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APOSTROPHER1, verbe trans.
I.− Emploi trans.
A.− Rare. Adresser une apostrophe à une personne ou à un objet personnifié :
1. ... nous n'adressons des vœux et des prieres qu'à des êtres capables de nous entendre et de nous exaucer. Ainsi Agamemnon dans Homere, apostrophant le Soleil, lui dit : « Soleil, qui vois tout et entends tout. » Ce n'est point ici une figure poétique; c'est un dogme constamment reçu, et l'on regarda comme impie le premier philosophe qui osa avancer que le soleil n'était qu'une masse de feu. Dupuis, Abr. de l'orig. de tous les cultes,1796, p. 69.
2. Le pasteur, debout, hirsute, l'œil extatique, le bras levé en un geste de menace, apostrophait le cercueil de bois jaune, qui reposait, sous la lumière crue, au seuil du caveau : − « Pauvre, pauvre pécheur! Ton soleil s'est couché avant la fin du jour! ... » Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 294.
Rem. Par affaiblissement sém., on trouve le verbe au sens de « adresser directement la parole à quelqu'un » :
3. Je me serais fait écharper vif plutôt que de me permettre d'adresser la parole à cet écrivain que je vénérais entre tous et que je mourais d'envie d'apostropher, et qui ne soufflait mot, suivant des yeux le train clapotant des barges ... Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 314.
B.− Interpeller quelqu'un vivement, généralement de manière désobligeante :
4. ... furieux, agité, pâle, il se soulevait de toute la force de ses poings nerveux, et il semblait apostropher face à face, comme à la tribune de la convention, un adversaire invisible. Gozlan, Le Notaire de Chantilly,1836, p. 216.
5. Il s'est mis à apostropher les gardes nationaux qui buvaient, il leur a jeté des paroles de Jérémie et d'éternité comme : « Tout passe et tout s'use. » Les autres lui ont jeté des insultes rigolotes et j'ai craint, un instant, pour le pauvre maniaque la brutalité de leur lâche force. E. et J. de Goncourt, Journal,1865, p. 165.
6. Jetant le numéro de la Revue sur la table, Christophe, sans prendre le temps de respirer, les apostropha avec une violence inouïe, criant, les traitant de drôles, de gredins, de faussaires, et tapant le plancher à tour de bras avec une chaise. R. Rolland, Jean-Christophe,La Révolte, 1907, p. 489.
II.− Emploi pronom.
A.− Rare. Se parler à soi-même :
7. Il [Lousteau] s'apostrophait d'autant plus en lui même qu'il se trouvait aux prises avec la plus aiguë de toutes les misères, une misère cachée. Balzac, La Muse du département,1844, p. 247.
B.− Emploi réciproque. S'interpeller mutuellement :
8. Au beau milieu du chœur, deux champions couverts d'or se gourment, s'apostrophent. Ôte-toi. − Non, c'est ma place. − C'est la mienne. − Tu mens. Coups de pied, coups de poing. Courier, Pamphlets pol.,Lettres partic., 1820, p. 59.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. 1611 « se détourner; révoquer, rappeler » (Cotgr.); 1672 « interpeller par une apostrophe » (Molière, F. Sav., II, 9 ds DG : Un pédant qu'à tous coups votre femme apostrophe Du nom de bel esprit); d'où 1770 fam. « adresser à qqn des paroles désagréables, désobligeantes » (Rousseau, Confess. VII ds Rob. : Il ne peut se contenir, il m'apostropha avec une brutalité qui scandalisa tout le monde); 2. p. métaph., iron., pop. av. 1673 apostropher qqc. à qqn « appliquer qqc. à qqn » (Molière, Jal. du Barbouillé, 11, ibid. : ... je lui aurais apostrophé cinq ou six clystères de coups de pied dans le cul). Dér. de apostrophe1*; dés. -er.
BBG. − Bruant 1901. − Noter-Léc. 1912.