A.— Etymol., signif. et fonction gramm. en lat. et en a. fr.
1. En lat. — Le préf. a- remonte à la prép. lat. ad-, très productive en position préverbale. En effet, ad- modifie surtout des rad. verbaux : ad-do, are ad-duco, ĕre ad-jugo, are ad-mitto, ĕre
— mais aussi (bien que très rarement) des rad. nom. : adflamen, inis « souffle, inspiration »,
— des adj. (adj. ou part.) : ad-essus « entamé avec les dents, rongé » ap-paratus, a, um < apparo « préparé, disposé » (d'où) 1° « bien pourvu »; 2° « plein d'appareil, d'éclat », ad-uncus, a, um « crochu, recourbé » (renforcement de uncus)
— des adv. : ad-fatim « à suffisance, amplement, abondamment ». Le d s'assimile le plus souvent à la consonne qui suit, dont il entraîne le dédoublement : accedo, ĕre accendo, ĕre affigo, ĕre appareo, ere applico, are appono, ĕre
a) Signif. — Accolée au verbe, la prép. ad- enrichit la not. exprimée par le rad. verbal d'une de ses multiples signif. :
— La direction : addubito, are « pencher vers le doute » adeo, ire « aller vers, aller vers qqn, trouver qqn » aderro, are « errer auprès, autour » adfecto, are « approcher de, aborder, atteindre » adfigo, ĕre « attacher » adflecto, ĕre « tourner, diriger vers » adfleo, ere « pleurer à, en présence de, pleurer, se plaindre à » adflo, are « souffler vers, sur, contre » adfluo, ĕre « couler sur, vers »
— Plus rarement ad- acquiert un sens augm. : acquiro, ĕre « ajouter à ce qu'on a » addoceo, ere « enseigner (en complétant) » adfatim (adv.) « à suffisance, amplement, abondamment » (forme renforcée de fatim) adgravo, are « alourdir davantage »
— Sans modifier systématiquement l'aspect du verbe de base, ad- peut servir à créer des verbes inchoatifs : accendo, ĕre « embraser, mettre le feu, allumer » adamo, are « s'éprendre » addormio, ire « s'endormir » adedo, ĕre « entamer avec les dents, ronger » appareo, ere « apparaître, être visible »
— En revanche, il n'existe pas en lat. class. de verbes parasynthétiques proprement dits en a- : addulco, are « adoucir » correspond à la fois à dulcis et à dulco adfirmo, are « affermir, consolider, fortifier » correspond à la fois à firmus et à firmo adgravo, are « rendre plus lourd » correspond à la fois à gravis et à gravo adtenuo, are « amincir, amoindrir, affaiblir » correspond à la fois à tenuis et à tenuo Noter aussi : alleviare (lat. de basse époque) « alléger » correspond à la fois à levis et levo mais : annulare (lat. médiév.) « annuler » ne correspond qu'à nullus. Pour exprimer la not. de « rendre » + adj., le lat. semble préférer les expr. périphrastiques. Pour les parasynthétiques en ex-, cf. é-.
b) Fonction gramm. — En lat., la fonction de ad- est d'ordre sém. plutôt que d'ordre gramm. En effet, les dér. en ad- sont tantôt trans., tantôt intrans. : appingo « peindre sur » est trans. tandis que apploro « pleurer à propos de, adresser ses larmes à » est intrans. Nombre de verbes présentent à la fois un emploi trans. et un emploi intrans. : appeto, ĕre signifie en emploi intrans. (en parlant du temps) « approcher », en emploi trans. « chercher à atteindre » applaudo (applodo), ĕre : emploi intrans. « applaudir », emploi trans. « frapper contre, jeter à terre violemment » a(d) spiro, are : emploi intrans. « souffler vers », emploi trans. « faire souffler ».
2. En a. fr. —
a) Forme. — A- s'accole indifféremment à des rad. à initiale consonantique ou vocalique : aaidier aaisier aorser (s') aoultrer aourdier aourler Bon nombre de verbes, surtout de formation sav., présentent la var. ad-, voire ade- devant consonne.
b) Nature de la base. — Comme en lat., a- reste un préf. essentiellement verbal. Mais, si les dér. sont pour la plupart des verbes, les mots de base sont extrêmement variés :
— Adjectifs : acoardir→ accouardir ajolier→ rendre joli alaidir→ rendre laid alargier→ élargir
— Substantifs : abesoigner « avoir besoin de, être nécessaire » abloquier « asseoir sur des blocs de pierre, consolider une statue ou un bâtiment » abouchier « presser avec la bouche » abrochier « percer d'une broche » acorocier « mettre en colère » achoquier « heurter » acoster « placer côte à côte » afruitier « planter »
— Verbes : acharrier < charrier aclore < clore acomander < commander adesirer < desirer adevancier < devancer De nombreuses créations en a- témoignent donc de la vitalité des verbes parasynthétiques en a. fr.
c) Fonction gramm. — Déjà en a. fr. a- accuse son caractère trans. et perfectivisant, comme en témoigne le nombre important de verbes parasynthétiques à base adj. et subst. Néanmoins certains verbes se prêtent à la fois à l'emploi intrans. et à l'emploi trans. (cf. Gdf.) : acostumer afiner aflatir afoler afonder aforcier aforchier amortir avaler (cf. Hug.) D'autres verbes ne fonctionnent qu'en emploi intrans. : aflestrir (Gdf.) avieillir (Gdf.) Ce n'est que dans la lang. mod. que le préf. assume une fonction essentiellement trans. et perfectivisante.
d) Signif. — Les rapports entre l'obj. du verbe et le mot de base sont divers : abesoigner « avoir besoin de » abouchier « presser avec la bouche » acorocier « mettre en colère » acoster « placer côte à côte » acoudre « coudre une chose à une autre » acrocheter « attirer avec un crochet » Ce n'est que dans la série des parasynthétiques à base adj. (adj. qualificatif) que la signif. de a- semble nette : abelir « (se) rendre (plus) agréable, plaisant; plaire, charmer » abienner « rendre meilleur, améliorer » acoardir « rendre lâche, couard » acourcir « rendre court » alaidir « rendre laid » ameilleurer « rendre meilleur » signifient tous « rendre » + adj. de base. Les adj. de couleur (dont on tire des verbes non-préfixés et qui forment en fr. mod. une catégorie à part) s'insèrent parfaitement dans cette série : ablanchir anoircir averdir Le sens de « pourvoir en », « donner à » est attesté dans qq. parasynthétiques à base subst. (afamer, alaiter, asoifer, ... ) et le sens inchoatif dans qq. dér. à base verbale (amordre « commencer à mordre », aparoistre, aparsouvoir, aranger... ).
e) Choix entre a- et en-, entre a-/-. — La concurrence a-/en ne porte que sur les verbes parasynthétiques à rad. subst. et adj.
— Dans les parasynthétiques à rad. nom., le sens de en- est très proche de celui de a-. Il signifie « donner, pourvoir en » + subst. de base. Cependant la différence entre les 2 préf. est qqf. sensible : en- implique l'abondance de la substance désignée par le rad. (idée liée à celle d'intériorité), tandis que a- ne fait qu'en signaler la présence : emplumasser signifie « couvrir de plumes » (Gdf.) emplumer signifie « garnir de plumes » (ibid.) enamourer signifie « rendre amoureux » (ibid.) « primitivement, pénétrer qqn d'amour » « provoquer l'amour chez qqn » endenté signifie « orné de dents » enfariner signifie « recouvrir de farine » engazonner signifie « couvrir de gazon » engraissier signifie « couvrir de graisse » d'où « faire devenir gras, fertiliser » (Gdf.) « plonger en graisse », d'où « oindre de graisse » (ibid.) enperler signifie « orner de perles ou d'objets faisant effet de perles » (ibid.)
— Tous ces dér. sont trans.; ils signifient « pourvoir qqn en ... », « munir qqc. de ... ». L'originalité de en- par rapport à a- est due à ce que en- établit un rapport contenant / contenu entre l'objet du verbe dér. et le subst. qui lui sert de base :
L'idée d'abondance permet le glissement du sens propre au sens fig. : enluminer signifie « baigner de lumière ». Dans d'autres cas cependant le choix du préf. est incompréhensible. En effet, comment expliquer l'existence d'une forme embastonné « armé d'un bâton » à côté du verbe abastonner « armer d'un bâton ou d'une arme » (Gdf.), qui seul obéit aux principes dégagés (cf. Lew. 1960, p. 235 : ... embastonnées et habillées si estrangement que à peine peut-on discerner si ce sont femmes ou hommes). De même, à côté de avitailler « pourvoir en nourriture, approvisionner », on relève la forme envitailler.
— Le sens des parasynthétiques à base adj. est intimement lié à l'idée d'abondance : embellir signifie « recouvrir de beauté » → « rendre beau » enivrer signifie « plonger qqn dans l'ivresse » → « rendre ivre » enlaidir (réplique de embellir) → « rendre laid » enrichir signifie « couvrir de richesses » → « rendre (plus) riche » envieillir suggère le poids de la vieillesse → « rendre vieux » enhardir et enorgueillir→ « pénétrer de hardiesse, d'orgueil » d'où « rendre hardi », « rendre orgueilleux ». Cependant, les confusions dans le choix du préf. sont fréq. L'a. fr. offre souvent plusieurs formes attestées pour le même mot. Il est difficile de déceler en vertu de quel critère la lang. a conservé telle forme et rejeté telle autre (cf. Hug. Mots disp. 1967, p. 247 : « Quand deux mots ne différant que par le préfixe avaient exactement la même signification, on s'est habitué à employer toujours l'une de préférence à l'autre. Mais il est impossible de dégager une loi d'après laquelle ce choix a été fait, car les résultats de la concurrence sont souvent contradictoires. L'on a préféré : encourager à accourager, environner à avironner, mais appauvrir à empauvrir, avilir à envilir. »). Cf. cependant les rem. sur l'oppos. a-/en-, sup. I. Maint verbe préfixé en a- n'a pas gardé son préf. : acachier « cacher, receler, soustraire aux regards » acharier « charrier, transporter en général » aclore « clore, enfermer de murs » acomander « commander » acombler « combler » acomencier « commencer » acomplaire « complaire » aconter « conter » adesirer « désirer » ...
B.— Productivité
1. Le préf. est-il analysable?
a) Dans la plupart des dér. mod., la base est facilement isolable.
b) Plus rarement, le préf. est commutable quand il précède un rad. verbal : ac-céder (concéder, décéder) ac-clamer (déclamer, proclamer, réclamer) ac-corder (concorder) ac-crocher (décrocher) ac-cuser (récuser) af-fluer (confluer) Noter aussi : a-charner (décharner) ac-quérir (requérir) Rem.
1. Une telle distance sém. sépare cueillir de accueillir, que l'on préfère analyser ce dernier comme un dér. à préf. commutable accueillir — recueillir et non comme un composé du verbe cueillir.
2. Plus rarement le préf. précède un rad. qui, sans exister isolément, se trouve, par ailleurs, combiné avec des suff. : ac-célér-er dé-célér-ation célér-ité ac-cep-tion, ac-cep-ter dé-cep-tion con-cep-tion per-cep-tion ... ag-glutin-er dé-glutin-ation
c) Nombre de créations en a- ne sont plus guère analysées de nos jours : accaparer accomplir acheter acquiescer adapter admirer affecter affrioler affubler agglomérer ajouter Subst. : ablution accastillage accointance admonestation adversaire affection
2. Le préf. est-il productif? Le préf. a- subsiste essentiellement dans les parasynthétiques de formation anc., dont plusieurs sont toutefois en voie de disparition : accourcir alentir apetisser assauvagir assoter (Il est souvent remplacé ou concurrencé par ra-, où r- a une valeur intensive : rabaisser, ralēntir, rabattre, raccrocher... ). Comme néol., on ne relève que amocher < moche « rendre moche, abîmer ». A- est fortement concurrencé en fr. mod. par le préf. en-*, les suff. -ifier* et -iser* (cf. I). Ces derniers lui sont manifestement préférés par la lang. sc. et techn. Aussi les néol. en a-/ad- sont-ils très rares : accouver — accouvage adsorber (1907) calqué sur le rad. de absorber « retenir, fixer par absorption » alunir et amerrir ont été formés sur atterrir. La faible productivité du préf. semble due par ailleurs au regain de vitalité du a- privatif (cf. a-2 ). Particulièrement productif aux xixe et xxe s., ce dernier est nettement motivé.
1. En lat. — Le préf. a- remonte à la prép. lat. ad-, très productive en position préverbale. En effet, ad- modifie surtout des rad. verbaux : ad-do, are ad-duco, ĕre ad-jugo, are ad-mitto, ĕre
— mais aussi (bien que très rarement) des rad. nom. : adflamen, inis « souffle, inspiration »,
— des adj. (adj. ou part.) : ad-essus « entamé avec les dents, rongé » ap-paratus, a, um < apparo « préparé, disposé » (d'où) 1° « bien pourvu »; 2° « plein d'appareil, d'éclat », ad-uncus, a, um « crochu, recourbé » (renforcement de uncus)
— des adv. : ad-fatim « à suffisance, amplement, abondamment ». Le d s'assimile le plus souvent à la consonne qui suit, dont il entraîne le dédoublement : accedo, ĕre accendo, ĕre affigo, ĕre appareo, ere applico, are appono, ĕre
a) Signif. — Accolée au verbe, la prép. ad- enrichit la not. exprimée par le rad. verbal d'une de ses multiples signif. :
— La direction : addubito, are « pencher vers le doute » adeo, ire « aller vers, aller vers qqn, trouver qqn » aderro, are « errer auprès, autour » adfecto, are « approcher de, aborder, atteindre » adfigo, ĕre « attacher » adflecto, ĕre « tourner, diriger vers » adfleo, ere « pleurer à, en présence de, pleurer, se plaindre à » adflo, are « souffler vers, sur, contre » adfluo, ĕre « couler sur, vers »
— Plus rarement ad- acquiert un sens augm. : acquiro, ĕre « ajouter à ce qu'on a » addoceo, ere « enseigner (en complétant) » adfatim (adv.) « à suffisance, amplement, abondamment » (forme renforcée de fatim) adgravo, are « alourdir davantage »
— Sans modifier systématiquement l'aspect du verbe de base, ad- peut servir à créer des verbes inchoatifs : accendo, ĕre « embraser, mettre le feu, allumer » adamo, are « s'éprendre » addormio, ire « s'endormir » adedo, ĕre « entamer avec les dents, ronger » appareo, ere « apparaître, être visible »
— En revanche, il n'existe pas en lat. class. de verbes parasynthétiques proprement dits en a- : addulco, are « adoucir » correspond à la fois à dulcis et à dulco adfirmo, are « affermir, consolider, fortifier » correspond à la fois à firmus et à firmo adgravo, are « rendre plus lourd » correspond à la fois à gravis et à gravo adtenuo, are « amincir, amoindrir, affaiblir » correspond à la fois à tenuis et à tenuo Noter aussi : alleviare (lat. de basse époque) « alléger » correspond à la fois à levis et levo mais : annulare (lat. médiév.) « annuler » ne correspond qu'à nullus. Pour exprimer la not. de « rendre » + adj., le lat. semble préférer les expr. périphrastiques. Pour les parasynthétiques en ex-, cf. é-.
b) Fonction gramm. — En lat., la fonction de ad- est d'ordre sém. plutôt que d'ordre gramm. En effet, les dér. en ad- sont tantôt trans., tantôt intrans. : appingo « peindre sur » est trans. tandis que apploro « pleurer à propos de, adresser ses larmes à » est intrans. Nombre de verbes présentent à la fois un emploi trans. et un emploi intrans. : appeto, ĕre signifie en emploi intrans. (en parlant du temps) « approcher », en emploi trans. « chercher à atteindre » applaudo (applodo), ĕre : emploi intrans. « applaudir », emploi trans. « frapper contre, jeter à terre violemment » a(d) spiro, are : emploi intrans. « souffler vers », emploi trans. « faire souffler ».
2. En a. fr. —
a) Forme. — A- s'accole indifféremment à des rad. à initiale consonantique ou vocalique : aaidier aaisier aorser (s') aoultrer aourdier aourler Bon nombre de verbes, surtout de formation sav., présentent la var. ad-, voire ade- devant consonne.
b) Nature de la base. — Comme en lat., a- reste un préf. essentiellement verbal. Mais, si les dér. sont pour la plupart des verbes, les mots de base sont extrêmement variés :
— Adjectifs : acoardir→ accouardir ajolier→ rendre joli alaidir→ rendre laid alargier→ élargir
— Substantifs : abesoigner « avoir besoin de, être nécessaire » abloquier « asseoir sur des blocs de pierre, consolider une statue ou un bâtiment » abouchier « presser avec la bouche » abrochier « percer d'une broche » acorocier « mettre en colère » achoquier « heurter » acoster « placer côte à côte » afruitier « planter »
— Verbes : acharrier < charrier aclore < clore acomander < commander adesirer < desirer adevancier < devancer De nombreuses créations en a- témoignent donc de la vitalité des verbes parasynthétiques en a. fr.
c) Fonction gramm. — Déjà en a. fr. a- accuse son caractère trans. et perfectivisant, comme en témoigne le nombre important de verbes parasynthétiques à base adj. et subst. Néanmoins certains verbes se prêtent à la fois à l'emploi intrans. et à l'emploi trans. (cf. Gdf.) : acostumer afiner aflatir afoler afonder aforcier aforchier amortir avaler (cf. Hug.) D'autres verbes ne fonctionnent qu'en emploi intrans. : aflestrir (Gdf.) avieillir (Gdf.) Ce n'est que dans la lang. mod. que le préf. assume une fonction essentiellement trans. et perfectivisante.
d) Signif. — Les rapports entre l'obj. du verbe et le mot de base sont divers : abesoigner « avoir besoin de » abouchier « presser avec la bouche » acorocier « mettre en colère » acoster « placer côte à côte » acoudre « coudre une chose à une autre » acrocheter « attirer avec un crochet » Ce n'est que dans la série des parasynthétiques à base adj. (adj. qualificatif) que la signif. de a- semble nette : abelir « (se) rendre (plus) agréable, plaisant; plaire, charmer » abienner « rendre meilleur, améliorer » acoardir « rendre lâche, couard » acourcir « rendre court » alaidir « rendre laid » ameilleurer « rendre meilleur » signifient tous « rendre » + adj. de base. Les adj. de couleur (dont on tire des verbes non-préfixés et qui forment en fr. mod. une catégorie à part) s'insèrent parfaitement dans cette série : ablanchir anoircir averdir Le sens de « pourvoir en », « donner à » est attesté dans qq. parasynthétiques à base subst. (afamer, alaiter, asoifer, ... ) et le sens inchoatif dans qq. dér. à base verbale (amordre « commencer à mordre », aparoistre, aparsouvoir, aranger... ).
e) Choix entre a- et en-, entre a-/-. — La concurrence a-/en ne porte que sur les verbes parasynthétiques à rad. subst. et adj.
— Dans les parasynthétiques à rad. nom., le sens de en- est très proche de celui de a-. Il signifie « donner, pourvoir en » + subst. de base. Cependant la différence entre les 2 préf. est qqf. sensible : en- implique l'abondance de la substance désignée par le rad. (idée liée à celle d'intériorité), tandis que a- ne fait qu'en signaler la présence : emplumasser signifie « couvrir de plumes » (Gdf.) emplumer signifie « garnir de plumes » (ibid.) enamourer signifie « rendre amoureux » (ibid.) « primitivement, pénétrer qqn d'amour » « provoquer l'amour chez qqn » endenté signifie « orné de dents » enfariner signifie « recouvrir de farine » engazonner signifie « couvrir de gazon » engraissier signifie « couvrir de graisse » d'où « faire devenir gras, fertiliser » (Gdf.) « plonger en graisse », d'où « oindre de graisse » (ibid.) enperler signifie « orner de perles ou d'objets faisant effet de perles » (ibid.)
— Tous ces dér. sont trans.; ils signifient « pourvoir qqn en ... », « munir qqc. de ... ». L'originalité de en- par rapport à a- est due à ce que en- établit un rapport contenant / contenu entre l'objet du verbe dér. et le subst. qui lui sert de base :
— Le sens des parasynthétiques à base adj. est intimement lié à l'idée d'abondance : embellir signifie « recouvrir de beauté » → « rendre beau » enivrer signifie « plonger qqn dans l'ivresse » → « rendre ivre » enlaidir (réplique de embellir) → « rendre laid » enrichir signifie « couvrir de richesses » → « rendre (plus) riche » envieillir suggère le poids de la vieillesse → « rendre vieux » enhardir et enorgueillir→ « pénétrer de hardiesse, d'orgueil » d'où « rendre hardi », « rendre orgueilleux ». Cependant, les confusions dans le choix du préf. sont fréq. L'a. fr. offre souvent plusieurs formes attestées pour le même mot. Il est difficile de déceler en vertu de quel critère la lang. a conservé telle forme et rejeté telle autre (cf. Hug. Mots disp. 1967, p. 247 : « Quand deux mots ne différant que par le préfixe avaient exactement la même signification, on s'est habitué à employer toujours l'une de préférence à l'autre. Mais il est impossible de dégager une loi d'après laquelle ce choix a été fait, car les résultats de la concurrence sont souvent contradictoires. L'on a préféré : encourager à accourager, environner à avironner, mais appauvrir à empauvrir, avilir à envilir. »). Cf. cependant les rem. sur l'oppos. a-/en-, sup. I. Maint verbe préfixé en a- n'a pas gardé son préf. : acachier « cacher, receler, soustraire aux regards » acharier « charrier, transporter en général » aclore « clore, enfermer de murs » acomander « commander » acombler « combler » acomencier « commencer » acomplaire « complaire » aconter « conter » adesirer « désirer » ...
B.— Productivité
1. Le préf. est-il analysable?
a) Dans la plupart des dér. mod., la base est facilement isolable.
b) Plus rarement, le préf. est commutable quand il précède un rad. verbal : ac-céder (concéder, décéder) ac-clamer (déclamer, proclamer, réclamer) ac-corder (concorder) ac-crocher (décrocher) ac-cuser (récuser) af-fluer (confluer) Noter aussi : a-charner (décharner) ac-quérir (requérir) Rem.
1. Une telle distance sém. sépare cueillir de accueillir, que l'on préfère analyser ce dernier comme un dér. à préf. commutable accueillir — recueillir et non comme un composé du verbe cueillir.
2. Plus rarement le préf. précède un rad. qui, sans exister isolément, se trouve, par ailleurs, combiné avec des suff. : ac-célér-er dé-célér-ation célér-ité ac-cep-tion, ac-cep-ter dé-cep-tion con-cep-tion per-cep-tion ... ag-glutin-er dé-glutin-ation
c) Nombre de créations en a- ne sont plus guère analysées de nos jours : accaparer accomplir acheter acquiescer adapter admirer affecter affrioler affubler agglomérer ajouter Subst. : ablution accastillage accointance admonestation adversaire affection
2. Le préf. est-il productif? Le préf. a- subsiste essentiellement dans les parasynthétiques de formation anc., dont plusieurs sont toutefois en voie de disparition : accourcir alentir apetisser assauvagir assoter (Il est souvent remplacé ou concurrencé par ra-, où r- a une valeur intensive : rabaisser, ralēntir, rabattre, raccrocher... ). Comme néol., on ne relève que amocher < moche « rendre moche, abîmer ». A- est fortement concurrencé en fr. mod. par le préf. en-*, les suff. -ifier* et -iser* (cf. I). Ces derniers lui sont manifestement préférés par la lang. sc. et techn. Aussi les néol. en a-/ad- sont-ils très rares : accouver — accouvage adsorber (1907) calqué sur le rad. de absorber « retenir, fixer par absorption » alunir et amerrir ont été formés sur atterrir. La faible productivité du préf. semble due par ailleurs au regain de vitalité du a- privatif (cf. a-2 ). Particulièrement productif aux xixe et xxe s., ce dernier est nettement motivé.