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Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
1. Le préf. dé-, un des plus productifs de la lang. fr., indique que l'action s'opère dans le sens inverse; il est issu de la particule lat. dis- (ou di- devant certaines consonnes) marquant la séparation, la rupture, la division, la négation, et appartient à la compos. pop.; resté dis- en b. lat., il a pris la forme des- ou de- en a. fr. (cf. desrenable 1re moitié du xiiie s., desraisonnable 1370-72; deciller xiiie s., devenu dessiller; cf. aussi désappointé de l'angl. disappointed, lui-même de l'a. fr. désappointer).
2. Il se rapproche
a) du préf. dis-, di- par son orig. et son sens d'éloignement au fig., d'écart (cf. déménager [au fig., fam.]; déraisonner, divaguer, extravaguer; désunir, disjoindre; désaccord, dissonance).
b) Du préf. mal-, mé- (cf. déshonnête, malhonnête), ce qui explique la valeur péj.-dépréc. qu'il a prise, notamment dans la lang. arg. (cf. déguenillé, dégingandé, dépenaillé; déveine, malchance).
3. Il se forme le plus souvent à partir d'un verbe simple pour indiquer l'action contraire (verbes ou subst. d'action ou d'état).
4. Il a fonctionné très tôt par substitution d'un préf. anton. (cf. dériver2 de arriver, dérouiller de enrouillé « rouillé », désorption de absorption, détacher de attacher, détoxication de intoxication); il s'oppose très souvent au préf. en (em)- (encrasser/décrasser, emménager/déménager), au préf. in- (injecter/déjecter), au préf. re-, rem-, ren- (démailler/remmailler), plus rarement au préf. a- (accrocher/décrocher).
5. On rencontre souvent des verbes doublets (quasi-)synon., avec dé- seul ou adjoint au préf. en- (débrayer, désembrayer), au préf. a- (dégrafer, désagrafer), plus rarement au préf. é- (dépingler, désépingler) ; mais la forme simple est en gén. la plus vivace et la plus conforme à la tradition (déplumer a supplanté désemplumer).
6. Dans certains cas la constr. avec le seul préf. dé- donne un sens différent de celle avec deux préf. (désa-, désen-, désin-) : détoxication≠désintoxication; débarquer≠désembarquer; démarrer≠désamarrer.
7. Il s'adjoint parfois à un subst. rad. d'a. fr. (cf. déshérence de hoir « héritier »; dessiller de ciller « coudre les paupières d'un oiseau de proie »).
8. Il peut s'adjoindre à un préf. lat. ou gr. d'orig. sav. (dé- + oxy- dans désoxyribonucléique* (Pt Rob.).
9. Il se forme surtout sur un rad. verbe, puis, pour les néol. princ., sur un adj. pour créer de nombreux verbes en -er et surtout en -iser (dé + vital→dévitaliser; dé- + vitamine→dévitaminer, dévitaminiser), notamment dans les domaines de la pol., de la diplom., de la civilisation, en relig., sociol., psychol., écon., phonét., et dans de nombreux domaines techn., industr. ou non; enfin en arg. et dans la lang. cour. où les créations verbales foisonnent.
10. Parfois l'anton. de base n'existe pas (désodoriser, décaféiné).
11. Parfois se forme un nouveau verbe en doublet avec le premier (démystifier, démythifier; désassocier≠dissocier).
12. Le verbe peut prendre des emplois nouveaux (désépaissir une sauce, désépaissir des cheveux; désenrayer une roue, désenrayer une arme à feu; désinvestir une place-forte, désinvestir des capitaux, désinvestir une activité (psychanal.); désapprovisionner une arme à feu, compte en banque désapprovisionné.
13. « Le sens d'éloignement ne se retrouve pas dans la formation de nouveaux mots » (Dub.).