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Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
I. Espace de temps.
A. Intervalle de temps écoulé pendant une rotation complète de la terre
1. servant à situer un événement, une action, un fait
a) 2e moitié xe s. en réf. au passé a ciel jorn (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 208); id. empl. avec un adj. numéral ordinal (ibid., 474);
b) ca 1050 en réf. au prés. oi cest jorn (St Alexis , éd. Chr. Storey, 542);
c) ca 1100 « jour fixé pour la célébration d'une fête [ici, en réf. au fut.] » (Roland, éd. J. Bédier, 54); 1130-40 le jor d'une solemnité (Wace, Conception, 682 ds T.-L.);
d) 1281 « le premier jour » le jour de may (Livre Roisin, éd. Brun-Lavainne, p. 295, 332); ca 1380-88 le jour de l'an (Froissart, Meliador, 21413 ds T.-L.);
e) 1297 plur. « jours où se tiennent des assises solennelles » les jours de Troies (doc. ds Du Cange, s.v. dies magni);
2. considéré dans sa durée
a) ca 1050 (St Alexis, 471); id. durée déterminée; empl. avec adj. numéral cardinal (ibid., 572); ca 1135 plur. « temps de vie, vie » les jorz de ton ëage (Couronnement de Louis, 390 ds T.-L.);
b) début xiie s. considéré par rapport à l'emploi qu'on en fait jurn uvrer (Benedeit, St Brendan, 749, ibid., s.v. ovrier);
3. ca 1274 considéré par rapport à l'état de l'atmosphère (Adenet Le Roi, Berte, éd. A. Henry, 272 : Par un jour si tres bel).
B. Intervalle de temps compris entre le lever et le coucher du soleil. Ca 1050 (St Alexis, 51 : Quant li jurz passet ed il fut anuitet).
II. Clarté
1. ca 1100 « clarté donnée à la terre par le soleil » (Roland, 667 : Par main en l'albe, si cum li jurz esclairet); 1155 (Wace, Brut, 6044 ds T.-L. : le jur oscurer);
2. « lumière naturelle dont l'origine est le soleil » 1176 au jour (p. oppos. à la pénombre) (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 6277); 1188 esgarder a jor (Florimont, 8819 ds T.-L.);
3.
a) 1572 « manière dont un objet est éclairé » (Amyot, Com. refréner la colère, 37 ds Littré); 1606 peinture (Nicot);
b) 1588 fig. « manière de voir, de présenter une chose » (Montaigne, Essais, III, XIII, éd. A. Thibaudet et M. Rat, p. 1059);
4. 1600 « éclaircissement, explication » (O. de Serres, Theatre d'agriculture, VI, XXIV, éd. Genève, M. Berjon, 1611, p. 809);
5. av. 1628 fig. mettre au jour « rendre patent, public, révéler » (Malherbe, I, 2 ds Littré);
6. 1636 mettre au jour « donner naissance, donner la vie » (Corneille, Cid, V, 6).
III. Ce qui laisse passer le jour
A.
1. 1334 archit. « ouverture pratiquée dans une porte, dans une fenêtre » (Lettre de Philippe de Valois, Félibien, Hist. de Paris, III, 240 b ds Gdf.);
2. 1559 fig. voir le jour à travers (qqc.) « voir la supercherie, ne pas être dupe de quelque chose » (Amyot, Marius, XXIV, éd. G. Walter, t. 1, p. 932);
3. 1616-20 persé à jour (D'Aubigné, Hist. univ., XIII, 17 ds Hug. : persé à jour de deux coups d'espée); 1689, 4 févr. percer (qqn) à jour « toucher au vif » (Sévigné, Lettres, éd. É. Gérard-Gailly, t. 3, p. 339); 1732 id. « pénétrer habilement la pensée de quelqu'un » (Trév.).
B. Fig. « voie d'accès »
1. 1644 « possibilité, moyen » (Corneille, Rodogune, V, 4);
2.
a) 1661 faire jour à (qqn) à (qqc.) « ouvrir l'accès de quelque chose à quelqu'un » (Molière, Don Garcie, V, 1); 1667 se faire jour au travers de « se frayer un chemin » (Racine, Andromaque, III, 1);
b) 1835 empl. abs. se faire jour « apparaître » (Ac.). Du subst. lat. diurnum, synon. de dies « jour » à basse époque, attesté au 1er s. aux sens de « ration, salaire journaliers » et de « registre où sont consignés les actes du peuple et du Sénat [cf. journal*]; registre de comptes », substantivation de l'adj. diurnus « journalier, quotidien »; de même orig., l'a. prov. jorn (xiie s. ds Rayn.), l'ital. giorno, le cat. jorn; du lat. class. dies « jour de 24 heures; jour (opposé à la nuit) », l'a. fr. di (842, Serments, éd. Henry Chrestomathie, p. 2, 4), l'a. prov. dia (ca 1060, Chanson de Sainte Foy), di (début xie s. Boèce, 176 : ms. dias, mais la versif. exige dis), l'ital. dia, di, le cat. esp. port. dia (dia, à travers un type lat. *dia); cf. le type jeudi.