A. — Étymol. Préf. empr. au lat. En lat. class., le rattachement aux bases à init. vocalique se faisant par la forme red- ; en lat. médiév., devant voy., le préf. a eu la forme re-.
B. — Hist. La rubrique consacrée au préf. re- par le Dict. Francoislatin de R. Estienne (2e éd.) (ci-après Est. 1549) et l'inventaire des vocables figurant à sa nomencl., permettent de caractériser le fonctionnement du préf. dans les débuts du fr. mod.
1. Sémantique. Dans la rubrique consacrée à « re mis en composition devant les verbes » Est. 1549 retient six significations:
a) « Aucunesfois il signifie autant que Denuo, De rechef: comme Rebatre, Rechauffer, Relauer, etc. »
b) « Aucunesfois il signifie Vicissim : comme Rebrocarder (...), retorquere scōma[;] Refrapper, referire, referientem ferire[;] Remocquer, Repiquer, Rebecquer, Reualoir (...). »
c) « Quelquesfois il uault autant que Retro, derriere, en arriere: comme Reculer, aller en arriere, tirer le cul arriere, recedere[;] Rechasser ou Repoulser ses ennemis, retro pellere[;] Se retirer, Reuenir, Reiaillir. »
d) « Par fois ne change en rien la signification du simple: comme Reconforter, conforter, Remonstrer les faultes a aucun, monstrer, Receler, celer, Racompter [=raconter], compter [=conter], Remercier, mercier, Repaistre, paistre, Reschapper, eschapper, Resueiller, esueiller. »
e) « Aucunesfois il augmente la signification du simple, et signifie autant que Valde, beaucoup, fort: comme Redoubter, fort doubter, Redonder, Reclamer Dieu a son aide, vehementer inclamare, vehementi clamore inuocare[;] Redarguer, vehementer arguere, fort arguer et reprendre[;] Reluire, Resembler a quelqu'ung, luy sembler fort ou estre semblable[;] Requerir (...). » À la nomencl., la même analyse est produite pour « Receler, valde celare » et pour « Renier (...) quasi Renegare, id est valde negare ».
f) « Aucunesfois il fait signifier le contraire du simple: comme Reueler, descouurir et manifester ce qui estoit uelé [=voilé] et caché, Reprouuer, le contraire de Prouuer et Approuuer, Retourner, tourner au contraire, Regorger, le contraire de Gorger ou Engorger. » On est frappé par la volonté de lier systématiquement le préfixé à une base effectivement att. en fr. Cela reste le cas même lorsque le vocable est manifestement un empr., comme redarguer (< lat. redarguere, où red- est la forme du préf. devant init. vocalique), mais présenté comme dér. de arguer, ou encore de reueler, présenté comme dér. de ueler, var. de uoiler. La seule exception est redonder (< lat. red- + undare), doublet sav. de regorger. On notera aussi l'extraordinaire prégnance du lat. qui conduit, par ex. sous la rubrique supra e, à partir du sens global des vocables, qui sont en fait des calques, à attribuer — à tort — au préf. une valeur d'intensif.
2. Morphologie
a) [Rattachement du préf. à une base à init. vocalique] Il y a des différences selon les voy.:
— Devant a-, le préf. est élidé: une trentaine de vocables à la nomencl. avec seulement trois exceptions: reajourner, readopter, reaggravations [sic].
— Devant e- ou es-, le préf. est élidé: redifier, requiper, reschauffer, recreer (et var. rescreer), rescrire, reslire, respandre/repandre, respardre (< espardre « il vient de spargere »), respargner/repargner, respessir, resprouver « esprouver de rechef », ressayer, ressuyer, restablir, restancher, restreindre/reteindre, restendre, resternuer, restouper, restrangler, restrecir/retrecir, restriller, restudier, restuver, restuyer (< estuyer de estuy), resvanouir, resueiller. On notera que la substitution de e- à es- pour noter [e], demandé par les réformateurs, reçoit dans Est. 1549 un déb. d'application au plan des entrées du dict. Mais, à une époque où la pratique du é n'existe qu'en finale de mot, cette réforme provoque une redoutable confusion pour les mots en re- : reprouver doit-il être analysé comme un dér. de eprouver, forme modernisée de esprouver, avec élision du e de re ? ou comme un dér. de prouver ? ou encore comme un empr. reprouver (< lat. reprobare)? Il ne s'agit pas d'un problème d'école. Ainsi Est. 1549, à recrier, recurer, reiouir, renvoie-t-il à crier, curer, iouir, et non à ecrier, ecurer, ejouir.
— Devant em-, en-, le préf. est élidé: environ quatre-vingt vocables à la nomencl., pas une exception.
— Devant im-, in-, le préf. n'est pas élidé: une vingtaine de vocables; seule exception rinser, renvoyé à reinser (notre rincer).
— Devant u-, le préf. n'est pas élidé: reunir.
— Lorsque la voy. est précédée de h, la forme du préf. est re-. Est 1549 en donne une liste de vingt-deux vocables. À ra..., figurent rabiliter et rabituer avec indication des var. rehabiliter, rehabituer et rabiller (sous var.). À rha..., figurent des renvois rhabiller et rhabituer à rabiller et rabituer. En conclusion, vers 1530-50, l'élision devant voy. reste donc la règle, sauf devant la série des mots en im/in- et qq. mots isolés en u- [y], et qq. empr. sav. en a-. Les débuts du développement de re- antévocalique datent de la fin du xvie s. on en trouve trace dans le Thrésor de Nicot 1606 et ds Cotgr. [1611].
b) [Rattachement du préf. à une base en s] Il se fait sans redoublement de s (une trentaine de vocables à la nomencl. de Est. 1549). La situation est beaucoup plus simple qu'en fr. contemp.
c) [Var. ra- du préf. re-] Il s'agit d'un fait de prononc. fort vivant dans le passé, et dont on trouve trace dans Est. 1549, qui donne p. ex. les deux formes pour raclasser/reclasser, radresser/redresser, rafreschir/refreschir, ragaillarder/regaillarder.
B. — Hist. La rubrique consacrée au préf. re- par le Dict. Francoislatin de R. Estienne (2e éd.) (ci-après Est. 1549) et l'inventaire des vocables figurant à sa nomencl., permettent de caractériser le fonctionnement du préf. dans les débuts du fr. mod.
1. Sémantique. Dans la rubrique consacrée à « re mis en composition devant les verbes » Est. 1549 retient six significations:
a) « Aucunesfois il signifie autant que Denuo, De rechef: comme Rebatre, Rechauffer, Relauer, etc. »
b) « Aucunesfois il signifie Vicissim : comme Rebrocarder (...), retorquere scōma[;] Refrapper, referire, referientem ferire[;] Remocquer, Repiquer, Rebecquer, Reualoir (...). »
c) « Quelquesfois il uault autant que Retro, derriere, en arriere: comme Reculer, aller en arriere, tirer le cul arriere, recedere[;] Rechasser ou Repoulser ses ennemis, retro pellere[;] Se retirer, Reuenir, Reiaillir. »
d) « Par fois ne change en rien la signification du simple: comme Reconforter, conforter, Remonstrer les faultes a aucun, monstrer, Receler, celer, Racompter [=raconter], compter [=conter], Remercier, mercier, Repaistre, paistre, Reschapper, eschapper, Resueiller, esueiller. »
e) « Aucunesfois il augmente la signification du simple, et signifie autant que Valde, beaucoup, fort: comme Redoubter, fort doubter, Redonder, Reclamer Dieu a son aide, vehementer inclamare, vehementi clamore inuocare[;] Redarguer, vehementer arguere, fort arguer et reprendre[;] Reluire, Resembler a quelqu'ung, luy sembler fort ou estre semblable[;] Requerir (...). » À la nomencl., la même analyse est produite pour « Receler, valde celare » et pour « Renier (...) quasi Renegare, id est valde negare ».
f) « Aucunesfois il fait signifier le contraire du simple: comme Reueler, descouurir et manifester ce qui estoit uelé [=voilé] et caché, Reprouuer, le contraire de Prouuer et Approuuer, Retourner, tourner au contraire, Regorger, le contraire de Gorger ou Engorger. » On est frappé par la volonté de lier systématiquement le préfixé à une base effectivement att. en fr. Cela reste le cas même lorsque le vocable est manifestement un empr., comme redarguer (< lat. redarguere, où red- est la forme du préf. devant init. vocalique), mais présenté comme dér. de arguer, ou encore de reueler, présenté comme dér. de ueler, var. de uoiler. La seule exception est redonder (< lat. red- + undare), doublet sav. de regorger. On notera aussi l'extraordinaire prégnance du lat. qui conduit, par ex. sous la rubrique supra e, à partir du sens global des vocables, qui sont en fait des calques, à attribuer — à tort — au préf. une valeur d'intensif.
2. Morphologie
a) [Rattachement du préf. à une base à init. vocalique] Il y a des différences selon les voy.:
— Devant a-, le préf. est élidé: une trentaine de vocables à la nomencl. avec seulement trois exceptions: reajourner, readopter, reaggravations [sic].
— Devant e- ou es-, le préf. est élidé: redifier, requiper, reschauffer, recreer (et var. rescreer), rescrire, reslire, respandre/repandre, respardre (< espardre « il vient de spargere »), respargner/repargner, respessir, resprouver « esprouver de rechef », ressayer, ressuyer, restablir, restancher, restreindre/reteindre, restendre, resternuer, restouper, restrangler, restrecir/retrecir, restriller, restudier, restuver, restuyer (< estuyer de estuy), resvanouir, resueiller. On notera que la substitution de e- à es- pour noter [e], demandé par les réformateurs, reçoit dans Est. 1549 un déb. d'application au plan des entrées du dict. Mais, à une époque où la pratique du é n'existe qu'en finale de mot, cette réforme provoque une redoutable confusion pour les mots en re- : reprouver doit-il être analysé comme un dér. de eprouver, forme modernisée de esprouver, avec élision du e de re ? ou comme un dér. de prouver ? ou encore comme un empr. reprouver (< lat. reprobare)? Il ne s'agit pas d'un problème d'école. Ainsi Est. 1549, à recrier, recurer, reiouir, renvoie-t-il à crier, curer, iouir, et non à ecrier, ecurer, ejouir.
— Devant em-, en-, le préf. est élidé: environ quatre-vingt vocables à la nomencl., pas une exception.
— Devant im-, in-, le préf. n'est pas élidé: une vingtaine de vocables; seule exception rinser, renvoyé à reinser (notre rincer).
— Devant u-, le préf. n'est pas élidé: reunir.
— Lorsque la voy. est précédée de h, la forme du préf. est re-. Est 1549 en donne une liste de vingt-deux vocables. À ra..., figurent rabiliter et rabituer avec indication des var. rehabiliter, rehabituer et rabiller (sous var.). À rha..., figurent des renvois rhabiller et rhabituer à rabiller et rabituer. En conclusion, vers 1530-50, l'élision devant voy. reste donc la règle, sauf devant la série des mots en im/in- et qq. mots isolés en u- [y], et qq. empr. sav. en a-. Les débuts du développement de re- antévocalique datent de la fin du xvie s. on en trouve trace dans le Thrésor de Nicot 1606 et ds Cotgr. [1611].
b) [Rattachement du préf. à une base en s] Il se fait sans redoublement de s (une trentaine de vocables à la nomencl. de Est. 1549). La situation est beaucoup plus simple qu'en fr. contemp.
c) [Var. ra- du préf. re-] Il s'agit d'un fait de prononc. fort vivant dans le passé, et dont on trouve trace dans Est. 1549, qui donne p. ex. les deux formes pour raclasser/reclasser, radresser/redresser, rafreschir/refreschir, ragaillarder/regaillarder.