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Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
I.—
1. Ca 1275 abandonement à « action de s'abandonner à (qqc.) » (Rose, éd. F. Michel, 16478 ds T.-L. : abandonement A tous periz);
2. 2e moitié xiiie s. « action de capituler » (Leg. Gir. Rouss., éd. P. Meyer, Rom., VII, 42 : [Li rois] ne le [Girart] voloit laissier par nul habandonement mas li voloit tolir la vie auxi comme a desloial traïtour [nec eum ulla dedicione salvandum, sed veluti impium proditorem ... vita pribandum]);
3. 1326 « action de se dessaisir (de qqc.) » terme jur. (Arch. nat., S 95, pièce 34 ds Gdf. compl. : Faire cession ou abandonnement de ses biens).
II.— 1415 « bannissement » (Juv. des Ursins, éd. Buchon, 1415 ds Gdf : au mois de janvier, fut publié parmi Paris l'abandonnement de toutes gens d'armes). Dér. de abandonner* réfl. et trans.; II par restitution étymol. à partir de ban. HIST. — Abandonnement a des accept. voisines de abandon. Son sens est essentiellement actif, mais dès l'orig. on note aussi un sens passif.
A.— Le sens actif « action d'abandonner, de laisser à la discrétion de, de renoncer à », apparu au xiiie s. a survécu au cours des siècles; seul « action d'accorder » disparaît au xve s. : Que feray je en cestuy cas, se ne me fais de ta grace aucun abandonnement. Caumont, Voyage d'oultremer en Jerusalem [1400-1446], p. 98, (Gdf.).
— D'où l'emploi (techn.?) de « bannissement » cf. étymol.
— Le sens de « action de s'abandonner » est anc.; primitivement concret, il prend au xviie s. un sens moral principalement péj., en partic. avec le sens de « débauche, prostitution » : Tant d'emportement honteux! Tant de faiblesse et d'abandonnement ! Lui qui s'était piqué de raison, d'élévation, de fierté devant les hommes. Massillon, Sermon sur le mort du pécheur [début xviiie s.], (Littré).
— Au xviie s., apparaît l'idée de « s'abandonner à qqn », en particulier à Dieu : C'est estat du delaissement de soy-mesme comprend aussi l'abandonnement au bon plaisir de Dieu en toutes tentations, avidités, secheresse, aversions et repugnances qui arrivent en la vie spirituelle. St F. de Sales, Entretiens spirituels [1610-1620], 2, (Hug.).
— Au xviiie s. le mot prend le sens relig. de « résignation », vertu par laquelle on se remet entre les mains de Dieu.
— De ce sens actif découlent des sens techn. : . Dr. — « Cession de biens, de terres ou d'héritage », dep. le xive s. (cf. étymol. 3); xviiie s. : l'heritier beneficiaire est dechargé envers ses creanciers par l'abandonnement des biens de la succession. Fur. 1701. Ce sens subsiste jusqu'au xxe s. (cf. Rob.). . Dr. mar. — « Contrat par lequel un marchand abandonne au profit de l'assureur des marchandises chargées sur un vaisseau » (cf. Trév., 1752), disparaît au cours du xixe s. Mais ce sens subsiste dans le verbe (cf. abandonner, hist. II A 1, rem.). . Milit., uniquement ds Ac. Compl. 1842, cité comme anc. : Se disait, avant que les compagnies fussent au compte du roi, de la banqueroute que faisait un capitaine, quand il laissait [...] sa compagnie mal équipée, et hors d'état de tenir campagne.
B.— Sens passif : « état d'une pers. abandonnée » : Et se prist au plorer si tresamerement Que nuz ne porroit dire voir l'abondenement. Girart de Rossillon, Le roman en vers [xive s.], 15239, éd. Mignard, (T.-L.).
— Semble tomber ensuite en désuétude; réapparaît au xviie s. ds Fur. au sens de « état d'une personne dont tout le monde s'éloigne » : Ne tenir nul compte du triste abandonnement où votre inflexible roideur le précipite. Bourdaloue, Pensées [1716], t. 2, p. 129, (Littré).
— D'où ext., le sens de « misère » : l'abandonnement où sont ceux qui manquent de fortune. La Mothe le Vayer, De la vertu des païens [1642], p. 315, (Littré).
— Rem. Au xviiie s., abandonnement a eu tendance à l'emporter sur abandon. Au xixe s. il apparaît comme vieilli et se rencontre surtout dans des textes litt.; en revanche il a gardé toute sa valeur dans la lang. notariale. Renaissance au xxe s. dans la lang. relig. (cf. art. sém.).