1. Av. 1231 « jeter dans une profondeur insondable » (Chron. d'Ernoul, p. 72 ds Gdf. Compl. : Qu'il les feroit abismer pour l'ort pecié de contre nature);
2. [1559] 1567 « effacer, ruiner », sens dér. de 1 (Amyot, César, 5 ds Les Vies des hommes illustres, trad. de Plutarque, Paris, 1567 ds Hug. : En toute autre sumptuosité de faire jouer jeux, et donner festins publiques, il abysma, par maniere de dire, la magnificience de tous ceulx qui s'estoyent efforcez d'en faire au paravant). Dér. de abîme*; suff. -er*. HISTORIQUE
I.— Sens disparus av. 1789. — « Approfondir (un suj., une science) » : Chiens ki ce set bien abimer, Il doit orguel si sourmonter k'en son despit se doit despire. Li. XII. cordon, Richel. 2039, f° 13 (Gdf.).
— Rem. Constr. signalée inf. II A 2 a, rem. 1.
II.— Hist. des sens attestés apr. 1789. —
A.— Étymol. 1 (sens propre fort « jeter dans un abîme »).
1. Dans un cont. relig. et le plus souvent biblique cf. abîme, hist., introd. (abîme matériel mais à l'échelle divine c.-à-d. l'Enfer ou les enfers). Divers emplois gramm., le principal étant trans. direct. :
— 1re attest. 1231, cf. étymol. 1.
— xvie s. : Dont il est necessaire que les uns soient par desespoir jettés en un gouffre qui les abysme. Calvin, Inst., 662 (Littré).
— xviie s. : Abîmer les coupables, les uns par des tremblemens de terre, les autres par des déluges. D'Ablancourt, Luc. (Rich.).
— xviiie s. : Les cinq villes que Dieu abyma. Ac. 1740.
— Rem.
1. La var. emploi réfl. est impossible en parlant de Dieu qui ne peut s'abîmer lui-même.
2. Var. emploi passif : Or est nostre ange Lucifer Tresbuché, luy et ses complices, Es abismés palus d'enfer, Pour leurs faulx et orgueilleux vices. Mist. du viel Test., 1500, 547, A. T. (Gdf). Sodome et Gomorrhe furent abysmées. Nicot 1606.
2. Dans un cont. profane cf. abîme, hist., introd. (abîme matériel mais à l'échelle humaine). Grande variété d'emplois gramm. :
a) Trans. direct : Un flot survient et l'abîme : on ne le revoit plus, il est noyé. La Bruyère, Car., XIII, 9 (Cayrou). Les ouragans abysment les vaisseaux.
— Rem.
1. La var. emploi réfl. est possible mais rare (Fur. 1690 précise qu'elle s'emploie plus au fig. qu'au propre) : Mout de cités s'abismeront. Sydrac, Ars, ca 1291, 393 (Gdf).
2. Var. emploi passif : Le village de Frittole auprès de Puzzole a été abysmé. Nicot 1606. Un navire abîmé dans la mer, dans les flots. Ac. 1835.
b) Intrans. : « s'abîmer, s'engloutir » : Si que les nefz sans crainte d'abismer Nageoient en mer à voilles avallées. Marot, Ballades, 7 (Hug.). Cette ville abysma en une nuit. Ac. 1694.
— Rem. Emploi vieillissant au xixe s. : Tomber soudainement en état de destruction, en ruine totale. Cette maison abîma tout à coup. Dans cette acception (...), il a vieilli. Ac. 1835.
B.— Étymol. 2 (sens fig. « effacer, ruiner) ».
1. Fort (idée de destruction).
a) Trans. direct.
— Se dit de tout ce qu'on plonge ou précipite comme dans un abîme : Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté Que pour les abîmer dans plus d'obscurité. Corneille, Horace, 1640, vers 746 (Cayrou).
— En partic. : On dit en matière de dispute et de raisonnement : ce Docteur a été abîmé par son adversaire, qui l'a réduit à ne rien répondre. Fur. 1701.
— Rem. Var. emploi réfl. : Si tu savois dans quels maux mon cœur s'est abîmé, toi même tu voudrois qu'il n'eût jamais aimé. Molière (Rich.).
— « S'humilier devant Dieu », à la forme réfl. : On dit aussi s'abîmer devant Dieu pour dire s'humilier profondément, reconnaître son néant devant lui. Fur. 1701.
— « Perdre et ruiner entièrement » : . xviie s. : (by metaphor) utterly, and on a sudden, to destroy, ruine, undoe, overthrow. Cotgr. 1611. . xviiie s. : Les gros intérêts ont abymé ce Marchand. Trév. 1771. . xixe s. cf. sém. II et aussi : Cet homme est puissant et vindicatif; il vous abîmera. Ac. 1835.
— Rem. Var. emploi réfl. : Cet homme a si mal fait ses affaires qu'il s'est abymé. Fur. 1690.
— « Tuer, exterminer » : Il a abysmé son ennemy. Nicot 1606.
b) Intrans. « périr » :
— xviie s. : Je m'embarque sur la même mer où j'ai pensé tant de fois abîmer. Voiture, Poes. (Rich. 1680).
— xviiie s. : Ce méchant abymera avec tout son bien. Trév. 1771.
— xixe s. : Ac. 1835 souligne que abîmer « périr » est vieilli.
2. Affaibli.
a) Idée de destruction, appliquée à une chose. Vers la fin du xviie s., abîmer s'est empl. familièrement et par exagération pour exprimer le dommage causé à une chose ordinaire, banale; d'où « mettre hors de service, gâter, endommager ».
— Trans. : Le soleil abîme certaines étoffes. Littré.
— Var. emploi passif : . xviie s. : Mes pauvres petits yeux sont abîmés. Mme De Sévigné, 348 (DG). . xviiie s. : Ce meuble est abîmé de taches. Ac. 1798.
— Var. pron. réfl. équivalent au passif : Cette robe s'abîme à la poussière. Ac. 1835.
b) Idée de pénétration profonde (emploi fig. toujours pron. réfl. suivi de la prép. dans) cf. sém. I B 2.
— xviie s. : S'appliquer profondément à quelque chose à force de contemplation. S'abîmer dans la méditation. Rich. 1680.
— xviiie s. : S'abandonner tellement à quelque chose, qu'on ne songe à aucune autre. S'abysmer dans ses pensées. S'abysmer dans l'étude des Mathematiques. S'abysmer dans la douleur. Ac. 1718.
2. [1559] 1567 « effacer, ruiner », sens dér. de 1 (Amyot, César, 5 ds Les Vies des hommes illustres, trad. de Plutarque, Paris, 1567 ds Hug. : En toute autre sumptuosité de faire jouer jeux, et donner festins publiques, il abysma, par maniere de dire, la magnificience de tous ceulx qui s'estoyent efforcez d'en faire au paravant). Dér. de abîme*; suff. -er*. HISTORIQUE
I.— Sens disparus av. 1789. — « Approfondir (un suj., une science) » : Chiens ki ce set bien abimer, Il doit orguel si sourmonter k'en son despit se doit despire. Li. XII. cordon, Richel. 2039, f° 13 (Gdf.).
— Rem. Constr. signalée inf. II A 2 a, rem. 1.
II.— Hist. des sens attestés apr. 1789. —
A.— Étymol. 1 (sens propre fort « jeter dans un abîme »).
1. Dans un cont. relig. et le plus souvent biblique cf. abîme, hist., introd. (abîme matériel mais à l'échelle divine c.-à-d. l'Enfer ou les enfers). Divers emplois gramm., le principal étant trans. direct. :
— 1re attest. 1231, cf. étymol. 1.
— xvie s. : Dont il est necessaire que les uns soient par desespoir jettés en un gouffre qui les abysme. Calvin, Inst., 662 (Littré).
— xviie s. : Abîmer les coupables, les uns par des tremblemens de terre, les autres par des déluges. D'Ablancourt, Luc. (Rich.).
— xviiie s. : Les cinq villes que Dieu abyma. Ac. 1740.
— Rem.
1. La var. emploi réfl. est impossible en parlant de Dieu qui ne peut s'abîmer lui-même.
2. Var. emploi passif : Or est nostre ange Lucifer Tresbuché, luy et ses complices, Es abismés palus d'enfer, Pour leurs faulx et orgueilleux vices. Mist. du viel Test., 1500, 547, A. T. (Gdf). Sodome et Gomorrhe furent abysmées. Nicot 1606.
2. Dans un cont. profane cf. abîme, hist., introd. (abîme matériel mais à l'échelle humaine). Grande variété d'emplois gramm. :
a) Trans. direct : Un flot survient et l'abîme : on ne le revoit plus, il est noyé. La Bruyère, Car., XIII, 9 (Cayrou). Les ouragans abysment les vaisseaux.
— Rem.
1. La var. emploi réfl. est possible mais rare (Fur. 1690 précise qu'elle s'emploie plus au fig. qu'au propre) : Mout de cités s'abismeront. Sydrac, Ars, ca 1291, 393 (Gdf).
2. Var. emploi passif : Le village de Frittole auprès de Puzzole a été abysmé. Nicot 1606. Un navire abîmé dans la mer, dans les flots. Ac. 1835.
b) Intrans. : « s'abîmer, s'engloutir » : Si que les nefz sans crainte d'abismer Nageoient en mer à voilles avallées. Marot, Ballades, 7 (Hug.). Cette ville abysma en une nuit. Ac. 1694.
— Rem. Emploi vieillissant au xixe s. : Tomber soudainement en état de destruction, en ruine totale. Cette maison abîma tout à coup. Dans cette acception (...), il a vieilli. Ac. 1835.
B.— Étymol. 2 (sens fig. « effacer, ruiner) ».
1. Fort (idée de destruction).
a) Trans. direct.
— Se dit de tout ce qu'on plonge ou précipite comme dans un abîme : Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté Que pour les abîmer dans plus d'obscurité. Corneille, Horace, 1640, vers 746 (Cayrou).
— En partic. : On dit en matière de dispute et de raisonnement : ce Docteur a été abîmé par son adversaire, qui l'a réduit à ne rien répondre. Fur. 1701.
— Rem. Var. emploi réfl. : Si tu savois dans quels maux mon cœur s'est abîmé, toi même tu voudrois qu'il n'eût jamais aimé. Molière (Rich.).
— « S'humilier devant Dieu », à la forme réfl. : On dit aussi s'abîmer devant Dieu pour dire s'humilier profondément, reconnaître son néant devant lui. Fur. 1701.
— « Perdre et ruiner entièrement » : . xviie s. : (by metaphor) utterly, and on a sudden, to destroy, ruine, undoe, overthrow. Cotgr. 1611. . xviiie s. : Les gros intérêts ont abymé ce Marchand. Trév. 1771. . xixe s. cf. sém. II et aussi : Cet homme est puissant et vindicatif; il vous abîmera. Ac. 1835.
— Rem. Var. emploi réfl. : Cet homme a si mal fait ses affaires qu'il s'est abymé. Fur. 1690.
— « Tuer, exterminer » : Il a abysmé son ennemy. Nicot 1606.
b) Intrans. « périr » :
— xviie s. : Je m'embarque sur la même mer où j'ai pensé tant de fois abîmer. Voiture, Poes. (Rich. 1680).
— xviiie s. : Ce méchant abymera avec tout son bien. Trév. 1771.
— xixe s. : Ac. 1835 souligne que abîmer « périr » est vieilli.
2. Affaibli.
a) Idée de destruction, appliquée à une chose. Vers la fin du xviie s., abîmer s'est empl. familièrement et par exagération pour exprimer le dommage causé à une chose ordinaire, banale; d'où « mettre hors de service, gâter, endommager ».
— Trans. : Le soleil abîme certaines étoffes. Littré.
— Var. emploi passif : . xviie s. : Mes pauvres petits yeux sont abîmés. Mme De Sévigné, 348 (DG). . xviiie s. : Ce meuble est abîmé de taches. Ac. 1798.
— Var. pron. réfl. équivalent au passif : Cette robe s'abîme à la poussière. Ac. 1835.
b) Idée de pénétration profonde (emploi fig. toujours pron. réfl. suivi de la prép. dans) cf. sém. I B 2.
— xviie s. : S'appliquer profondément à quelque chose à force de contemplation. S'abîmer dans la méditation. Rich. 1680.
— xviiie s. : S'abandonner tellement à quelque chose, qu'on ne songe à aucune autre. S'abysmer dans ses pensées. S'abysmer dans l'étude des Mathematiques. S'abysmer dans la douleur. Ac. 1718.