adj. a) La partie du corps (notamment la main), grâce à laquelle l'action est réalisée, peut être précisée à l'aide d'un subst. introd. par la prép. de, compl. de l'adj. adroit (ex. 5) ou par la prép. avec, voire (fam.) par la prép. dans. b) Adroit est souvent suivi des prép. à ou dans (ex. 3, 4) qui introduisent un subst. d'action ou un subst. concr. suggérant l'activité dans laquelle la pers. est adroite : adroit à ou dans des exercices, adroit dans un métier, adroit à un jeu, à la chasse, à l'ouvrage, à une arme; la prép. à peut également introd. un inf. : adroit à manier une arme ou à exercer un métier ou une tâche manuelle (et except. un inf. affecté de négation, ex. 6). 2. Syntagmes fréq. a) subst. + adj. : ouvrier adroit; b) adj. + adj. : adroit et fort pour exprimer 2 qualités physiques qui se complètent (ex. 1, 3); c) adj. + compar., fam. : adroit comme un singe; il est adroit de ses mains comme un cochon (ou comme un chien) de sa queue.
Au fig., arg. Adroit du coude :
7. Adroit du coude : Amoureux de la bouteille, ayant plus l'habitude de lever le coude pour boire que pour travailler. France1907.
2. [Se dit d'une pers. envisagée dans son être moral ou spirituel, ou p. méton., de l'esprit] Qui, grâce à certaines dispositions morales ou spirituelles appropriées, parvient aisément à ses fins, Synon. délié, souple, en partic. dans ses relations avec autrui, synon. fin, rusé :
8. ... le secret de réussir, C'est d'être adroit, non d'être utile. J.-P.-C. de Florian, Fables,Les deux chats, 1792, p. 77.
9. ... avec cette qualité essentiellement mystique s'en trouvait une autre compatible en lui, la finesse dans les relations pratiques. Ce bienheureux, duquel incessamment il s'échappait comme par avance un rayon de glorification céleste, (...) était de plus, − aurait été, dans les choses de ce monde, dans les affaires où le spirituel se compliquait du temporel, un aussi habile homme et aussi expert qu'il aurait voulu. À force d'être adroit et avisé (comme a dit Camus) au maniement des armes spirituelles, d'être inépuisable de conseil et d'industrie dans toutes les sortes de tentations, il l'était ou l'eût été de même, et à plus forte raison, dans les affaires extérieures; ... Ch.-A. Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 1, 1840, p. 264.
Péj. Qui, par d'habiles manœuvres, réussit facilement dans les actions malhonnêtes. Un adroit fripon, un coquin adroit, une aventurière adroite.
En partic.
a) [En parlant d'une pers. engagée dans une activité prof.] Qui excelle grâce à une grande familiarité avec les moyens les plus directs. Un officier adroit, un dentiste adroit.
Rem. Syntagmes fam. (rares) : adroit de l'esprit; - dans sa tête. (Pour la constr., cf. supra 1, rem. 1).
b) [En parlant d'un artiste] Qui excelle dans la mise en œuvre d'une technique :
10. Une scène d'amour, Josette s'y retrouvait un peu mieux; elle avait une bonne diction; son visage, sa voix étaient vraiment émouvants : qui sait ce qu'un metteur en scène adroit arriverait à tirer d'elle? S. de Beauvoir, Les Mandarins,1954, p. 274.
Rem. Dans ce sens, adroit peut s'opposer à inventif, créateur, et devenir dès lors dépréc., l'artiste étant considéré comme un simple artisan, faiseur de tabl., de sculpt., de poèmes, etc., suiv. une techn. seulement apprise et habilement exploitée :
11. Il est généralement reconnu que M. Granet est un maladroit plein de sentiment, et l'on se dit devant ses tableaux : « Quelle simplicité de moyens et pourtant quel effet! » Qu'y a-t-il donc là de si contradictoire? cela prouve tout simplement que c'est un artiste fort adroit et qui déploie une science très apprise dans sa spécialité de vieilleries gothiques ou religieuses, un talent très roué et très décoratif. Ch. Baudelaire, Salon de 1845,1845, p. 23.
12. M. Victor Hugo, dont je ne veux certainement pas diminuer la noblesse et la majesté, est un ouvrier beaucoup plus adroit qu'inventif, un travailleur bien plus correct que créateur. Delacroix est quelquefois maladroit, mais essentiellement créateur. Ch. Baudelaire, Salon de 1846,1846, p. 116.
B.− [En parlant de gestes, de mouvements, d'actes ou d'actions...] Qui permet de parvenir aisément aux résultats recherchés.
1. Dans le domaine physique (emploi corresp. au sens A 1).Un effort, un geste, un mouvement adroit.
Vx, rare. Qui demande de l'adresse (physique) :
13. Je ne sais quel peuple de l'Antiquité, pour accoutumer ses enfants aux exercices violents ou adroits, n'accordait des aliments qu'après leurs succès ou leurs efforts en ce genre. E.-J. Sieyès, Qu'est-ce que le Tiers-État?,1789, p. 38.
2. Dans le domaine des relations soc. ou pol. (emploi corresp. au sens A 2).Une conduite adroite, des manières adroites, une politique adroite, des moyens adroits.
3. Dans le domaine de l'esprit.[En parlant de la mise en œuvre d'une techn., d'un savoir-faire] (emploi corresp. au sens A 3) :
14. ... la matelote parfumait l'air par son odeur et par l'adroite combinaison des ingrédients qui concourent à une perfection inconnue aux cuisiniers parisiens. Champfleury, Les Aventures de Mademoiselle Mariette,1853, p. 152.
Rem. Autres syntagmes : un artifice adroit; une disposition adroite; un sophisme -; une rigueur adroite.
4. P. ext. [En parlant d'une chose fabriquée, en partic., d'une œuvre écrite, d'une lettre, etc.] Qui est fait selon une technique bien appropriée au but visé :
15. Je crois qu'il est bien difficile de trouver une pièce aussi adroite et faite avec tant d'art. Ch.-A. Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 3, 1848, p. 281.
C.− Tournure impers. Il est adroit de suivi de l'inf. :
16. Je pouvais par exemple, m'asseoir d'un air navré (...) et dire, à voix basse : « Maman, j'ai perdu ma situation. » Il était peut-être plus adroit, plus habile, pour ne pas décourager la pauvre femme, d'aller et venir dans le logement, comme à mon ordinaire, et de jeter tout à coup ces mots, sur un ton plein d'insouciance : « À propos tu sais que j'ai perdu ma situation. » J'envisageais aussi la possibilité d'une entrée tumultueuse; je lâcherais avec violence un propos dans ce genre : « C'est ignoble! c'est abominable! ils m'ont fait perdre ma situation. » G. Duhamel, La Confession de minuit,1902, p. 25.
Prononc. − 1. Forme phon. : [adʀwa], fém. [-at]. Passy 1914 et Barbeau-Rodhe 1930 notent la finale avec [ɑ] post. Warn. 1968 donne les 2 possibilités de prononc. Enq. : /adʀwa, -t/. 2. Dér. et composés : adroitement, maladroit, maladroitement. Cf. droit. 3. Hist. − Fér. 1768 et Fér. Crit. t. 1 1787 font remarquer qu'il faut prononcer : ,,Adroɑ, droɑ-te, et non pas drè, drète.``
Étymol. ET HIST. − 1. a) 1164-1775 « svelte, bien fait, élégant (d'une pers.) » (Chrét. de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 150 : La reïne Guenievre voit Le chevalier bel et adroit). − (Beaumarchais, Barbier de Séville, II, 2 [portrait de Rosine]... pied furtif, taille adroite, élancée, bras dodus; bouche rosée...); b) 1176 « habile (au combat) » (Id., Cligès, éd. Micha, 2877 : Por ce qu'ele oie seulement Que il est preuz et bien adroiz); 2emoitié xvies. adroit à « (d'une pers.) qui a de l'adresse physique pour (qqc.) » (Amyot, Tim. et P. Aem. comp. ds Littré : Des combattants bien aguerriz et adroicts aux armes); c) adroit de + inf. « (d'une pers.) qui a de l'adresse (phys.) » (pour + inf. + rég. dir.) (Chrét. de Troyes, Chevalier au lion, éd. M. Roques, 228 : De moi desarmer fu adroite Qu'ele le fist et bien et bel); 2. xiie-xiiies. « droit, juste (moralement) » (Rom. und past., Bartsch, II, 47, 38 ds Gdf. Alons i dont, cuers adrois; Je sui tous an ta bailie), attest. isolée; 1195-xvies. « (d'un inanimé) qui convient, juste » (Ambroise, Estoire de la guerre sainte, éd. G. Paris, 12338 ds T.-L. : Ensi fait deus si s'ovre adroite, Qui que travailt en son servise, Que il li rent a sa devise). (Amyot, Comment discerner le flatteur de l'ami, 30 ds Littré : ... les enfants des roys et des riches n'apprenoient rien adroit, qu'à picquer et manier les chevaulx); emploi adv., 1370 (Oresme, Ethiques, 19 ds Littré : Semblablement celui qui juge adroit des operacions humaines, qui est sain selon l'ame); d'où a) 1680 « (d'une pers.) qui a de l'adresse (domaine de l'esprit) » (Rich. t. 1 : Adroit. Qui a de l'adresse, fin, prudent, ingénieux); 1690, fréquemment péj., adj. et subst. (Fur. : Adroit se prend quelquefois en mauvaise part, et se dit d'un homme fin et rusé qui se sert de son esprit pour tromper. Deffiez-vous de ce chicaneur, de ce filou, c'est un adroit); b) av. 1695 « (d'un inanimé) qui témoigne de l'adresse » (La Fontaine, Fables, II, 5 ds DG : Par cette adroite repartie); fréquemment péj., 1673 (Racine, Mithridate, III, 4 ds DG : mensonge adroit). Dér. de droit* (préf. a-*). Adroit appartient anciennement au vocab. de la chevalerie (portrait du chevalier ou d'une demoiselle dans le service de guerre, puis dans la vie de cour). Adroit « qui a de l'adresse (domaine phys.) » est très voisin du sens « svelte, bien fait, élégant » et en est peut-être dér., à moins que plus prob. il ne faille supposer que adroit (« qui a de l'adresse ») s'est d'abord empl. en parlant d'un geste de chevalier (un coup d'épée, tir, qui va droit au but, puis d'un guerrier envisagé, sous le rapport de son habileté au tir, au combat, etc.); le sens « svelte, élégant » est issu de droit « qui se tient bien droit » (cf. Chrét. de Troyes, Perceval, éd. Roach, 7907, 8 : la pucele fu molt adroite, Bele et bien faite, longue et droite), voir droit. De là adroit au sens de « qui a de l'adresse (domaine de l'esprit) ». Une dérivation de adroit au sens de « habile » à partir de droit « situé à droite » semble difficile car droit n'est pas attesté de manière sûre, en ce sens, av. le xvies. Peut-on supposer un lat. *directus « situé à droite » (le mot ne se trouve pas attesté en ce sens), en se basant sur l'analogie du lat. dexter « qui est à droite », signifiant dès l'époque impériale « adroit » (cf. l'a. fr. adestre « de manière habile » empl. adverbialement dep. le mil. du xiiies., dér. préf. de l'a. fr. destre « de droite, situé à droite » dep. le début du xiies.)? Cette hyp. n'est pas absurde, mais incertaine. Une dér. à partir de droit est plus sûre; l'hyp. de adroit « habile » issu de l'a. fr. adestre au même sens par substitution de -droit à -destre fait difficulté du point de vue chronol.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 841. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 1 759, b) 1 159; xxes. : a) 940, b) 889.
BBG. − Bailly (R.) 1969. − Bar 1960. − Bél. 1957. − Bénac 1956. − Boiss.8. − Bonnaire 1835. − Bruant 1901. − Dup. 1961. − Fér. 1768. − Guizot 1864. − Kold. 1902. − Laf. 1878. − Larch. Suppl. 1880. − Lav. Diffic. 1846. − Le Breton Suppl. 1960. − Le Roux 1752. − Ritter (E.). Les Quatre dictionnaires français. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 341. − Sardou 1877. − Sommer 1882.