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Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
Empr. au lat. contra-.
A.— A. et m. fr. Les composés et les empr. apparaissent en nombre au xiie s. Les mots figurant à la nomenclature du TLF et apparus avant la fin du xvie s. s'élèvent à 62, dont 6 emprunts. Les subst. s'élèvent au nombre de 45; au xiie s. : contradiction (empr.), contredit, contre-mont, contre-mur, contrepoids, contre-poil, contre-sangle; au xiiie s. : contradicteur (empr.), contrefaçon (empr.), contrecœur1, contrefort, contre-lettre, contrepartie, contre-scel; au xive s. : contravention (empr.), contrecœur2, contremaître, contre-mine, contrepoint, contreseing, contrôle, contrôleur; au xve s. : contreboutant, contrecarre, contre-échange, contre-fiche, contre-latte, contrepointe (escr.), contrevent; au xvie s. : contrebas, contre-chant, contreclef, contrecoup, contre-digue, contre-exemple, contre-feu, contre-fil, contre-haut, contremarque, contrepéterie, contre-pied, contrepoison, contre-porte, contrescarpe, contretemps. Les verbes sont au nombre de 16 : av. le xiie s. : contredire (empr., Eulalie, 880); au xiie s. : contrebattre, contremander, contrepasser, contrepeser; au xive s. : contre-sceller, contrôler, contrevenir (empr.); au xve s. : contrebouter, contreminer, contresigner; au xvie s. : contrebalancer, contrebattre, contrecarrer, contremarquer, contre-tirer. Le part. passé adj. contrefait date du xiie s. Mais la seule énumération des termes qui se sont maintenus en fr. mod. ne donne pas l'image du système de contre- en a. et m. fr. La caractéristique de ce système est une très large prédominance des composés verbaux ou déverbaux. Rien qu'au xiie s., indépendamment des composés cités ci-dessus, on a : subst. contrapel « protestation contre » (R. Alex.), contrecange « action en retour, revanche » (ibid.), contrecampion « champion opposé à un autre » (Herman, Bible), contrecors « rencontre de deux choses se déplaçant en sens contraire » (Oxf. Ps.), contrestance (R. Alex.), contremes « mets d'une autre espèce » (Horn), contrepan « caution, assurance » (Enéas), contrepesance (R. Alex.), contretenement (Wace), contreval (Roland); verbes : contratendre (Chr. de Troyes), contrebatre (ibid.), contrechavalcier (Athis), contredeinner « mépriser » (Wace), contrecrire (R. Alex.), contrester (Wace), contregaiter (sei) (ibid.), contregarder (Marie de France), contregarnir (sei) (Wace), contrejeter (ibid.), contreparler (L. Rois), contrepenser (ibid.), contreposer (G. de St Pair), contreprandre (Chr. de Troyes), contreprisier (Athis), contrerimoi(i)er « plagier » (Chr. de Troyes), contresalir (Voyage de Saint-Brendan), contretenir (sei) (Wace), contretorner (Herman, Bible), contrevaleir (Roland). La formation des composés se poursuit avec la même intensité jusqu'au xvie s. Contre- fonctionne avec n'importe quel subst. ou verbe exprimant une action au sens large. Voici, parmi bien d'autres, notés ds Hug. : verbes : contre-adorer « adorer d'une façon réciproque » (Amyot), se contrecourroucer « se courroucer contre une personne qui se courrouce » (Montaigne), contr'œillader « répondre à une œillade par une œillade » (Tahureau); subst. : contrecaresse « caresse en réponse à une caresse » (H. Estienne), contrefinesse « finesse en réplique à une finesse » (L. Le Roy), etc. L'examen de la nomenclature de Cotgr. 1611 permet de se faire une idée du système de contre- à l'autre bout de la période. Elle comporte 80 subst. et 55 verbes (ou part. passés) préfixés par contre-. Elle enregistre 31 des 45 subst. et 14 des 16 verbes apparus à la fin du xvie s. et figurant à la nomenclature du TLF (cf. supra). Manquent les subst. contre-mur (xiie s.), contrefaçon, contradicteur, contrepartie (xiiie s.), contre-boutant, contrefiche, contrelatte (xve s.), contre-chant, contrecoup, contre-digue, contre-exemple, contre-haut, contrepéterie, (xvie s.) et les verbes contrebattre et contrepasser (xiie s.). Cotgr. enregistre donc 49 subst., 36 verbes et 5 part. ou adj., absents de la nomenclature du TLF :
— Subst. de l'inanimé : contr-'adveu, contr'amour, contr'antidote, contr'applegement, contrebalance, contrebarre, contre-base, contrecedule, contrechange, contrechifre, contredite/contredise, contr'effort, contr'escript, contr-'essay, contr'estang, contre-fenestre, contrefente, contreferme, contrefinesse, contreflux, contrefrontail, contregage, contrehastier, contrehaulte (= haultecontre), contr-'invective, contremanche, contremand, contremandement, contremejane, contrepan, contrepant, contrepleige, contrepleigement, contrepoincte (= contrepoinct), contrepointerie, contrequictence, contretaille, contretemperament, contreteneur, contretenon, contretrahison, contreval; désignant des pers. : contre-garde, contrejouëur, contreouvrier, contrepenseur, contrepoinctier, contreporteur (= colporteur), contrequerant.
— Verbes : contrebondir, contrechanger, contrechanter, contrecharger, contrechifrer, contrediguer, contr'elider, contr'eschanger, contr'escrire, contr'ester, contrefermer, contreflater, contrefortuner, contregarder, contr-'imiter, contrelouër, contrelutter, contrementir, contremettre, contremonter, contremunir, contreoffrir, contrepaner, contrepenser, contrepeter, contrepicquer, contrepleiger, contreplier, contrerepliquer, contreseeller, contresommer, contresonner, contretaluër, contretenir, contretrancher, contrevenger.
— Part. ou adj. : contr'animé, contrebarré, contrepotencé, contre-soufflé, contretraversant.
B.— xviie et xviiie s. Les composés figurant à la nomenclature du TLF et apparus au xviie s. sont essentiellement formés à partir de subst. : 3 verbes seulement pour 26 subst. Subst. : contre-allée, contre-appel (escr.), contre-approche, contrebatterie (artill.), contrebiais (à), contrebord (à), contrechâssis, contre-épreuve, contre-espalier, contre-fugue, contre-hermine, contre-garde, contre-indication, contre-jour, contremarche, contre-pente, contresens, contre-terrasse, contrevallation, contrevent1, contrevérité, contre-visite, contrordre; désignant des pers. : contre-amiral, contreposeur, contrevenant; verbes : contre-épreuver, contre-hacher, contreventer. La tendance est la même au xviiie s. Le nombre de subst. figurant à la nomenclature du TLF et apparus de 1700 à 1780 est de 9, le nombre de verbes est de 3. Subst. : contre-courant, contre-enquête, contre-épaulette, contre-force, contre-hachure, contre-heurtoir, contre-lame1, contre-platine, contre-proposition; verbes : contrebuter, contre-calquer, contrefoutre (se). En conclusion, c'est du xviie s. que date le système actuel de contre-, avec des formations appartenant presque exclusivement à la classe des subst. D'un point de vue sém., c'est aussi au xviie s. que, parallèlement aux composés où contre- exprime la riposte ou l'opposition, s'affirme un type de composés où contre- exprime la répétition, le redoublement. Enfin on notera que, dès l'origine, avant même que ne se pose la question d'une éventuelle concurrence de anti- apparu au xvie s., on n'a pas de composés formés à partir d'adjectifs.