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Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
A.— Étymol. — Le préf. archi- a pour orig. ἀρχ-, ἀρχι- « le chef de ». P. Chantraine (Dict. étymol. de la lang. fr., Paris, Klincksieck, t. 1, 1968) indique qu'il a été très productif en gr. anc. (une centaine de composés). Il s'est répandu en fr. à la fin du xve s. et dans la 1re moitié du xvie s., à la faveur d'empr. au gr., le plus souvent par l'intermédiaire du lat. ecclésiastique. La plupart des mots du vocab. relig. qui ont été considérés comme des composés parce que la base était un terme appartenant au fr. sont en réalité des emprunts. Cf. les étymol. de archange, archangélique, archevêché, archevêque, archidiaconat, archidiacre, archiépiscopal, archi -mandrite, archipresbytéral, archiprêtre, etc. Les empr. dans les autres domaines sont plus rares. Cf. les étymol. de archimime, architecte, architriclin, archonte.
B.— Histoire
1. Archi- combiné avec un subst. pour exprimer la supériorité hiérarchique a été somme toute assez productif dans le vocab. relig. : archiconfrérie, archidiocèse (et dér. archidiocésain), archi-druide « chef électif des druides » 1509, Lemaire de Belges, Illustr., III, 1 [II, 293]. Il s'est surtout développé dans le vocab. de la hiérarchie féodale. Voir aussi, dans les listes dressées par L. Guilbert et J. Dubois, Formation du syst. préf. intensif en fr. mod. et contemp. ds Fr. mod., t. 29, 1961, pp. 89-91, au xve : archipirate, archiconfraternité (archiconfrérie), archimaître, archipilote.
2. Archi- exprimant l'intensité. — L. Guilbert et J. Dubois, op. cit., ont montré que archi- avec valeur intensive dès le xve et le xvie s., se combine avec des termes qui sont à la fois des adj. et des subst. désignant des personnes. Au xviie s., les composés formés avec un adj. sont devenus les plus nombreux; le composé tend aussi à devenir un qualificatif : archibadaud, archibeste, archi-cruel, archidétestable, archifou, archifourbe, archifrondeur, archigueux, archi-joli, archi-malade, archimalin, archimutin, archi-plaisant, archipatelin, etc. (liste établie d'apr. Brunot t. 4, p. 606). « La 2e édition du Dictionnaire de Furetière (1re de Trévoux) permet de faire le point au xviiie siècle : « Ce mot [archi] ne se met jamais tout seul, mais il est fort significatif quand il est joint avec d'autres, et il a la force d'un superlatif, pour marquer quelque degré d'élévation. Il y en a des exemples ci-devant, et ci-après. Mais il entre aussi avec grâce en la composition de plusieurs autres mots factices. C'est un « archivilain », un « archiparesseux », un « archidévot », un « archifou », un « archipédant », etc., pour dire qu'un homme est très-vilain, très-paresseux, très-fou. Ce mot se traduit en latin par le superlatif de l'adjectif auquel il est joint. Mais toutes ces façons de parler, et plusieurs autres que l'on peut faire de la sorte, ne sont bonnes que dans le style simple et familier. » À la fin du xviiie siècle, Féraud (Dictionnaire de la langue française, 1787) souligne son caractère préfixal et disponible : « Archi est un mot qui ne se dit jamais tout seul, mais qui joint à d'autres mots, marque un degré d'excellence et de supériorité. Outre les compositions usitées en ce genre, on en invente tous les jours dans la conversation. On dit « archivilain, archidévot, etc. » Le procédé de composition reste vivant pendant la Révolution, où il s'intègre au nouveau vocabulaire politique et social; certains composés sont parallèles à ceux qui sont formés avec ultra : « archi-aristocrate, archi-calottin, archi-jacobin, archi-maratiste, archi-ministériel, archi-monarchien, archi-patriotique, archi-révolutionnaire » (Index de Brunot, Histoire de la langue française, IX, et Frey, Vocabulaire de la Révolution). Les dictionnaires du xixe siècle reprennent le texte de Furetière en renouvelant les exemples. Mais « archi » se restreint aux adjectifs qui indiquent un défaut d'esprit, ce qui accentue le caractère familier et péjoratif du mode de formation : « archifou, archipédant » cités par Littré « archibête, archifou » cités par Robert (Nouveau Littré), dans le vocabulaire social « archimillionnaire, archimilliardaire », dans la langue commune « archicomble ». » (L. Guilbert, J. Dubois, Formation du syst. préf. intensif en fr. mod. et contemp. ds Fr. mod., t. 29, 1961, pp. 89-91). On aura noté qu'assez rarement (cf. II B, C) archi-marquant l'intens. entrait en compos. avec un subst. de l'inanimé ou avec un verbe. L. Guilbert et J. Dubois, op. cit., relèvent ds Hug. les subst. archibeauté, archipédanterie, archiproportion et le verbe archichanter.