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Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
Corresp. rom. : prov. abondar; ital. ab(b) ondare; esp., cat., port. abundar; sarde abbundare; roum. abunda.
1. Début xiie s. « être en quantité plus que suffisante », introd., ds trad. (Ps. Oxford éd. F. Michel, LXI, 10 : richeises si vus abundent, ne voilez le cuer aposer); 1160-1170 « id. » (Ch. de Troyes, Erec, éd. M. Roques 4040 : Einz est au chevalier del monde An cui graindre proesce abonde, Mon seignor Gauvain le hardi);
2. début xiie s. abonder de « avoir qqc. en quantité plus que suffisante », ds trad. (Ps. Oxford, id., LXIV, 14 : Vestu sunt li multum des oeilles, e les valedes abunderunt de frument); mil. xiiie s. « id. » (P. Meyer, Lég. de G. de Rousillon ds Romania, VII, [affluentissimus], 179) il estoit tres habondanz de grant heritaige en patrimoine;
3. xiie s. « donner en quantité plus que suffisante » trans. (Girard de Roussillon, éd. Mignard ds T.-L. : Mains povres mendians de ses biens habunda); [ca 1160, Wace avonder « rassasier, satisfaire » Chron. ascend. ducs de Norm. 52 ds Rou éd. Andresen ds T.-L. : D'aveir sunt cuveitus, n'en nes puet avunder ; xiiie s. jud.-fr. avonder « suffire » ds Romania, XXXIX, 140; cf. du point de vue sém. : lyonn. « suffire » : Je n'abonde pas à la besogne ds Pezard, Romania, LXXIII, 531] Empr. au lat. abundare (au sens propre de « couler en abondance, en parlant de l'eau » dep. Varron ds TLL s.v., 231, 20; empl. fig. ds Plaute, Stichus, 279 ibid., 231, 19 : abundat pectus laetitia meum) attesté au sens 1 dep. Tite Live, 2, 41, 9 ibid. 231, 61; cf. lat. médiév. début xe s. : Hrotsvitha, Resuscitatio, 9 Calinachi, 25 ds Mittellat. W. s.v., 67, 40 : gratiam in nobis gaudemus abundare; à rem. : Vulg. Ps. LXI, 10 : devitiae si affluant; au sens 2 dep. Térence, Haut., 527 ds TLL ibid. 233, 1 : is non ditiis abundet; fréq. emplois en relat. avec ager, terra...; cf. Vulg. Ps. LXIV, 14 : et valles abundabunt frumento; au sens 3 en lat. chrét. : Vulg. II Cor., 9, 8 ds TLL ibid., 235, 38 : potens est deus omnem gratiam abundare; cf. Götz, Gloss. V, 649, 12 : abundare : abunde dare (= rapproch. avec dare par étymol. seconde). Graph. hab- (cf. Anecdota helvetica, éd. Hagen, 300, 26 ds TLL ibid., 231, 10 : abut, abundat, sine h) prob. étymol. seconde par rapprochement avec habere. Hyp. d'étymol. seconde a + bond- (Gam. ds Z. rom. Philol. XLIII, 515) ne semble pas confirmée par l'a. fr. [avonder, de formation pop.; au sens de « suffire », cf. ive s. Hegesippi de bello judaico 5, versio lat. 23 ds TLL, ibid., 23 : abundat unius vestimentum ad sepulturam duorum.]. — Berger, s.v. HIST. — Abonder apparaît très tôt dans la lang. (xiie s. cf. étymol.) avec dès l'orig. les 2 sens princ. attestés de nos jours (cf. sém.); mais il possède aussi d'autres accept. qui, au cours de son évolution, se révèlent moins stables (vieillies, sinon disparues, dans la lang. contemp.).
I.— Disparitions av. 1789. —
A.— « donner en abondance », attesté du début du xiie s. (cf. étymol. 3) au xive s. : Monde, se tu honneur m'abondes Et plenté, et puis me vergondes. Watriquet de Couvin, Despis du monde, 16, Scheler (Gdf.).
B.— « rendre abondant », une attest. isolée au début du xviie s. : Les brebis alaictantes seront mieux traitees que les autres... pour les abonder en laict. O. de Serres, Theâtre d'Agric., 1600, IV, 13 (Hug.).
II.— Hist. des sens et accept. attestés apr. 1789. —
A.— « être en grande quantité », 1er attest. début du xiie s. (cf. étymol. 1), subsiste (cf. sém.).
B.— « avoir en grande quantité », 1re attest. début du xiie s. (cf. étymol. 2), subsiste (cf. sém.).
— Rem. Gén. constr. avec en, il s'est constr. qqf. avec de, notamment à l'orig. (cf. étymol. 2, 1res attest.) et dans la lang. class. : Si quelques hommes abondent de biens. La Bruyère (Besch. 1845). Dans les faux biens dont sa misère abonde. J.-B. Rousseau (Lar. 19e). De nos jours, cette constr. est considérée comme vieille (cf. Pt. Rob.).
C.— Au fig. :
1. abonder dans son sens « être attaché avec opiniâtreté à sa manière de voir », attesté dep. Fur. 1960. Ce sens, très vivant aux xviie et xviiie s. d'apr. la multiplicité des ex. donnés ds Lar. 19e, est vieilli et peu attesté aux xixe et xxe s. (cf. sém.). Il disparaît même chez les lexicographes récents (Rob., Lar. encyclop., Lar. 3, Dub.) qui ne citent plus que l'expr. suiv. (cf. inf. C 2).
2. abonder dans le sens de qqn, p. ext., « être de son avis, se ranger à son opinion », attestée dep. Ac. 1835 et encore couramment empl. (cf. sém.).
D.— Jurispr.
— L'adage ce qui abonde ne vicie pas ou ne nuit pas pour dire qu'une raison ou un droit de plus ne peut que rendre une cause meilleure, ou encore qu'une formalité non prescrite, mais non défendue, n'empêche pas la validité d'un acte, empl. à l'orig. (Ac. 1694) dans la lang. jur. est passée dans la lang. cour. et fam. dep. le mil. du xixe s. pour signifier « on n'a jamais trop de ce qui est bon » (cf. le proverbe abondance de biens ne nuit pas).
E.— « augmenter, excéder, dépasser, exagérer », verbe actif et intrans., qualifié de vieux dès le 1er dict. qui en fait mention (Ac. Compl. 1842), cité ensuite uniquement par Besch. 1845 et Lar. 19e.
1. Il a pu, en raison de son sens étymol., être pris comme verbe actif et avoir cette signif. qui ne subsiste plus que p. allus. à l'anc. législ. dans l'expr. abonder plus grande somme « exagérer le prix d'un héritage, pour en tirer frauduleusement une somme plus forte ».
2. Il peut encore être empl. comme verbe intrans. : Il se dit proprement des eaux, et signifie, venir, couler en abondance. Les eaux abondent dans cet étang. Laveaux (Besch. 1845). Cf. aussi ex. 19.