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Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
Pron. pers. tonique de la 2e pers. du sing., cas régime.
I. En autonomie
1. 2e moit. xe s. apr. prép.; te forme prov. (St Léger, éd. J. Linskill, 94: Meu'evesquet neˑm lez tener Por te qui sempreˑm vols aver); ca 1050 devant tei, pur tei (St Alexis, éd. Chr. Storey, 361 et 397); ca 1100 spéc. apr. de, fait fonction de poss. (Roland, éd. J. Bédier, 2934: l'anme de tei);
2. fin xe s. compl. d'une interj.; te forme prov. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 54: gai te);
3. 1re moit. xiie s. apr. l'adv. de présentation ez (este) « voici » [datif éthique] (Psautier de Cambridge, éd. Fr. Michel, X, 2: Kar este tei li felun... [ecce impii]; L, 6);
4. fin xiie s. accompagnant un numéral ordinal (Béroul, Tristan, éd. E. Muret, 3408: Toi tiers seras fait chevaliers).
II.
A. Placé av. le verbe; en tête de prop.
1.
a) fin xe s. (Passion, 513: Te [Christ] posche retdrae graciae; v. éd. p. 83); fin xiie s. a. lorr. ti mismes (Sermons de St Bernard, éd. W. Foerster, p. 167, 1: Ti mismes tient Deus a flor);
b) ca 1100 apr. une conj. de coord. (Roland, 2454: « Charle, chevalche, car tei ne falt clartet »);
2. régime de verbes unipersonnels sans support de il
a) ca 1050 (St Alexis, 411: Tei cuvenist helme e brunie a porter);
b) id. apr. conj. de sub. (ibid., 202: Se tei ploüst);
3. 1176 marque une insistance, une oppos. (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 3448: Por son neveu toi li rendrai);
4. devant un inf.
a) 2e quart xiiie s. avec un verbe de mouvement (Quête du Graal, éd. A. Pauphilet, p. 113, 31: vien toi reposer et seoir);
b) 1263-70 l'inf. est amené par un verbe auxil. (Couronnement de Renart, éd. A. Foulet, 3562: Argent, qui toi puet amaser);
c) 1269-78 l'inf. est régi par une prép. (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 6984: Por toi chastier et aprendre).
B. Placé apr. le verbe (termine le groupe verbal)
1.
a) 1re moit. xiie s. apr. l'impér. (Psautier de Cambridge, XXXVI, 4: delite tei en Seignur); 1130-40 redrece tei, conforte tei (Wace, Conception N.-D., éd. W. R. Ashford, 101 et 441);
b) 1re moit. xiie s. apr. un subj. de souhait (Psautier de Cambridge, XIX, 1: Oied tei li Sires); 1174-87 (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 1360: Dex beneïe toi);
2. 1re moit. xiie s. pour mettre en relief, marquer une oppos. (Psautier de Cambridge, XXIV, 19: Simplicited e dreiture guarderunt mei, kar je atendi tei); ca 1170 (Rois, éd. E. R. Curtius, I, 8, 8, p. 16: Nen out pas degeté tei mais mei que je ne regne sur els); 2e moit. xiie s. (Sermons de St Bernard sur le Cantique des cantiques ds Henry Chrestomathie, 101, p. 200, 38: nequedent nes laveras mie [les pieds du Seigneur], mais toi);
3. fin xiie s. en l'absence du suj. (Béroul, op. cit., 94: Mandai toi, et or es ici);
4. 1re moit. xiiie s. en prop. ell. du verbe (Aucassin et Nicolette, éd. M. Roques, VIII, 16: Ja n'i fieres tu homme ni autres ti).
III. En fonction de suj.
1. 1re moit. xiie s. précédant une forme en -ant dans une constr. abs. à valeur circ. (Psautier de Cambridge, LXXXIX, 5: Tei ferant els... [Percutiente te eos]);
2. 1174-87 en coord. (Chrétien de Troyes, Chevalier de la charrette, éd. M. Roques, 1802: Siudrons moi et toi, si tu viax, Le chevalier); 1360-70 (Baudouin de Sebourc, XXII, 119 ds T.-L.);
3. 1178 dans un tour compar. (Renart, éd. E. Martin, XIV, 328: J'en ai molt plus boü que toi); ca 1190 (ibid., éd. M. Roques, 12178: G'i sai plus que toi .iiii. parz);
4. xive s. en renforcement du pron. suj. tu (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. A. Hilka, 2373, var. ms. S: que dis tu, toi).
IV. Empl. subst. ca 1265 uns autres toi (Brunet Latin, Trésor, éd. Fr. J. Carmody, II, 45, 41, p. 216). Du lat. tē « toi » en position accentuée, v. aussi te. L'empl. de toi suj. s'explique par l'évol. faisant des pron. pers. suj., des pron. conjoints, cf. lui, moi. Dans les dial. du Nord, ti est anal. de mi, issu du datif lat. mihi (Pope, 832). La forme tei est région. (pays de la Loire, norm., anglo-norm.).