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Voir également: abstrait, abstraite, adjectif 
Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
Corresp. rom. : prov. abstrayt; ital. astratto; esp. abstracto; cat. abstracte; port. abstracto.
I.—
1. 1372 (1522) « (terme) qui exprime un concept indépendant de l'objet » terme de gramm. (J. Corbichon, Propriété des choses, I, 7, éd. 1522 ds Quem. t. 1 1959 et DG : noms... que les grammairiens appellent abstractz);
2.
a) 1568 « séparé (de la matière) » terme philos. (Louis Le Roy, trad. des Politiques d'Aristote, I, 3, Commentaire ds Hug. : que les intellectz abstractz sont coëternelz avec Dieu);
b) 1605 « séparé (des contingences terrestres) » (Ph. de Marnix, Différ. de la Relig. II, 1, 2 ibid., : Dieu... ne peut en aucune façon estre cogneu ni apprehendé sinon d'une ame abstracte, et retirée de la contemplation de toutes choses terriennes).
II.— 1400-3 « retiré, caché (d'une vie) » terme gén. (Christine de Pisan, Mutation de fortune, éd. Solente 23 635-6 : Paix, solitude volumtaire, Vie astracte, solitaire). Empr. au lat. abstractus, part. passé de abstrahere, attesté au sens I, emploi math. (dep. Cassiodore, De arte grammat., VII, 214, 3 ds TLL s.v. : abstracta... quantitas dicitur, quam intellectu a materia separantes vel ab aliis accidentibus sola ratiocinatione tractamus); cf. avec emploi I 1, Albert le Grand, Comm. in sent. P. Lombardi, 1, 33, 1 ds Mittellat. W. s.v., 63, 5 : utrum liceat proprietates abstracto nomine significari; cf. avec I 2a, Id., Quaest. super lib. de animalibus, 1, 1, ibid. 62, 68 : illud quod est universalius, est a materia abstractus; cf. avec I 2 b, Id., De somno, 3, 1, 6, ibid. 4, 3 : quidam sortiuntur animas altiores... quanto fuerint abstractiores. II, terme gén., élargissement de sens à partir de I.
HIST. — À l'orig. un seul mot avec 2 orth. : abstract / abstrait indifféremment empl. jusqu'à Fur. 1690; puis les 2 orth. donnent 2 mots, mais dont les sens sont assez mal définis : d'une part, l'adj. abstract, de l'autre, le part. passé adjectivé abstrait de abstraire. Ac. 1718 regroupe pour la 1re fois tous les sens sous une vedette unique abstrait, alors que Fur. 1690 et Trév. continuent à distinguer 2 vedettes jusqu'en 1771, tout en donnant abstract pour « un peu barbare ».
I.— Sens disparus av. 1789. — « Retiré, caché, isolé », extension du sens premier (cf. inf. II) : Les wantiers de ceste ville n'avoient lieu comode au marchié pour estaller (...) pour vendre leur (...) marchandises par ce qu'ilz estoient en lieu abstrat. (10 nov. 1552, Reg. aux Publicat., Arch. Tournai ds Gdf.).
— Rem. Emploi particulier : « retiré, caché » (en parlant d'une vie), ca 1400, cf. étymol. II.
II.— Hist. du sens et des emplois attestés apr. 1789. — Un seul sens (cf. déf. par Dub.) et différents emplois. Le sens apparaît pour la 1re fois en 1372 (cf. étymol. I 1) dans la lang. techn. de la gramm. Attesté ensuite comme terme de philos. (Fur. 1690), dogmatique (Ac. 1694) ou didactique (Ac. 1762), il a multiplié ses emplois et reste bien vivant.
A.— Emplois se rapportant à l'inanimé. —
1. Emploi gén. « qui s'attache à l'aspect purement intellectuel d'une chose en dehors de toute qualité sensible et individuelle. »
— 1re attestation au xviie s. : Ce discours quoique abstrait, me paraît assez bon. Regnard, 1655-1709 ds Journet-Petit t. 1 1966, Rob.
— Rich. t. 1 1680 lui donne une valeur péjorative : Qui est détaché des choses sensibles, malaisé à pénétrer, vague. Discours
abstrait. — Permanence de ce sens, mais avec une valeur péj. plus prononcée (cf. sém.).
2. Emplois partic. : ce sont des emplois techn. déf. par le cont. (l'adj. étant toujours associé à un mot qui détermine son champ d'application : terme pour la gramm., nombre, sciences, art, etc.). Ils sont énumérés ci-après dans l'ordre chronol. d'apparition :
a) terme abstrait (gramm.) : 1re attest. au xive s. (cf. étymol. I 1); permanence de cet emploi :
— xviie s. : La blancheur est un terme abstrait (...) (Fur. 1690).
— xixe et xxe s. cf. sém. A 5 c.
b) sc. abstraites.
— Apparition au xviie s. : J'avais passé beaucoup de temps dans l'étude des sciences abstraites ; mais le peu de gens avec qui on en peut communiquer m'en avait dégoûté. (Pascal ds Journet-Petit t. 1 1966, Rob.).
— Rich. t. 1 1680 lui donne un sens péj. « malaisé à pénétrer, vague ».
— Permanence de ce sens (cf. sém.).
c) nombre abstrait. Apparaît ds Trév. 1771, subsiste.
d) math. abstraites. Dès le xviiie s. : Les Mathématiques abstraites ou pures sont celles qui considèrent la grandeur ou la quantité absolument en général, sans se borner à aucune espèce particulière, comme la Géométrie et l'Arithmétique. Dans ce sens elles sont opposées aux Mathématiques mixtes. (Trév. 1771). Emploi attesté au xixe s. (Ac. Compl. 1842), mais inusité au xxe.
e) art abstrait. N'apparaît qu'au xxe s. (cf. sém.).
B.— Emploi se rapportant à l'animé : « se dit d'un homme qui est comme isolé, séparé du monde extérieur, absent, distrait, indifférent à ce qui se passe autour de lui, absorbé, renfermé en lui-même. » (Rob.).
— Apparaît au xvie s. d'abord dans le cont. partic. du supra-sensible, sans nuance péj. cf. étymol. I 2 et aussi : En tel personnaige studieux vous voirez suspendues toutes les facultez naturelles (...) vous le jugerez (...) estre hors soy abstraict par ecstase. (Rabelais, Tiers Livre, 1546, 31 ds Hug., s.v. abstraire).
— Rem.
1. Au xviie s., Rich. t. 1 1680 note une nuance péj.; le mot se charge d'un contenu affectif, être abstrait est une disposition caractérielle : Phédon est abstrait, rêveur, et il a avec de l'esprit, l'air d'un stupide. (La Bruyère, Caractères, VI, 83 ds Cayrou 1948).
2. La confusion abstrait / distrait est dénoncée par Trév. 1771, mais la distinction devient nette ds Ac. 1798 : On est abstrait pour être appliqué à une seule chose. On est distrait par inapplication et légèreté.
3. Au xixe s., dans le lang. cour., se dit d'une personne : « qui pense par idées abstraites, s'exprime dans un langage abstrait et par suite, est difficile à comprendre ». Kant est un philosophe abstrait. (Littré).
C.— Emploi comme adj. substantivé : l'abstrait ou les abstraits. Terme issu de la scolastique p. oppos. au concret. Il apparaît au xviie s. et subsiste :
— xviie s. : De la connoissance des abstracts on parvient à celle des concrets, qui est le terme opposé. (Fur. 1690).
— xviiie s. : La connaissance des concrets est toujours antérieure à celle des abstraits. (Leibniz, Nouv. essais, II, 12 ds DG).
— xixe et xxe s. : cf. sém.