HISTORIQUE
A.— Le préf. en lat.
1. Forme
a) Le préf. présente en lat. une forme simple : ab-dĭco ab-dīco ab-do (ĕre) ab-duco ab-eo ab-hinc ab-horreo
b) Et une forme élargie : abs-tēnuus « qui s'abstient de vin » (cf. fr. mod. abstème « sobre, tempérant ») abs-terreo « détourner par la crainte, détourner, chasser » abs-tineo « tenir éloigné de, se maintenir loin de » abs-traho « tirer, traîner loin de, séparer de » « [Abs s'emploie surtout] devant les explosives c et t : abscondō, abstrahō [cf. les ex. sup.] (...); devant un p initial, abs se réduit à as- : asportō, aspellō et aspernor de *ab(s)pernor; ā est la forme réduite de *abs devant les labiales sonores m, u, b : āmoueō, āuellō, de *a(b)zmoueō, *a(b)zuellō, abitō (...). Afuī parfait de absum est une forme analogique; devant la sourde f le latin recourait d'ordinaire à un autre préverbe : au-, ... » (Ern.-Meillet 1959).
2. Signif. — Ab- signifie essentiellement « s'écarter de, s'éloigner de », avec ou sans prise en considération de limite initiale (point de départ spatial ou temp.). Le préf. s'oppose, du point de vue sém., à ex-, qui marque le mouvement de l'intérieur vers l'extérieur, et à de-, qui peut exprimer le mouvement de haut en bas, ou la diminution. La lang. semble avoir préféré de- à ab- et ex-.
B.— Le préf. en a. fr.
1. Forme
a) On retrouve les graph. étymol. ab- ou abs- souvent réduit à as- : abaïeul abjuger abneer abneveu abomination abortir abreleguer abrenonciation, abrenoncier absciser absconser, abscondre
b) Souvent, ab- (ou abs- / as-) alterne avec a- (forme phonétiquement rég.), en partie. devant s et t : abscrire — ascrire (Gdf.) absoudre — asoudre (Gdf.)
2. Signification
a) Ab- conserve en a. fr. le sens du préf. lat. dont il provient : abaïeul « bisaïeul » chronol. éloignés abneveu « arrière-neveu » chronol. éloignés abjuger « enlever par jugement, confisquer » abneer « renier » abortir « avorter » (primitivement « naître avant le temps ») abreleguer « reléguer, bannir » abrenonciation « renonciation » (abrenoncier « renoncer ») absciser « arracher » (cf. le sens mod. du mot) absconser « cacher, se cacher » absoudre (assoudre) « affranchir, délier, délivrer, décharger » ...
b) Il est fortement concurrencé par le préf. es- < (lat.) ex-. A bon nombre de dér. en ab-, a-, correspondent des dér. en es-de même base, sans différence sensible dans la signif. (cf. é) : abaulevrer — esbaulevrer « couper la lèvre inférieure » abscondre (ascondre) — escondre « cacher, se cacher » absconser — esconser « cacher, se cacher » acharnir — escharnir (actif et réfl.) « se moquer de, outrager, honnir » acoillie — escueillie « élan, course rapide » acolorgement — escolorgement « action de glisser, de chopper » (au propre et au fig.) alaissier — eslaissier « laisser courir, lancer impétueusement, lancer à la course » astraire — estraire « tirer, faire sortir » (cf. sens mod. du mot)
C.— Vitalité. — Cette concurrence, qui s'ajoute à la fâcheuse homophonie a- < ad et a- < ab, explique le manque de productivité du préf. ab-. En effet, on trouve la forme advortir pour avorter, à côté de abortir < abortare (ab + ortiri) ou encore abscrire à côté de adscrire et ascrire « inscrire, enregistrer, enrôler, désigner pour », là où seul l'emploi du préf. ad- serait justifié. Noter aussi abanoier (ab ou ad? ) / esbanoier « se réjouir, se divertir, s'égayer, s'amuser ». Actuellement ab- n'est productif que dans la lang. sc. Pourtant il est analysable dans un nombre relativement élevé de mots : ab-articulaire ab-jurer ab-lactation ab-négation ab-réaction ab-scission ab-user abs-tenir Plus souvent encore le préf. est commutable : ab-céder (accéder, précéder, succéder) ab-ducteur (conducteur) ab-duction (adduction, induction) ab-horrer (horreur, horrible) ab-jection (éjection, objection) ab-origène (origine) ab-roger (déroger) ab-sorber (adsorber — cf. a-; résorber) abstraire (extraire, distraire) Ailleurs le mot de base n'est plus guère analysé : abdiquer (cf. cependant indiquer) ablation (cf. cependant oblation, délation, relation) abomination, abominable abortif, ive abscons, e absurde
A.— Le préf. en lat.
1. Forme
a) Le préf. présente en lat. une forme simple : ab-dĭco ab-dīco ab-do (ĕre) ab-duco ab-eo ab-hinc ab-horreo
b) Et une forme élargie : abs-tēnuus « qui s'abstient de vin » (cf. fr. mod. abstème « sobre, tempérant ») abs-terreo « détourner par la crainte, détourner, chasser » abs-tineo « tenir éloigné de, se maintenir loin de » abs-traho « tirer, traîner loin de, séparer de » « [Abs s'emploie surtout] devant les explosives c et t : abscondō, abstrahō [cf. les ex. sup.] (...); devant un p initial, abs se réduit à as- : asportō, aspellō et aspernor de *ab(s)pernor; ā est la forme réduite de *abs devant les labiales sonores m, u, b : āmoueō, āuellō, de *a(b)zmoueō, *a(b)zuellō, abitō (...). Afuī parfait de absum est une forme analogique; devant la sourde f le latin recourait d'ordinaire à un autre préverbe : au-, ... » (Ern.-Meillet 1959).
2. Signif. — Ab- signifie essentiellement « s'écarter de, s'éloigner de », avec ou sans prise en considération de limite initiale (point de départ spatial ou temp.). Le préf. s'oppose, du point de vue sém., à ex-, qui marque le mouvement de l'intérieur vers l'extérieur, et à de-, qui peut exprimer le mouvement de haut en bas, ou la diminution. La lang. semble avoir préféré de- à ab- et ex-.
B.— Le préf. en a. fr.
1. Forme
a) On retrouve les graph. étymol. ab- ou abs- souvent réduit à as- : abaïeul abjuger abneer abneveu abomination abortir abreleguer abrenonciation, abrenoncier absciser absconser, abscondre
b) Souvent, ab- (ou abs- / as-) alterne avec a- (forme phonétiquement rég.), en partie. devant s et t : abscrire — ascrire (Gdf.) absoudre — asoudre (Gdf.)
2. Signification
a) Ab- conserve en a. fr. le sens du préf. lat. dont il provient : abaïeul « bisaïeul » chronol. éloignés abneveu « arrière-neveu » chronol. éloignés abjuger « enlever par jugement, confisquer » abneer « renier » abortir « avorter » (primitivement « naître avant le temps ») abreleguer « reléguer, bannir » abrenonciation « renonciation » (abrenoncier « renoncer ») absciser « arracher » (cf. le sens mod. du mot) absconser « cacher, se cacher » absoudre (assoudre) « affranchir, délier, délivrer, décharger » ...
b) Il est fortement concurrencé par le préf. es- < (lat.) ex-. A bon nombre de dér. en ab-, a-, correspondent des dér. en es-de même base, sans différence sensible dans la signif. (cf. é) : abaulevrer — esbaulevrer « couper la lèvre inférieure » abscondre (ascondre) — escondre « cacher, se cacher » absconser — esconser « cacher, se cacher » acharnir — escharnir (actif et réfl.) « se moquer de, outrager, honnir » acoillie — escueillie « élan, course rapide » acolorgement — escolorgement « action de glisser, de chopper » (au propre et au fig.) alaissier — eslaissier « laisser courir, lancer impétueusement, lancer à la course » astraire — estraire « tirer, faire sortir » (cf. sens mod. du mot)
C.— Vitalité. — Cette concurrence, qui s'ajoute à la fâcheuse homophonie a- < ad et a- < ab, explique le manque de productivité du préf. ab-. En effet, on trouve la forme advortir pour avorter, à côté de abortir < abortare (ab + ortiri) ou encore abscrire à côté de adscrire et ascrire « inscrire, enregistrer, enrôler, désigner pour », là où seul l'emploi du préf. ad- serait justifié. Noter aussi abanoier (ab ou ad? ) / esbanoier « se réjouir, se divertir, s'égayer, s'amuser ». Actuellement ab- n'est productif que dans la lang. sc. Pourtant il est analysable dans un nombre relativement élevé de mots : ab-articulaire ab-jurer ab-lactation ab-négation ab-réaction ab-scission ab-user abs-tenir Plus souvent encore le préf. est commutable : ab-céder (accéder, précéder, succéder) ab-ducteur (conducteur) ab-duction (adduction, induction) ab-horrer (horreur, horrible) ab-jection (éjection, objection) ab-origène (origine) ab-roger (déroger) ab-sorber (adsorber — cf. a-; résorber) abstraire (extraire, distraire) Ailleurs le mot de base n'est plus guère analysé : abdiquer (cf. cependant indiquer) ablation (cf. cependant oblation, délation, relation) abomination, abominable abortif, ive abscons, e absurde