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Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
A. Verbe trans.
1.
a) fin xe s. « mettre en pièces, briser » (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 231); α) 1541 terme biblique rompre le pain (Calvin, Institution chrétienne, IV, 17, éd. J.-D. Benoit, t. 4, p. 384: L'Apostre dit que le pain que nous rompons est la communion du corps de Christ); β) 1601 rompre la glace fig. « faciliter l'issue d'une affaire difficile » (Ol. de Serres, Préf. ds Gdf. Compl.); γ) 1612 rompre des lances (R. de Menou, La Pratique du cavalier, 4e partie, ch. 14 ds Livet Molière, p. 54); fig. 1718 rompre une lance pour qqn (Ac.); δ) 1648 rompre en visière qqn fig. (Scarron, Roman comique, I, 13); ε) 1686 rompre les chaînes fig. (Bossuet, Le Tellier ds Littré); ζ) 1694 rompre le fil d'un discours (Ac.);
b) ca 1150 « déchirer » (Wace, St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 857);
c) 1527 à tout rompre « tout au plus » (Seyssel, tr. Thucydide, VII, 5 ds Hug.);
d) 1549 fig. rompre les oreilles à (Est.);
e) ca 1590 rompre qqn à « le plier à la pratique de quelque chose » (Montaigne, Essais, I, 26, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, 154);
2.
a) 1100 « séparer en deux par la force » (Roland, éd. J. Bédier, 1265);
b) α) 1253 rompre une terre « donner un premier labor à une terre en friche » (Chart. de Guill. Maengo, de la Seigneur. de Surgères ds Du Cange, s.v. rumpere); β) 1508 « défoncer un ouvrage » (Comptes du chateau de Gaillon, 108 ds IGLF);
c) α) ca 1470 « rendre une voie impraticable en la défonçant » (Georges Chastellain, Chroniques, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 2, p. 96); β) 1723 typogr. rompre une planche (Savary);
d) ca 1470 « pénétrer dans un dispositif ennemi » (Georges Chastellain, op. cit., p. 267);
e) α) id. « dissoudre un groupement » rompre une armée (Id., ibid., t. 1, p. 273); β) 1673, nov. « mettre fin à une assemblée » (Mme de Sévigné, Corresp., éd. R. Duchêne, p. 615);
3.
a) ca 1155 « interrompre les effets d'un engagement » (Wace, Brut, 2361 ds T.-L.);
b) ca 1165 « cesser de respecter une prescription » (Benoît de Ste-Maure, Troie, 13893, ibid.);
4.
a) 1258, mars « arrêter le cours de l'eau » (Chartes de la Haute-Marne, éd. J. G. Gigot, p. 85);
b) 1470 rompre le coup « rendre sans effet » (Georges Chastellain, op. cit., t. 3, p. 158);
c) 1561 terme de chasse rompre les chiens (Du Fouilloux, La Vénerie, fol. 39 ds Tilander Nouv. Mél., p. 21);
d) 1665 rompre les mesures (Cardinal de Retz, Mém., éd. A. Feillet, I, 96); 1721 terme d'escr. (Trév.);
5.
a) 1680 « changer de couleur par l'action de l'air (du vin) » (Rich. t. 2);
b) 1723 rompre la laine (Savary); 1762 rompre une couleur (Ac.).
B. Verbe intrans.
1. ca 1145 « se briser » (Wace, Conception Notre-Dame, éd. W. R. Ashford, 76); 1530 se plier que de rompre (Palsgr., p. 660);
2. 1370 « interrompre brusquement des relations existantes » (Oresme, Ethiques, éd. A. D. Menut, 452);
3. 1661 rompre en visière à qqn (Molière, École des Maris, I, 4).
C. Verbe pronom.
1. ca 1400 « ruiner » (Eustache Deschamps, Balade, éd. G. Raynaud, VII, 140);
2. déb. xvie s. « se briser, se casser » (Jean Molinet, Chroniques, 299, éd. G. Doutrepont et O. Jodogne, t. 2, p. 509);
3. 1534 se rompre le coul (Rabelais, Gargantua, 43, éd. R. Calder et M. A. Screech, p. 255);
4. 1628 « cesser brusquement de se manifester » (Malherbe, Questions Naturelles de Sénèque, I, 1, éd. M. L. Lalanne, I, 477);
5. 1653 « éclater contre un obstacle en parlant d'une masse d'eau » (Vaugelas, Quinte Curce, Livre six, ch. IV ds Rich. t. 2);
6. 1690 « donner une image réfractée » (Fur.). Du lat. rumpere « briser, casser avec force »; « rompre avec une idée accessoire d'arrachement, d'éclatement ». Rumpere s'emploie au sens physique comme au sens moral (v. Ern.-Meillet).